Champion olympique de biathlon en 2006, Vincent Defrasne a toujours entretenu un lien fort avec la nature et les grands espaces. De ses années au plus haut niveau à ses projets autour du plein air et de l’environnement, il raconte comment le sport a façonné sa vision du monde.
Le biathlon est souvent présenté comme un sport de précision et de performance. Pour vous, il représente aussi une façon de découvrir le monde. Comment cette dimension s’est-elle construite ?
À l’origine, ce qui m’a attiré dans le ski nordique et le biathlon, c’est avant tout le plein air. Je suis né dans le Jura, dans un environnement où la montagne, la neige et la nature occupaient une place importante. Le biathlon est un sport de compétition, mais avant d’être ça, c’est un sport en lien avec les éléments. Ensuite, j’ai connu cette période où la performance est devenue centrale : progresser sur les skis, améliorer mon tir, chercher toujours à aller plus loin. Mais ce qui m’a toujours animé, c’est ce contact avec la nature. Aujourd’hui, je retrouve d’ailleurs beaucoup cet aspect dans mes projets autour du plein air.
Y a-t-il un voyage qui a particulièrement changé votre regard sur la nature ?
Je pense notamment à un stage de préparation pour mes premiers Jeux olympiques à Salt Lake City, que nous avions effectué dans le parc naturel de Yellowstone, aux États-Unis. C’était un endroit exceptionnel. Nous étions là pour préparer une compétition de très haut niveau, mais dans un environnement incroyable. Ce séjour a renforcé mon amour des grands espaces. J’ai découvert un lieu magnifique et cela a confirmé l’importance que la nature avait dans mon parcours.
Le biathlon vous a amené à évoluer dans des environnements très différents. Qu’est-ce que ces territoires vous ont appris ?
Ils m’ont appris l’humilité. La nature est magnifique, mais elle peut aussi être exigeante. Le froid, le vent, la neige, les conditions difficiles en Scandinavie ou en montagne nous obligent à nous adapter. La nature nous met au défi, mais elle ne nous juge pas. Elle nous accueille comme on est, à condition d’être préparé. C’est ce que j’aime dans les activités de plein air.
Quand vous étiez athlète, aviez-vous déjà conscience que le sport vous ouvrait sur le monde ?
C’est venu progressivement. Au début de ma carrière, j’étais concentré sur la performance et la progression. Puis j’ai découvert les championnats du monde et surtout les Jeux olympiques. J’ai compris que ces événements dépassaient largement le cadre sportif. Les Jeux transmettent des émotions, des rêves, des histoires humaines. C’est une ouverture sur le monde que peu de personnes ont la chance de vivre.
Votre parcours vous a mené du haut niveau à des projets autour de la montagne et de l’environnement. Quel lien faites-vous entre l’athlète que vous étiez et l’homme que vous êtes aujourd’hui ?
C’est la même personne, avec des objectifs différents. Avant, je cherchais la performance chronométrique. Aujourd’hui, je cherche plutôt à découvrir un sommet, traverser un espace, vivre une aventure. Mais les valeurs restent les mêmes : la passion, l’engagement, le dépassement de soi et ce lien avec la nature.
Le biathlon est un sport individuel mais il se pratique dans une communauté internationale très forte. Comment ces rencontres avec d’autres athlètes ont-elles construit votre vision du monde ?
Même si le biathlon est une discipline individuelle, on se prépare en équipe. On a besoin des autres pour progresser, pour partager les entraînements et aussi pour vivre des émotions collectives, notamment avec les relais. J’ai eu la chance de côtoyer des personnes qui m’ont beaucoup marqué dans ma carrière. Je pense notamment à Raphaël Poirée, Ole Einar Bjørndalen ou Sven Fischer. Ce sont des champions qui ont marqué l’histoire du biathlon, mais au-delà des résultats, ce sont surtout des personnalités qui m’ont apporté beaucoup.
Que vous ont transmis ces grands champions ?
Raphaël et Ole Einar m’ont beaucoup apporté dans leur manière d’être compétiteurs. Avec Raphaël, on a eu une relation un peu particulière. On a été parfois comme chien et chat, on s’est beaucoup challengés, mais il y avait énormément de respect entre nous. Il m’a montré ce que c’était que d’être un grand champion, avec cette exigence permanente. C’était quelqu’un qui cherchait toujours à progresser.
Avec Ole Einar, j’ai aussi eu des échanges marquants. Je me souviens notamment d’une discussion où nous parlions d’un jeune athlète qui rencontrait des difficultés. Il m’a simplement dit qu’on avait tous nos problèmes, mais aussi nos forces. Cette phrase m’a marqué parce qu’elle venait d’une légende du sport. Elle m’a rappelé qu’il fallait accepter les difficultés, mais surtout apprendre à s’appuyer sur ses qualités pour avancer.
Et votre relation avec Sven Fischer ?
Elle m’a ouvert sur une autre culture, notamment sur l’Allemagne. Cela m’a montré que le sport pouvait créer des liens au-delà des frontières. Ces rencontres m’ont appris à regarder les gens autrement. Derrière les performances et les médailles, il y a toujours des histoires, des personnalités et des parcours différents.
Votre titre olympique a-t-il changé votre vision de la réussite ?
Oui, forcément. Devenir champion olympique était un rêve que j’avais transformé en objectif, mais je savais que ce serait extrêmement difficile. Cette victoire m’a montré que certains rêves très ambitieux pouvaient devenir accessibles avec du travail, de la volonté et aussi une part de réussite. Aujourd’hui encore, cela m’aide dans mes projets.
Le biathlon demande beaucoup au corps et à la tête. Avez-vous été épargné par les blessures ?
J’ai eu beaucoup de chance. Le biathlon est un sport moins exposé que d’autres disciplines, notamment parce qu’on évolue à des vitesses moins importantes. J’ai surtout été chanceux grâce à ma technique à ski. La blessure la plus sérieuse que j’ai connue est une fracture de l’omoplate après une chute à vélo. Mais j’ai rapidement récupéré et cela n’a pas freiné ma préparation.
Qu’est-ce qui vous anime encore aujourd’hui ?
Le biathlon continue de me passionner, mais différemment. Je le suis maintenant comme supporter, avec beaucoup de plaisir à voir l’évolution de ce sport et de l’équipe de France. Ce qui m’anime surtout aujourd’hui, c’est le plein air : donner envie aux gens de découvrir la nature, de bouger et de partir à l’aventure. C’est ce qui guide mes projets aujourd’hui, avec ma famille et cette envie de transmettre.































