Ancien éducateur au Paris FC de 1999 à 2017, Reda Bekhti a accompagné les premiers pas d’Ibrahima Konaté. Il revient sur la découverte du défenseur international français, son évolution, sa mentalité et les clés de sa réussite.
Quand vous découvrez Ibrahima Konaté au Paris FC, qu’est-ce qui vous frappe en premier ?
La première chose qui m’a marqué, c’est son gabarit. Il était grand, avec une certaine élégance balle au pied. À l’époque, il avait déjà des qualités qui pouvaient lui permettre d’évoluer à plusieurs postes. La première fois que je l’ai vu, il jouait avant-centre. Il avait une grosse capacité de réflexion, il comprenait rapidement les consignes et les situations. Techniquement, il avait encore des choses à travailler, notamment parce qu’il n’était pas toujours très à l’aise dans ses appuis.
Le fait de le faire reculer progressivement d’un cran lui a beaucoup servi. En attaque, son grand gabarit pouvait parfois être un frein, surtout sur des petits terrains. En redescendant, il a eu davantage le jeu face à lui et a pu exprimer ses qualités.
Comment s’est faite cette transition vers un rôle plus défensif ?
À la base, il est venu se présenter aux détections du Paris FC en U11. Je l’ai récupéré l’année suivante et j’ai travaillé avec lui pendant plusieurs saisons. Au départ, on voulait vraiment essayer de le faire jouer attaquant. Mais on voyait qu’il pouvait être plus utile ailleurs. Un jour, avec mon collègue, on a décidé de le repositionner au milieu de terrain.
Il a joué sentinelle, dans un système à neuf avec un numéro 6 et un numéro 10. Et dès son premier match à ce poste, on a vu quelque chose de différent. Il avait une vraie capacité à récupérer, à relancer et à lire le jeu. C’est d’ailleurs à cette période qu’il est repéré par Sochaux. Quelques semaines après, il effectue un essai et signe là-bas.
Ce rôle de sentinelle a-t-il été une étape décisive dans sa construction de défenseur ?
Oui, clairement. En reculant, il a pu développer toutes ses qualités. Il avait un terrain plus grand, plus d’espace et davantage de temps pour prendre des décisions. Quand il est passé au football à onze, il a encore franchi un cap. Son intelligence de jeu et son physique sont devenus de vrais atouts.
Quel souvenir gardez-vous du jeune Ibrahima Konaté en dehors du terrain ?
C’était un garçon qui aimait beaucoup plaisanter, très chambreur. Mais surtout, il prenait du plaisir. Au début, il ne venait pas avec l’idée de faire carrière ou de devenir professionnel. Il venait jouer, s’amuser, se défouler avec ses amis. C’est progressivement, avec son talent et son évolution, qu’il a compris qu’il avait les capacités pour aller plus haut.
L’homme a-t-il changé depuis cette époque ?
Non, et c’est même une de ses grandes forces. L’Ibrahima que j’ai connu jeune est toujours le même aujourd’hui. Bien sûr, il a gagné en maturité et il joue désormais au plus haut niveau, au Real Madrid. Mais il est resté simple, avec les pieds sur terre.
Sa situation en équipe de France est plus compliquée aujourd’hui avec une forte concurrence. Comment l’analysez-vous ?
Il faut aussi prendre en compte l’aspect humain. La perte de son père a été un moment extrêmement difficile pour lui. Je pense que cela l’a beaucoup affecté dans ses performances. Ce n’est pas seulement une question sportive. Quand on perd quelqu’un d’aussi important, il faut du temps pour retrouver un équilibre.
Évidemment, il y a aussi une forte concurrence avec des joueurs comme William Saliba ou d’autres défenseurs qui réalisent de très belles saisons. Mais je pense que cet événement personnel a eu un impact important.
A-t-il encore les qualités pour redevenir un titulaire en équipe de France ?
Oui. C’est un joueur qui a déjà connu les grandes compétitions, notamment une Coupe du monde comme titulaire. Il a l’expérience et les qualités pour revenir. Il faut continuer à travailler. En équipe de France, être dans un groupe aussi compétitif est déjà une performance. La concurrence est énorme, mais il a les ressources pour répondre présent.
Son parcours est-il un exemple de réussite par le travail plus que par le talent pur ?
Complètement. Ibrahima n’était pas forcément le joueur qui dominait tous les débats chez les jeunes. En région parisienne, il y avait des joueurs qui semblaient plus talentueux à l’époque. Mais lui avait une ambition, une envie de réussir et surtout une capacité à travailler. Il s’est donné les moyens de progresser. Son parcours montre que le travail peut faire énormément de différences.
Quel regard portez-vous sur son association possible avec William Saliba en défense centrale ?
Je pense que les deux peuvent être complémentaires. Ils ont des qualités différentes et peuvent former une belle paire. Aujourd’hui, il a atteint un niveau où il doit surtout continuer à saisir les opportunités. La hiérarchie est très relevée, mais il a déjà prouvé qu’il pouvait répondre présent.
Malgré son changement de statut, a-t-il gardé cette mentalité de jeune du quartier qui devait prouver sa valeur ?
Oui, absolument. Sa présentation lors de son transfert à Liverpool avait d’ailleurs été tournée dans son quartier, avec ses proches. Je pense que c’est révélateur. Il n’a jamais oublié d’où il venait. Garder ce lien avec ses origines et les personnes qui l’ont accompagné, c’est important.
































