À seulement 20 ans, Paul Seixas s’avance sur la ligne de départ des championnats du monde de Montréal avec un statut qui a changé de dimension. Quatrième du Tour de France dès sa première participation, vainqueur du Tour du Pays basque et de la Flèche wallonne, puis deuxième du Grand Prix de Montréal au terme d’un final dantesque face à Isaac Del Toro, le prodige de l’équipe Decathlon CMA CGM suscite une attente immense.
Sa récente médaille de bronze obtenue sur le contre-la-montre individuel mondial derrière l’intouchable Remco Evenepoel et Filippo Ganna a fini de convaincre les derniers sceptiques : le Lyonnais possède déjà la caisse et le coffre des plus grands. Mais entre monter sur le podium d’un chrono et dompter la course en ligne d’un championnat du monde, la marche reste exigeante. Alors, le maillot arc-en-ciel est-il une ambition réaliste pour le clan français ?
Un parcours taillé sur mesure pour ses qualités
Le tracé canadien développé autour du mont Royal n’a plus de secret pour le peloton WorldTour. Avec la répétition de la côte Camillien-Houde, le circuit québécois impose une usure continue où le rapport poids/puissance et la capacité d’enchaîner les relances explosives font la différence.
C’est exactement sur ce type de profil casse-pattes que le jeune Français exprime tout son potentiel. Capable de suivre les attaques des meilleurs puncheurs tout en conservant une pointe de vitesse redoutable au sommet des bosses, Seixas a prouvé lors de sa deuxième place au GP de Montréal qu’il avait parfaitement apprivoisé les spécificités du circuit. Sa faculté à courir juste, sans gaspiller d’énergie inutile dans le placement, constitue une arme précieuse sur une épreuve dépassant les 260 kilomètres.
L’équipe de France et la stratégie façon « UAE »
L’un des grands enjeux pour le sélectionneur Thomas Voeckler résidera dans la gestion du collectif bleu. Contrairement aux éditions précédentes où la France misait sur des options multiples ou des coups tactiques à longue distance, ce parcours exige un leadership incontesté.
Pour contrer les nations surarmées, la France gagnerait à s’inspirer du modèle mis en place par UAE Team Emirates autour de Tadej Pogačar. Cela implique de mobiliser un bloc entièrement dévoué, capable de durcir la course dès le milieu d’épreuve afin de maintenir un rythme asphyxiant et de neutraliser les attaques anticipées. L’objectif prioritaire sera de protéger le leader unique, en économisant Paul Seixas jusqu’aux trente derniers kilomètres pour qu’il aborde les ultimes ascensions de Camillien-Houde avec toute sa fraîcheur.
Dans ce schéma, les coureurs d’expérience auront pour mission de filtrer les mouvements dangereux avant l’explication finale entre les favoris. Si l’équipe de France accepte d’assumer ce poids de la course et de rouler sans retenue pour sa pépite, elle offrira à Seixas le terrain idéal pour placer son accélération dans le dernier tour.
La concurrence : un plateau relevé malgré une absence de poids
L’absence de Tadej Pogačar sur ce rendez-vous canadien redistribue les cartes et ouvre considérablement le jeu. Néanmoins, la liste des prétendants reste impressionnante et particulièrement dense.
En premier lieu, Remco Evenepoel s’impose comme l’homme à battre. Vainqueur du Grand Prix de Québec et quadruple champion du monde du chrono, le Belge aborde l’épreuve avec le statut de favori numéro un. Il faudra également compter sur Isaac Del Toro, le Mexicain qui a devancé Seixas d’un cheveu sur le GP de Montréal et qui traverse une période de forme étincelante.
Enfin, une constellation d’outsiders revanchards comme Mathieu van der Poel, Enric Mas, tout récent vainqueur de la Vuelta, disposent du coffre nécessaire pour faire basculer la course à tout moment. Comme le soulignait récemment Bernard Hinault, l’absence d’un épouvantail absolu transforme cette épreuve en un terrain de jeu où une quinzaine de coureurs peuvent légitimement viser le titre.


















