L’AS UPSILON veut désormais franchir un cap. Avec seulement quelques joueuses dans ses rangs, la structure portée par Habd-eddine Sebiane lance un projet ambitieux : développer la présence féminine dans le foot-fauteuil, en s’appuyant sur un stage national inédit et une approche globale de l’inclusion.
Sur le papier, le foot-fauteuil est un sport ouvert à tous. Hommes et femmes évoluent ensemble, sur le même terrain, avec les mêmes règles. Une mixité naturelle, presque évidente. Dans les faits, la réalité est différente. Et le constat est posé sans détour du côté de l’AS UPSILON. « On est un sport mixte, mais pour l’instant, on est très très mauvais sur la partie féminisation. C’est vraiment notre talon d’Achille » déplore Habd-eddine Sebiane, président de UPSILON. Aujourd’hui, le déséquilibre est net. Sur une quarantaine de licenciés, seules quatre joueuses composent l’effectif. Une proportion encore trop faible pour le président du club, qui souhaite inverser la tendance dès la saison prochaine. L’objectif est clair : dépasser rapidement ce seuil et installer durablement les femmes dans le paysage du foot-fauteuil.
Un stage 100 % féminin pour franchir un cap
Pour répondre à ce manque de représentativité, le club ne veut pas simplement recruter. Il veut structurer une dynamique à l’échelle nationale. Dès la saison prochaine, un premier stage entièrement dédié aux joueuses devrait voir le jour, avec une ambition qui dépasse le cadre local. « Dès octobre prochain, sur la saison prochaine, on veut lancer le premier stage de foot-fauteuil 100% féminin, avec pour idée d’accueillir des filles venues de toute la France, pas pour qu’elles jouent chez nous, mais pour les rendre plus visibles auprès de leurs clubs » s’enthousiasme Habd-eddine Sebiane. Le projet repose sur une logique simple : créer un espace d’entraînement, de progression et de visibilité pour des joueuses venues de tous horizons. Un temps fort, pensé comme un levier pour l’ensemble des clubs français. L’idée n’est pas de concentrer les talents, mais au contraire de les redistribuer.
Faire progresser les joueuses et les clubs
Au cœur de ce stage, il y a la notion de progression. Technique, bien sûr, mais aussi collective. Les participantes seront mises en contact avec des joueuses expérimentées, évoluant notamment en divisions supérieures. Un moyen d’accélérer leur développement et de renforcer leur rôle au sein de leur club. « Derrière, quand elles reviendront dans leur club, elles seront une valeur ajoutée pour leur club et pourront avoir plus de temps de jeu » explique Habd-eddine Sebiane. Le mécanisme est vertueux. Plus les joueuses progressent, plus elles s’imposent dans leur équipe. Et plus les clubs sont incités à recruter de nouveaux profils féminins. À terme, UPSILON espère enclencher une dynamique nationale, où chaque structure aurait intérêt à intégrer davantage de joueuses pour bénéficier de cette montée en compétence.
Un projet qui dépasse le cadre du sport
Mais ce stage ne se limite pas au terrain. L’ambition est plus large. Il s’agit aussi d’ouvrir des perspectives. Durant une semaine, les participantes seront mises en contact avec des femmes issues de différents milieux professionnels : journalisme, entrepreneuriat, ingénierie ou encore médecine. Un moyen de casser les barrières, visibles ou invisibles. « Parce que l’idée c’est de dire, on peut être une femme et faire tous les métiers » rapporte Habd-eddine Sebiane. Au-delà du handicap, au-delà du sport, le projet s’inscrit dans une démarche de construction personnelle. Redonner confiance, élargir le champ des possibles et accompagner ces jeunes femmes dans leur développement. « Ce sont des jeunes femmes pleines et entières, il faut qu’elles s’épanouissent en tant que telles » affirme Habd-eddine Sebiane.
Créer un espace pour s’exprimer librement
Autre enjeu central : offrir un cadre où les joueuses peuvent évoluer sans pression extérieure. Un espace où le regard des autres, souvent un frein, s’efface. Le choix d’un stage féminin répond à cette logique. Permettre aux participantes de se sentir légitimes, de prendre leur place, sans avoir à se justifier. « Il y aura sûrement des hommes dans le staff, mais on souhaite que les femmes soient évidemment en majorité, qu’elles aient de la place pour s’exprimer sans avoir à être jugées, sans se sentir jugées par le regard masculin » confie Habd-eddine Sebiane. Dans cet environnement, l’objectif est de libérer la parole, mais aussi le jeu. Créer les conditions d’une pratique plus sereine, plus affirmée.
Une première étape vers un changement durable
Le projet est encore en construction. Le club vise une première édition dès les vacances de la Toussaint, avec une organisation en cours et des invitations envoyées progressivement aux joueuses identifiées. La sélection ne se limitera pas aux profils les plus visibles. Au contraire, le club souhaite aller chercher des joueuses parfois en retrait, moins utilisées dans leur club, mais au potentiel identifié. Une manière de rééquilibrer les trajectoires et de donner une chance à toutes. À plus long terme, l’objectif est d’inscrire ce stage dans la durée, avec une édition annuelle capable de structurer la filière féminine du foot fauteuil. Derrière cette initiative, une vision : faire du sport un levier d’émancipation, mais aussi un outil de transformation sociale. Changer les chiffres, certes. Mais surtout changer les regards.




























