Dans l’univers ultra-exigeant de la natation de compétition, les centièmes de seconde se gagnent de moins en moins dans les bras, et de plus en plus dans la tête. Si la préparation physique et le perfectionnement technique restent les piliers intangibles de l’entraînement quotidien, la maîtrise des habiletés cognitives s’impose désormais comme le facteur clé de la réussite. Au Club Nautique de l’Ouest (CNO) de Saint-Germain-en-Laye, cette prise de conscience s’est traduite par un partenariat stratégique majeur : l’intégration généralisée de l’application de préparation mentale Mentaïa.
L’accès pour tous à la force mentale
Matthieu Decaen, figure centrale de la direction technique du CNO Saint-Germain, pose un constat sans équivoque sur l’évolution des exigences du haut niveau et la nécessité de briser les barrières d’accès à l’accompagnement psychologique traditionnel. La solution est venue de Mentaïa, une application issue de la recherche en sciences cognitives, qui propose de placer un préparateur mental virtuel directement dans la poche des athlètes. « J’ai suivi Mentaïa sur les réseaux sociaux dès son lancement. Cela a tout de suite attisé ma curiosité. Dans notre quotidien avec les athlètes, nous rencontrons une vraie limite financière : le suivi individuel avec un préparateur mental représente un budget sacrément important pour les familles (environ 120 € la séance). De plus, je reste convaincu que dans beaucoup de cas, un accompagnement ultra-poussé n’est pas forcément nécessaire. Le travail mental se fait au quotidien, à l’entraînement. L’idée d’avoir un petit guide numérique à côté me semblait largement suffisante pour la majorité des sportifs. Quand Romain m’a contacté pour tester l’application sous forme de module de formation, j’ai donc été immédiatement réceptif et curieux de voir le résultat. »
Pour Matthieu Decaen, l’arrivée de cet outil a radicalement transformé la donne sur les lignes d’eau. « C’est d’abord la souplesse du format qui est intéressante. Quand on exerce un métier où l’on est très pris, se libérer des journées entières pour se former est un vrai casse-tête. Là, dès qu’on a un moment de repos ou un quart d’heure de libre, on peut se poser et progresser à son rythme. Ensuite, le contenu est extrêmement bien pensé. La théorie est vulgarisée pour parler immédiatement à un entraîneur et faire écho à son quotidien sur le terrain. Par exemple, en lisant la partie sur les étapes de formation d’un groupe, je me suis dit : « Mais c’est exactement ce que j’ai vécu avec mes athlètes cette année ! » Le format est ludique, la théorie n’est pas lourde, et les petits questionnaires de fin permettent de valider la compréhension et de bien mémoriser. Enfin, les fiches bilans permettent de faire de constants allers-retours entre la théorie et notre pratique. »
Une interface confidentielle qui libère la parole
L’un des principaux verrous de la préparation mentale chez les jeunes athlètes réside dans la difficulté à exprimer leurs doutes, leurs peurs ou leur stress face au regard des adultes ou des entraîneurs. L’approche technologique et anonymisée de Mentaïa a permis de lever ces inhibitions majeures. « Pour l’instant, une dizaine de nageurs testent le système. Sur le papier, cela pourrait intéresser presque tout le monde, même ceux qui n’ont pas une approche purement compétitive, car l’outil peut les aider pour leurs examens scolaires ou d’autres sujets du quotidien », assure Matthieu Decaen. « Cependant, sur ceux qui testent actuellement, on observe deux profils distincts. Il y a ceux qui ont adhéré immédiatement, ont installé l’application et ont trouvé leur rythme. Et il y a ceux pour qui c’est plus compliqué, certains ne l’ayant même pas encore téléchargée. Cela prouve que la démarche doit partir d’un besoin. Si le sportif n’identifie pas le mental comme un levier pour progresser, il n’adhérera pas. »
Du rituel pré-plot aux résultats chronométriques
Sur le plan purement opérationnel, l’intégration de Mentaïa se traduit par la mise en place de routines concrètes, visibles au bord des bassins. Mais quid de l’impact sur la performance ? « Il est encore un peu tôt pour se prononcer puisque cela ne fait que quelques mois », confie Matthieu Decaen. « Je sais qu’une de nos nageuses, qui avait exprimé un besoin sur ce plan, a vraiment bien marché lors des derniers championnats. Après, la performance est tellement multifactorielle qu’il est difficile de l’attribuer uniquement à l’application. J’aurai besoin de vivre davantage d’événements sportifs pour évaluer précisément l’impact sur la gestion du stress, des rituels ou de l’approche des objectifs. »
Pour le CNO, le travail avec Mentaïa n’en est donc qu’à ses prémices. « Mon objectif actuel est de terminer mes premiers modules d’ici la fin du mois de juillet. Nous avons déjà discuté avec Romain de la suite, notamment de modules avec des niveaux de compétences de plus en plus poussés basés sur la gamification. Si l’outil continue sa montée en gamme, je poursuivrai volontiers », confie Matthieu Decaen. « Ma démarche de formation dépendra aussi de mes besoins sur le terrain. Parfois, un entraîneur rencontre une problématique quotidienne face à laquelle il se sent moins armé, et c’est cela qui déclenche l’envie de se former. Après, je reste très lucide sur mon rôle : mon but est d’accompagner les sportifs sur les aspects mentaux du quotidien (feedbacks, fixation d’objectifs), mais je ne suis pas psychologue. Quand des situations plus lourdes se présentent, je préfère orienter l’athlète vers un professionnel de santé. »



























