Douleurs, hormones, poids, stress… Dans le sport de haut niveau, le cycle menstruel reste un sujet encore peu visible, mais bien réel. Marine Beauchamp, athlète de la FFBOXE raconte l’impact concret des règles sur sa préparation, entre adaptation permanente et gestion mentale.
Longtemps resté dans l’ombre, le cycle menstruel s’invite désormais dans les discussions autour de la performance. Dans de nombreuses disciplines, du tennis à l’escrime en passant par le handball, les sportives prennent la parole. La boxe n’échappe pas à cette évolution. Chez les athlètes de haut niveau, les règles ne sont pas un simple paramètre biologique. Elles influencent directement les sensations, la préparation et parfois même le calendrier de compétition. Pour Marine Beauchamp, boxeuse professionnelle et championne d’Europe en titre, le sujet s’est imposé progressivement.
Entre hormones et performance, un équilibre à trouver
Le corps d’une boxeuse de haut niveau est soumis à des contraintes constantes. Charges d’entraînement élevées, exigences physiques, gestion du poids, autant d’éléments qui viennent interagir avec le cycle hormonal. Chez Marine Beauchamp, cette réalité a longtemps été marquée par des irrégularités. Aujourd’hui, la situation s’est stabilisée, notamment grâce à une meilleure gestion globale. Mais les variations restent présentes. Et elles influencent directement les sensations sur le ring. « Des fois je vais être beaucoup plus combative », reconnaît Marine Beauchamp. À l’inverse, certaines périodes peuvent s’accompagner d’une baisse d’énergie. Un phénomène bien connu, mais encore difficile à anticiper parfaitement. Dans ce contexte, la performance ne dépend pas uniquement de la préparation physique. Elle repose aussi sur une capacité d’adaptation.
Adapter l’entraînement, une nécessité
Face à ces fluctuations, l’ajustement devient indispensable. Pas question de suivre un programme figé. Le travail se fait au jour le jour, en fonction des sensations. Chez Marine Beauchamp, le dialogue avec le staff est constant. Une collaboration essentielle pour ajuster la charge de travail en fonction des sensations. « Si je vais avoir des règles douloureuses, c’est vrai qu’on va un peu plus doucement au niveau des entraînements. On réajuste avec mon équipe. » Cette capacité d’écoute permet d’éviter les surcharges inutiles, mais aussi de préserver la performance sur le long terme. Le sujet n’est pas tabou. Il fait partie intégrante de la préparation, au même titre que la récupération ou la nutrition. Un facteur déterminant, notamment à l’approche des combats. Car au-delà de la douleur, d’autres éléments entrent en jeu, comme la rétention d’eau. « Je prends 1.5 kg facile deux jours avant les règles », confie Marine Beauchamp. Une variation significative dans un sport où les catégories de poids sont strictes. Ce phénomène de rétention d’eau, lié aux hormones, oblige à anticiper, ajuster, parfois même improviser. Marine Beauchamp évoque notamment des méthodes comme le drainage lymphatique ou la maderothérapie pour limiter certains effets.
Un impact physique, mais aussi mental
Malgré cette anticipation, certaines situations restent imprévisibles. Et les conséquences peuvent être immédiates. « Ça nous a vraiment fait des frayeurs plusieurs fois. » En effet, le stress lui-même peut modifier le cycle. « Des fois, le stress mental du combat, ça me faisait décaler les règles et ça tombait pendant la pesée » rapporte Marine Beauchamp. Un cercle difficile à briser. Plus l’enjeu est important, plus la pression augmente et plus le corps devient imprévisible. Lorsque les règles arrivent au mauvais moment, la pression monte. La gestion du poids devient plus complexe, les marges de manœuvre se réduisent. « Ça m’est arrivé deux fois. Je les avais pendant et c’est vrai que c’est beaucoup plus galère. » Dans ces instants, la gestion mentale devient essentielle. Anticiper, relativiser, trouver des solutions.
« J’ai eu des périodes, où les règles étaient carrément coupées »
Le cycle menstruel ne se contente pas d’influencer la pesée. Il agit aussi en amont, sur l’ensemble de la préparation. Chez Marine Beauchamp, certaines périodes ont même été marquées par une absence totale de règles. « J’ai eu des périodes où en grosse préparation, notamment pour des titres, j’ai eu les règles qui étaient carrément coupées. » En cause : une combinaison de stress intense et de perte de poids importante. Deux facteurs fréquents dans la boxe professionnelle. Au fil du temps, c’est l’expérience qui permet de mieux appréhender ces situations. Avec le temps, les repères se construisent. « Je suis montée de catégorie, donc je n’ai presque plus de poids à perdre et le facteur stress, je le gère beaucoup mieux. Là, c’est la première fois que mon cycle a été régulier dans une préparation. »
Briser le tabou et libérer la parole
Aujourd’hui, la parole se libère davantage. Entre athlètes, les échanges sont plus fréquents, les expériences partagées. Mais ,si le sujet progresse, il reste encore inégalement abordé. Tout dépend souvent de l’environnement et de l’initiative de l’athlète. Pour Marine Beauchamp, la démarche a été personnelle. « Je pense que je suis bien tombée avec mon staff, parce qu’il est très ouvert à ce niveau-là. Mais, je pense que si je n’en avais pas parlé, ils ne m’en auraient pas parlé non plus. J’ai fait mes recherches de mon côté, c’est moi qui ai pris les rendez-vous avec mon médecin, qui en parle et qui voit que c’est un vrai problème. Donc je pense que c’est vraiment à l’athlète de mettre en avant ce sujet. » Une réalité qui peut freiner certaines sportives, notamment les plus jeunes ou les moins à l’aise avec ces questions. Dans un sport comme la boxe, où chaque détail peut faire basculer un combat, cette prise en compte devient essentielle. Non pas comme une contrainte, mais comme une donnée à maîtriser.




























