Brice Chambourg : « Le volley est en danger »

Malgré les belles performances de l’équipe de France, le volley français peine à briller au niveau des clubs sur la scène européenne. Si la première décennie du XXIe siècle a été synonyme de succès (Tours et Paris vainqueurs de la Ligue des champions), depuis, les équipes françaises peinent à rivaliser avec Russes, Italiens et Polonais. Le président du Rennes Volley 35, Brice Chambourg dresse un constat préoccupant et propose des solutions.

 

Comment expliquer les difficultés rencontrées par les clubs au niveau européen ?
Le premier élément, c’est qu’on est dans un pays où c’est difficile d’exister, à part le football, et c’est parfois encore plus vrai en région, dans les villes où il y a des équipes de foot évoluant au plus haut niveau. Et ce n’est pas une excuse, on pourrait dire : “Oui, mais le foot c’est le sport roi.” En Italie, on ne peut pas les accuser de ne pas aimer le football, malgré tout le volley y a une place énorme avec des budgets entre 8 et 15 millions. En France, le plus gros budget c’est Tours, qui doit être à 2,3 millions. Je pense que ça vient déjà de l’organisation du sport français, clairement. Avoir un club pro ou une association, avec une partie amatrice qui détient les droits sportifs, c’est très, très compliqué à gérer. Pour le cas de Rennes, on est en train de créer une société sportive parce qu’on y est contraint. Et s’entendre avec des amateurs alors que vous gérez un club sportif comme une entreprise, ce n’est pas simple. Il faut vous entendre avec des gens qui ne sont pas forcément dans l’entrepreneuriat, qui peuvent être de différents milieux. Souvent, dans les associations sportives du monde amateur, ce sont des gens qui viennent de l’éducation nationale, des profs de sports, des gens qui font bien ce qu’ils font, et heureusement qu’ils sont là dans une certaine mesure, mais qui n’ont pas les capacités pour faire évoluer le sport avec une gestion vraiment professionnelle. Je pense que c’est un vrai problème.

 

Avez-vous de l’aide de la part des instances ?
On a une Ligue et une Fédération qui n’ont pas de pouvoir de décision, qui n’ont aucune envie de prendre des risques ou de faire avancer les choses. Je peux vous donner un exemple concret, la Ligue nous dit l’année dernière qu’elle avait réussi à gagner quelques dizaines de milliers d’euros, peut-être 100 ou 200 000 euros. Et, quand les clubs demandent : “Alors du coup, vous allez nous aider et les reverser ?” Elle répond : “Ah non, car l’année prochaine on ne gagnera peut-être pas d’argent, on est quand même 8 et il y a les salaires à payer.” Ils sont là pour payer leurs salaires et pas franchement pour promouvoir le sport. En plus, les gens qui sont à la Ligue n’ont pas les compétences pour le promouvoir. Ils n’ont pas réussi à négocier des droits TV. L’excuse, c’est toujours de dire : “Ah oui, mais le volley, le format est compliqué car un match peut durer 1h10 comme il peut durer 3h30, il n’y a pas la place pour ça.” Ce n’est pas tout à fait vrai. Dans mon réseau, je connais un haut responsable d’Eurosport, une personne qui travaille chez BeIn, ils me disent qu’ils pourraient y avoir la place, mais la manière dont ils amènent les choses et dont ils les présentent, ce n’est juste pas possible.

 

« Les droits TV, c’est un vrai sujet »

 

Les droits TV constituent donc un vrai manque pour vous ?
Sans droits TV, pas de budget supplémentaire, ce qui fait que plus vous allez loin dans la compétition, plus ça vous coûte de l’argent. Il n’y a pas d’aide, la mairie va vous dire que les budgets sont déjà votés, vous ne pouvez aller chercher l’argent que chez les partenaires privés. Avec les droits TV, ça change tout. Je discutais avec le président du REC Rugby de Rennes, qui est en Fédérale 1, l’équivalent de la troisième division. Je lui ai demandé s’il voulait monter en Pro D2, il m’a dit pourquoi pas. Je lui ai dit : “Oui, mais les budgets ?” Il m’a dit que ce n’était pas si compliqué, le budget d’un club de Fédérale 1, c’est 1,3 million pour un bon club comme celui de Rennes. Le budget d’une équipe de Pro D2 comme Vannes, c’est environ 6 millions. Sur les 6 millions, Vannes a plus de 4 millions de droits TV. Si vous faites le delta entre les 1,3 million et les 1,9 million qu’ils restent, la marche n’est pas si haute que ça. Les droits TV c’est un vrai sujet.

 

Comment faire pour s’en sortir alors ?
Si demain les collectivités ferment les robinets des subventions, le volley est en danger sans même parler de l’échelle européenne. Si le modèle économique du volley ne change pas… Nous, on en est à créer une société, et dans l’objet social de la société, il pourrait y avoir la capacité à autofinancer sa salle avec des bureaux, des logements, pour avoir un volet économique qui rapporte. Si on ne va pas vers des choses comme ça, à un moment, je ne vois pas comment on va s’en sortir. J’ai une particularité par rapport à certains présidents, même s’il y en a d’autres comme moi, c’est que je suis aussi le sponsor principal via mon groupe immobilier. Je vois bien les deux côtés de la chose. Aujourd’hui, c’est compliqué de justifier de mettre plus d’argent dans le volley quand vous avez un affichage très local. Les clubs sportifs doivent trouver des leviers, même en dehors du sport. Je crois que c’est ce qui a été fait à Lyon, où avec une nouvelle salle, il y a des bureaux, des commerces, des logements.

 

C’est ce que vous souhaitez mettre en place à Rennes ?
On va essayer de mettre ça en place, je ne dis pas que c’est facile, il faut quand même avoir des partenaires institutionnels et privés qui jouent le jeu. Ce qu’on essaye de faire aujourd’hui, c’est déjà de stabiliser le club au niveau financier. J’ai repris la présidence d’un club qui avait beaucoup de cadavres dans les tiroirs, on est encore en train de se battre avec ça et on n’est pas beaucoup aidé. Il pourrait y avoir des sursis avec mises à l’épreuve, mais ça n’existe pas dans le domaine du sport, ils sont tout de suite dans la sanction. Parfois, les clubs français ont tellement de mal à exister, que certains pourraient avoir envie de laisser la tête d’un club sous l’eau pour qu’il ne puisse pas monter trop vite dans la hiérarchie. Quelques clubs ont fait des descentes en Ligue B, et certains ont poussé dans ce sens-là, ont fait beaucoup de lobbying auprès de la Fédération, de la Ligue et de la DNACG, parce qu’ils trouvaient que les clubs étaient en train de devenir trop costauds et que finalement, un club de moins prétendant à des titres et à des résultats, ça leur allait plutôt bien. C’est l’expérience, j’ai traversé ça il y a quelques semaines. C’est un sport qui est un peu géré par des amateurs.

 

« Montrer qu’on a de l’ambition »

 

De nombreux présidents souhaitent tirer le volley français vers le haut. Pensez-vous que cela soit possible de travailler tous ensemble ?
Je pense que c’est possible. Le volley travaille un peu en circuit fermé avec beaucoup de gens qui sont là depuis très longtemps. Il y a deux, trois personnes qui se plaignent, mais même en se plaignant, elles arrivent un peu à faire ce qu’elles veulent. Ce qui est un peu compliqué. Tant que le volley ne sera pas plus professionnel – aujourd’hui, les présidents de clubs ne sont pas des présidents à plein temps – ce sera compliqué. Si on doit changer les choses, se rencontrer plus souvent, se retrouver à Paris, faire des réunions, amener la Ligue à autre chose, trouver un autre candidat qui ne soit pas forcément président d’un club, ça deviendrait un sujet à temps plein, incompatible avec la situation actuelle. C’est compliqué, parce qu’il faudrait changer le système de fonctionnement du sport, avec les Fédérations, les ligues, le ministère derrière les agréments. Peut-être pour passer vers une formule un peu comme la NBA, avec des franchises, comme ça se fait un peu en Italie, où un club s’achète et se revend comme une entreprise. En France, ça ne marche pas comme ça. Pour salarier un bon président, il faut plus de moyens, et sans droits TV, ça parait compliqué. On est dans un cercle qui ne me parait pas vertueux pour l’instant.

 

Comment faites-vous, à Rennes, pour attirer les spectateurs ?
On essaye d’amener une prestation à la hauteur de ce qui peut se faire au football à Rennes, puisqu’on a un club qui est en Ligue 1. C’est plus un problème pour nous qu’une dynamique, puisque les gens ont tendance à aller au foot. Les gens adorent le foot, et paradoxalement la Bretagne est la région où le volley a le plus haut taux de pénétration chez les jeunes. On doit être une alternative au football, à la fois haut de gamme et plus humain, avec des tickets d’entrée qui sont moindres. On essaye de faire ça, en amenant le club vers des résultats satisfaisants pour fidéliser de gros partenaires. En essayant de les faire adhérer sur le long terme.

 

Quels sont vos objectifs pour cette année ?
Avoir de meilleurs résultats que l’an dernier. On ne vise pas spécialement un titre cette année, mais on doit stabiliser le club dans les trois, quatre clubs qui comptent. L’an dernier, on a fini assez haut dans le classement et on était européen. Cette année, il faut essayer de faire un petit peu mieux, montrer qu’on est là, qu’il faudra compter avec nous, pour que les gens se reconnaissent dans le club. Il nous faut une stabilité sportive et financière, ce qui nous avait manqué jusqu’à aujourd’hui. Désormais les feux sont au vert, mais l’aspect financier est très important. Aujourd’hui, il faut montrer qu’on a de l’ambition, et qu’on veut emmener tout le monde avec nous.

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Propos recueillis par Simon Bardet
Crédit photo : Icon Sport
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