Les compléments alimentaires se sont imposés comme un réflexe du quotidien pour optimiser l’alimentation ou combler d’éventuelles carences. Porté par une demande en forte hausse, ce marché explose autant qu’il interroge. Entre promesses santé et usages parfois flous, Jean-Michel Cohen, nutritionniste et auteur, décrypte un secteur en plein boom… pas toujours simple à lire.
Le marché des compléments alimentaires n’a jamais été aussi saturé ni aussi difficile à lire. Comment l’expliquez-vous ?
Cela tient surtout à un engouement massif et à une forme d’anxiété nutritionnelle. Beaucoup de personnes ont peur de manquer de vitamines, minéraux ou oligo-éléments. On retrouve des produits pour toutes les fonctions possibles : muscle, tendons, énergie, sommeil… l’offre est devenue pléthorique.
Sont-ils réellement nécessaires ?
Pas systématiquement. On ne peut pas affirmer qu’un complément est utile sans bilan biologique préalable montrant une carence. Sans cela, on est dans l’incertitude. Leur consommation repose souvent sur une logique simple : “ça ne peut pas faire de mal”, donc autant essayer. En réalité, en dehors de rares cas, les bénéfices sont difficiles à démontrer.
Le risque est-il donc faible ?
Globalement oui, mais pas nul. Certaines vitamines comme la A ou la E peuvent poser problème en cas de surdosage. La vitamine A peut entraîner des troubles cutanés ou oculaires, et la vitamine E est suspectée d’effets indésirables à fortes doses. Pour le reste, les compléments sont généralement peu risqués lorsqu’ils sont utilisés correctement.
Les sportifs en consomment beaucoup. Est-ce justifié, notamment à l’approche de grandes compétitions internationales comme la Coupe du monde ?
Oui et non. Des produits comme la créatine sont globalement sûrs. La whey protéine, même à doses élevées, ne pose pas de problème chez une personne sans insuffisance rénale : l’excès de protéines est simplement transformé. Les BCAA ou les isolats protéiques peuvent avoir un intérêt discuté, mais restent dans un cadre non thérapeutique. Le problème commence avec les produits hormonaux ou dopants, qui ne relèvent plus de la supplémentation.
Quels compléments vous semblent inutiles ?
Tous ceux qui promettent des effets sur les cheveux, le cuir chevelu, le “tonus” ou la vitalité sans base scientifique solide. Dans la majorité des cas, ils n’apportent rien de mesurable.
Comment corrige-t-on réellement une carence ?
De manière simple : par un dosage biologique. On identifie un déficit par rapport à une norme, puis on corrige en apportant l’élément manquant jusqu’au retour dans la fourchette normale.
Dans le cadre de compétitions comme la Coupe du monde, ces compléments deviennent-ils indispensables ?
Dans certains cas précis, oui. Les sportifs de haut niveau font face à la déshydratation et à des pertes importantes en électrolytes : sodium, potassium, magnésium. On peut aussi compléter en vitamine C, magnésium ou fer selon les besoins. L’hydratation est alors optimisée avec des boissons enrichies et légèrement glucidiques, consommées régulièrement.
Et la créatine dans ce contexte ?
Elle peut jouer un rôle intéressant, car elle soutient la production d’énergie musculaire. Dans des conditions extrêmes de chaleur et d’effort, elle participe à maintenir la performance.
























