Clotilde Delbos, trésorière générale de la Fédération Française de Rugby, fait le point sur la santé financière de l’institution. Entre le succès historique de la billetterie, la gestion des séquelles de la Coupe du Monde 2023 et la priorité absolue donnée au rugby amateur, elle dessine la trajectoire d’un retour à l’équilibre plus rapide que prévu.
Où en est la Fédération Française de Rugby concernant son redressement financier ?
Comme on a pu le voir dans les chiffres publiés après l’Assemblée Générale de décembre, l’exercice 2024-2025 est encore très plombé par des éléments non récurrents, notamment la suite de la Coupe du Monde ou des investissements qui devaient être portés par ses supposés bénéfices et qui ne l’ont pas été. Si l’on exclut ces éléments, l’an dernier, nous avons fait un déficit d’exploitation de -9,4 millions d’euros, contre -13,2 millions l’année précédente.
Pour le budget actuel, nous visions un résultat d’exploitation à -6,9 millions d’euros. Or, nous sommes aujourd’hui en avance de plusieurs millions sur ce chiffre. Cela s’explique principalement par les résultats de la billetterie et la mise en place du nouveau contrat avec le Stade de France. Le succès a été énorme sur les matchs de cette année, notamment les deux au Stade de France, mais celui de Lille a également très bien marché. Comme dirait Florian Grill, il y a une « envie de rugby » qui ne se dément pas : tous les matchs mis en billetterie fonctionnent très bien.
Est-ce que cela signifie que la recherche de l’équilibre, prévue initialement sur trois ans, pourrait se faire plus rapidement ?
C’est ce que nous aimerions. Nous ne nous engageons pas encore formellement, mais nous sommes sur une bonne trajectoire. Ce n’est pas encore garanti car nous ne sommes jamais à l’abri d’un imprévu, mais c’est notre objectif. Nous nous sommes engagés sur trois ans et nous essayons de faire mieux.
Quelle est la source de revenus la plus fiable et pérenne pour l’avenir de la Fédération ? Est-ce la billetterie, les partenariats ?
Pour être honnête, peu de choses sont strictement « pérennes » car tout est lié à nos résultats et à cette ferveur du public. Les partenariats sont signés pour plusieurs années, ce qui apporte une certaine stabilité et de la visibilité, mais tant qu’un renouvellement majeur — comme celui d’Altrad pour la face avant du maillot — n’est pas signé, rien n’est acquis. Disons que nous avons une visibilité sur quelques années.
Le reste dépend de la qualité du jeu et des résultats de nos équipes de France, qui incitent les gens à venir au stade. C’est la même chose pour le Tournoi des Six Nations : les reversements dépendent des droits télévisuels, eux-mêmes liés au succès des équipes qui composent le tournoi et du classement de l’Equipe de France à la fin du tournoi.
Le rugby est un sport extrêmement fédérateur. Les partenaires reconnaissent nos valeurs et veulent accompagner les équipes de France vers des Grands Chelems ou des Coupes du Monde. Le suspense et le spectacle, comme on l’a vu avec la montée en puissance de l’Italie ou le nombre d’essais le week-end dernier, créent de l’attrait et donc de la valeur pour les droits télé.
D’autre part les nouveaux partenaires en nombre croissants sont aussi attirés par le concept de Fédération à mission. Enfin, la convention avec la LNR, signée sur une période plus longue, nous offre également une bonne visibilité.
Nous travaillons à une vraie diversification des revenus avec la boutique ou des revenus autour de mon club house qui est devenu un vrai média. Cela nous permettra une meilleure visibilité et une pérennisation de nos revenus.
La dynamique est positive car, malgré un résultat net négatif, la Fédération continue d’investir dans le rugby vers sa base. Est-ce un axe fort de votre stratégie ?
Absolument. Cette année, le résultat net sera facialement positif grâce au dernier versement exceptionnel de CVC (étalé sur cinq ans), mais nous préférons piloter par le résultat d’exploitation qui reflète le réel équilibre entre produits et charges.
Malgré les difficultés, nous ne rognons pas sur le financement du rugby amateur : les ligues, les territoires, les CTC et le soutien aux compétitions. J’ai d’ailleurs montré lors de l’AG financière de décembre 2025 que nous mettons plus d’argent dans le rugby amateur que dans les équipes de France. Sans un rugby amateur solide dans les villes et villages, on ne pourrait pas découvrir des pépites comme Antoine Dupont. La France a besoin de rugby et nous devons renforcer le maillage dans les régions où il est moins historique, comme le Grand-Est ou le Nord.
Les résultats économiques compliqués de la Coupe du Monde 2023 sont-ils derrière vous ou pèsent-ils encore ?
Au niveau du compte de résultat, nous espérons ne plus avoir de mauvaises surprises. Nous avons tout de même passé 28 millions d’euros de provisions, ce qui est énorme.
Le problème n’est toutefois pas totalement résolu pour la trésorerie. L’administration fiscale pourrait réclamer le paiement du redressement fiscal lié à cet événement. Cela n’impacterait plus le compte de résultat (puisque c’est provisionné), mais cela toucherait notre trésorerie. Nous travaillons étroitement avec l’État, qui est très à l’écoute, pour que l’impact final soit moins élevé que la provision passée. Christophe Pierrel, soutenu par Florian Grill et Claude Hélias, le trésorier général adjoint, travaille pour réduire cette « épée de Damoclès ».
Ce travail est donc mené conjointement avec l’État ?
Oui, l’État a mandaté le CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle) pour nous aider à discuter avec les différents départements ministériels concernés.
Pour conclure je dirais que nous continuons à nous améliorer par rapport au budget. Je reste prudente sur les chiffres précis car nous ne sommes qu’en mars et l’exercice se termine fin juin, mais le redressement financier se poursuit.
Grâce au succès de la billetterie et au travail des équipes, nous augmentons nos revenus tout en gardant nos charges sous contrôle. C’est crucial : les projets, les idées de dépenses foisonnent, mais nous devons hiérarchiser et prioriser nos projets pour maintenir le cap, même si cela demande parfois des arbitrages difficiles en interne.


























