À seulement 20 ans, Ksénia Chasteau s’est imposée comme l’une des figures montantes du tennis fauteuil français. Après avoir perdu sa jambe gauche dans un accident de moto en 2021, elle a transformé une épreuve de vie en une formidable aventure sportive, jusqu’à atteindre la finale de Roland-Garros 2026. Pour SPORTMAG, elle revient sur son parcours, sa reconstruction et le message d’espoir qu’elle souhaite transmettre.
Après l’accident qui a bouleversé votre vie en 2021, à quel moment avez-vous compris que l’avenir pouvait encore vous offrir de nouveaux défis ?
Je dirais que ce déclic est arrivé lorsque j’ai repris le tennis-fauteuil. J’ai retrouvé des sensations de plaisir que je connaissais déjà lorsque je pratiquais le tennis avant mon accident. À ce moment-là, je ne pensais pas encore aux titres ou aux résultats. Je me projetais surtout dans l’idée de retrouver une forme de bonheur et un équilibre de vie malgré ce que j’avais traversé. C’est là que je me suis dit que ma vie pouvait encore me réserver de très belles choses, simplement parce que j’avais retrouvé une activité qui me procurait énormément de plaisir.
La reconstruction après un tel traumatisme est souvent un long processus. Quelles ont été les étapes les plus difficiles à surmonter ?
Le plus difficile a été de travailler sur les stress post-traumatiques liés à l’accident. C’est un chemin qui reste encore en cours aujourd’hui. J’ai dû réapprendre à avoir une relation sereine avec l’hôpital et le personnel soignant. Les équipes médicales ont été formidables, mais certaines expériences m’ont aussi profondément marquée. J’ai dû me faire accompagner pour dépasser ces angoisses et pouvoir retourner à l’hôpital ou consulter un médecin sans appréhension. C’est probablement le défi le plus important que j’ai eu à relever.
Quel rôle le sport a-t-il joué dans votre reconstruction ?
Le sport a avant tout été un plaisir retrouvé. Je ne l’ai jamais considéré comme un refuge ou une thérapie. Mon objectif était simplement de reprendre une activité qui faisait partie intégrante de ma vie avant l’accident. J’ai toujours vécu à travers le sport et retrouver cette pratique régulière était essentiel. C’était avant tout une source de joie.
À quel moment le tennis-fauteuil s’est-il imposé comme une évidence ?
L’évidence est arrivée dès la première séance. J’ai immédiatement compris que cette discipline allait faire partie de ma nouvelle vie sportive. En revanche, la perspective du haut niveau est venue plus tard. C’est lorsque j’ai remporté mes premiers titres nationaux que j’ai réalisé que je possédais les qualités physiques et mentales pour viser plus haut et envisager une carrière au plus haut niveau.
Lorsque vous avez découvert le tennis-fauteuil, imaginiez-vous un jour disputer une finale de Roland-Garros ?
Au tout début, non. Mais à mesure que j’ai progressé en compétition, j’ai commencé à rêver grand. Depuis plusieurs années, je me fixe des objectifs ambitieux, que ce soit les Jeux paralympiques ou les tournois du Grand Chelem. Une finale de Grand Chelem figurait clairement parmi nos objectifs pour la saison 2026. Cela fait plus d’un an que nous travaillons dans cette perspective avec mon équipe.
Votre parcours est souvent présenté comme un modèle de résilience. Comment percevez-vous ce regard porté sur votre histoire ?
Je suis fière du chemin parcouru, bien sûr. Mais je tiens aussi à rappeler que cette résilience a été rendue possible grâce à plusieurs facteurs. J’ai eu la chance d’être entourée par ma famille et de bénéficier d’un équilibre de vie solide avant l’accident. Le sport occupait déjà une place centrale dans ma vie et cela m’a beaucoup aidée à rebondir. Je suis reconnaissante envers toutes les personnes qui m’ont accompagnée et envers les circonstances qui ont permis que toutes les conditions soient réunies pour avancer.
Votre finale à Roland-Garros représente-t-elle davantage une performance sportive ou une victoire personnelle ?
Pour moi, c’est avant tout une performance sportive. Je comprends que le public puisse y voir une dimension personnelle en raison de mon histoire, mais lorsque je suis sur le terrain, je suis concentrée sur la compétition. Cette finale est le résultat d’un travail sportif, physique et mental réalisé avec mon équipe. Je la considère donc avant tout comme une réussite sportive.
Votre parcours démontre qu’une épreuve peut parfois révéler des ressources insoupçonnées. Selon vous, l’espoir est-il un choix quotidien ou une construction progressive ?
Je pense que l’espoir se construit progressivement. Après mon accident, je ne me suis pas réveillée avec des rêves de médailles ou de grandes victoires. Tout s’est bâti étape par étape, grâce à un travail quotidien et à de nombreux facteurs qui se sont alignés au fil du temps. L’espoir se développe petit à petit, comme une construction que l’on consolide brique après brique.



























