Porté par les projecteurs des Jeux Olympiques, le rugby à 7 français est en pleine mutation. Entre structuration des circuits amateurs, formation des éducateurs et ambitions de haut niveau, Jordan Roux, vice-président de la FFR, détaille la feuille de route fédérale jusqu’en 2029. Un plan d’action ambitieux qui vise à faire du « 7 » un véritable levier de développement sur tout le territoire, en parfaite complémentarité avec le XV.
Quelle est la dynamique actuelle pour le rugby à 7 en France, et quelle est l’ambition de la Fédération Française de Rugby concernant le développement de cette pratique ?
Notre ambition est de continuer à intégrer le rugby à 7 dans le calendrier national et les calendriers territoriaux. Dans ce cadre, la formation un des leviers de notre plan d’action doit devenir un véritable outil permettant à chaque joueur et joueuse de croiser la route d’un expert en rugby à 7 sur tout le territoire national. Au service du développement du rugby à 7 et de la filière.
Pour cela, nous menons un travail de fond articulé autour de trois piliers majeurs : la formation (accompagner les éducateurs, les organisateurs de tournois et les dirigeants et bénévoles pour qu’ils s’approprient les spécificités et les règles du rugby à 7), la compétition (collaborer avec l’ensemble des territoires pour animer et mobiliser cette pratique tout au long de la saison sportive, et pas seulement en fin d’année où le calendrier est déjà très dense) et les joueurs et joueuses (mettre en place une coordination efficace pour que les meilleurs potentiels soient repérés, évalués et puissent évoluer dans leur pratique).
Observe-t-on aujourd’hui de fortes disparités territoriales dans le développement du rugby à 7 ? Certains territoires misent-ils plus dessus que d’autres ?
Le rugby à 7 est historiquement ancré dans certaines régions de l’Hexagone, mais il est également très développé dans les territoires ultramarins. Pour les clubs et les ligues d’Outre-mer, c’est un véritable outil de formation et de compétition.
Dans l’Hexagone, un excellent travail est mené actuellement par plusieurs ligues, comme la Normandie, l’Occitanie, la Bourgogne-Franche-Comté ou l’Île-de-France. Ces territoires se servent du 7 pour construire, préparer ou dynamiser leur saison à travers trois créneaux : le début, le milieu et la fin de saison.
Comment la Fédération compte-t-elle accompagner cette dynamique ?
Nous disposons déjà des circuits Accession et Élite qui se déroulent sur quatre dates en fin de saison. Nous menons actuellement une réflexion globale pour améliorer leur visibilité et mieux accompagner la discipline. Des discussions sont d’ailleurs en cours avec un potentiel partenaire majeur qui serait dédié au 7. L’idée est d’apporter plus de contenu, plus de visibilité et d’être force de proposition sur des dates réparties sur toute l’année. Nous travaillons également avec les Ligues Régionales pour développer le rugby à 7 dans les calendriers des compétitions régionales en début de saison.
Un autre point crucial est de s’assurer que le rugby à 7 amateur serve de réservoir pour le haut niveau (l’équipe de France et les clubs professionnels de l’In Extenso Supersevens). Nous travaillons en étroite collaboration avec la Ligue Nationale de Rugby (LNR) pour créer des passerelles solides entre le Supersevens et nos circuits Élite et Accession.
À quel point les vitrines comme Paris 2024 ou le Bordeaux Sevens sont-elles importantes pour le développement de la discipline, y compris au niveau amateur ?
Ces événements sont essentiels. Les JO ont mis un coup de projecteur phénoménal sur la discipline, aidés par la présence de stars comme Antoine Dupont, qui a grandement contribué à cette visibilité. Le Bordeaux Sevens est également une magnifique vitrine. C’était un pari et nous nous sommes battus avec World Rugby pour obtenir cette étape en France. Le rugby à 7 est un sport spectaculaire sur le terrain, mais c’est aussi une immense fête en dehors. C’est cet esprit festif et spectaculaire que la Fédération souhaite mettre en avant.
Aujourd’hui, la FFR compte environ 37 000 pratiquants à 7 (minimes, cadets, cadettes, juniors, seniors, hommes et femmes). Ces grandes vitrines nous aident à attirer de nouvelles têtes pour inscrire la pratique dans le temps. Pour nous, le rugby à XV reste le socle de notre sport, le rugby à 7 vient l’accompagner pour rendre les joueurs et les éducateurs encore meilleurs, et le rugby à 5 intervient en complément pour accueillir et fidéliser de nouveaux licenciés de tout âge dans une logique de sport pour tous.
Le développement passe-t-il aussi par les jeunes et le monde scolaire ? Des passerelles existent-elles ?
Des actions sont menées, mais le rugby à 7 reste une pratique très exigeante physiquement qui se joue sur grand terrain. Il est donc surtout pertinent à partir de la catégorie des moins de 14 ans. À cet âge, le jeu à effectif réduit sur de grands espaces permet de développer de fortes habiletés techniques.
De plus, le 7 peut paraître moins frontal, avec moins de contacts que le rugby à XV, ce qui séduit un autre public. Il ne faut surtout pas opposer ces deux disciplines : elles sont totalement complémentaires pour développer les talents.
Où en est la Fédération concernant la professionnalisation et les contrats fédéraux, notamment pour les féminines ?
Les contrats fédéraux existent déjà pour les joueurs et les joueuses des équipes de France qui évoluent sur le circuit mondial. Sous l’impulsion de Florian Grill, la gouvernance a fait le choix fort de maintenir l’intégralité des moyens actuels du rugby à 7 jusqu’à la prochaine olympiade. Contrairement à d’autres fédérations qui ont réduit la voilure, nous investissons pour nous donner les moyens d’être champions et championnes olympiques en 2028 à Los Angeles. Il y a aujourd’hui une parité et une harmonisation totale entre les secteurs masculin et féminin, puisque les tournois mondiaux se jouent désormais en même temps.
En quoi l’échéance de Los Angeles 2028 sera-t-elle une étape clé ?
Elle sera cruciale à double titre. Sur le plan sportif, l’objectif est de viser un doublé historique pour les garçons et de décrocher l’or pour les filles, après leur belle performance à Tokyo.
Sur le plan structurel, 2028 sera une étape pour notre plan d’actions qui court jusqu’en 2029. Ce plan vise à bâtir un réservoir de joueurs de haut niveau, à diffuser la pratique et à mieux l’encadrer.
Enfin, le rugby à 7 répond aussi à des enjeux climatiques. Face aux canicules récentes, jouer en journée devient difficile. Le format du 7 permet d’organiser facilement des tournois en soirée (comme le format « Fast Four ») le vendredi soir. C’est une excellente alternative pour continuer à jouer en fin de saison sous le soleil, dans un cadre adapté.
Comment s’articule l’ancrage territorial du rugby à 7 entre les structures officielles et le monde associatif ?
Il est important de rappeler que toutes les structures sont des structures affiliées à la FFR. Il n’y a pas plusieurs rugbys, mais un seul qui rassemble les différentes pratiques. Nous avons d’un côté, les ligues régionales et les comités départementaux qui organisent des sélections et tournois. De l’autre côté, des clubs dont des sections historiques (comme les 7 Fantastics, les Scavengers, Howard Hinton, le 7 de Cœur et bien d’autres) qui participent également aux tournois ou organisent différents événements.
Désormais, de nouvelles structures se développent pour structurer les sélections, des moins de 16 ans jusqu’aux seniors, comme Only Seven dans la ligue Auvergne-Rhône-Alpes, les Landes Seven ou encore Seven Gats. Les énergies sont mobilisées pour que le rugby se joue partout et par tous.
Les circuits Élite et Accession vont-ils évoluer pour soutenir ce développement ?
Ces circuits arrivent à un tournant. Nous devons repenser leur organisation pour simplifier l’accès au rugby à 7 et renforcer l’ancrage territorial.
Ce travail est déjà bien engagé. Nous planchons actuellement sur de nouvelles orientations de compétitions et sur l’accessibilité de la pratique. Nous sortons tout juste des finales nationales et régionales des moins de 16 ans et moins de 19 ans à Plouzané, et nous allons enchaîner avec les tournois de début de saison. Les projets avancent, et nous nous donnons les moyens de nos ambitions.



































