Malgré une culture régionale historiquement ancrée dans le football, l’ovalie trace son sillon dans le Nord de la France. Avec un effectif stable de 12 000 licenciés, la Ligue Hauts-de-France de Rugby mise sur la proximité pour séduire de nouveaux pratiquants. Entre le développement stratégique des « antennes » en zones blanches, l’essor fulgurant du rugby à 5 et l’ambition de relancer le haut niveau, son président, Claude Codron, dresse un état des lieux sans concession mais résolument tourné vers l’avenir.
Quel bilan tirez-vous de la dynamique du rugby dans les Hauts-de-France depuis la rentrée de septembre ? Où en est la Ligue en termes de licenciés ?
Le premier point positif est notre stabilité : nous ne sommes pas en régression. Nos effectifs se maintiennent à environ 12 000 licenciés, soit le même niveau que la saison dernière. Pour la rentrée prochaine, l’ouverture de deux nouveaux clubs dans des « zones blanches » devrait dynamiser ces chiffres. Parallèlement, je mène un suivi étroit avec les clubs actuels sur la création d’antennes d’écoles de rugby, une priorité de la Fédération. Deux ont déjà été officialisées, et trois ou quatre autres devraient voir le jour d’ici la fin de la saison. Pour les bénévoles, créer une antenne est souvent moins lourd administrativement que de fonder un club complet, ce qui facilite le maillage du territoire.
Justement, ces antennes sont-elles la solution pour rapprocher les licenciés potentiels des terrains ?
Absolument. Puisque le public ne vient pas toujours naturellement vers nous — par méconnaissance ou par appréhension — c’est à nous d’aller vers lui. Nous faisons ce pari avec les collectivités et les mairies disposant de structures. Un demi-terrain suffit pour débuter. L’idée est d’offrir un espace de proximité pour s’initier, surtout lors des beaux jours, et de faire découvrir le rugby à ceux qui n’auraient pas fait la démarche de se déplacer.
Quels sont aujourd’hui les fers de lance du rugby régional ? Est-ce le rugby féminin ou les nouvelles pratiques qui tirent la croissance ?
Ce sont principalement le rugby féminin et le rugby à 5 (mixte). Cette pratique sans contact, très ludique, attire de nombreux nouveaux adhérents. Nous observons un phénomène intéressant : quand les enfants s’inscrivent au « Baby Rugby », les parents franchissent le pas et prennent une licence « à 5 » sur le terrain d’à côté. C’est une porte d’entrée qui fonctionne très bien. À l’inverse, le rugby à 7 peine encore à s’imposer ; nous projetons de lancer un championnat spécifique l’an prochain pour le relancer. Une autre satisfaction concerne les U14 : plusieurs clubs, autrefois contraints de se rassembler pour former une équipe, envisagent d’évoluer seuls la saison prochaine. C’est le signe que nos effectifs jeunes progressent, même si la situation reste plus complexe chez les seniors.
Concernant le haut niveau, quelle est la situation de la Ligue ? Au-delà du cas lillois, quels sont les projets en cours ?
Le constat est mitigé pour l’instant. En Nationale, l’Olympique Marcquois Rugby (Lille Métropole) se maintient de justesse, profitant des difficultés administratives d’autres clubs. Chez les féminines, la situation en Élite est difficile puisqu’elles occupent actuellement la dernière place. Heureusement, il y a des motifs d’espoir : Roubaix a conforté sa place en Fédérale 2, Amiens caracole en tête de sa poule de Fédérale 3 avec des ambitions de montée, et Beauvais progresse solidement en Fédérale 1, avec la création d’un centre de formation. Pour le reste, nous attendons encore l’émergence de nouveaux projets structurants.
La Ligue s’investit-elle également sur le « Rugby Santé » ?
Oui, c’est un axe de développement important. Plusieurs clubs ont ouvert des sections « Rugby Santé » et « Rugby Adapté », notamment en partenariat avec des Instituts Médico-Éducatifs (IME) pour les jeunes porteurs de handicap mental. Ces sections sont en pleine expansion et contribueront également à la hausse de nos effectifs l’an prochain.
Outre le volet social et les écoles de rugby, quels sont vos grands chantiers pour 2027 ?
Notre priorité est de relancer fermement le rugby à 7. C’est un format spectaculaire et attractif. Pour lever les réticences de certains clubs, nous allons cibler ceux disposant de gros effectifs seniors. Cela permettrait de mobiliser une dizaine de joueurs sur le 7 plutôt que de maintenir à bout de bras une équipe réserve ou une équipe 3 dont l’existence est souvent précaire.
Les dernières élections ont vu l’installation de nouvelles équipes municipales. Est-il crucial pour les clubs de nouer des liens avec ces élus ?
C’est vital. Je parcours actuellement la région pour rencontrer ces nouveaux élus. S’ils connaissent souvent les rouages politiques, ils ne sont pas toujours sensibilisés aux besoins spécifiques de notre sport, notamment en termes d’infrastructures. À Nomain, par exemple, nous négocions l’utilisation de terrains de football inexploités. La Ligue joue un rôle de facilitateur et d’appui pour aider les clubs dans ces discussions institutionnelles.
Cela prouve-t-il que le rugby gagne du terrain, même sans racines historiques fortes dans la région ?
C’est tout l’enjeu. Avec 12 000 licenciés contre 140 000 pour le football, nous sommes clairement sur une terre de foot. À l’échelle nationale, le rugby est le 10ème sport le plus pratiqué ; dans les Hauts-de-France, il n’est que 15ème. Cette disparité est notre moteur : nous avons une marge de progression considérable pour prouver que le rugby a toute sa place ici.





























