Vendredi et samedi, la Seine accueille les meilleurs plongeurs de haut-vol pour les Championnats d’Europe de natation.
Voler pendant trois secondes
Depuis une plateforme perchée à 20 mètres au-dessus du fleuve, les athlètes s’élancent pour un vol plané aussi bref qu’intense. « Maîtrise de son corps, gestuelle millimétrée, on a l’impression de voler », décrit Madeleine Bayon, seule représentante française à 20 mètres. « On reste environ trois secondes dans les airs, pour un sport acrobatique, c’est très long », développe-t-elle. Elle évoque aussi le plaisir particulier de repousser ses limites à chaque saut.
Mais la peur, elle, ne disparaît jamais vraiment. Et c’est très bien comme ça, selon la plongeuse : « Je ne veux pas la repousser car c’est la manifestation de notre instinct de survie. Dans ce sport extrême, qui est dangereux, on ne peut pas se permettre de se déconcentrer. » Clémence Monnery, responsable des équipes de France de plongeon, confirme d’ailleurs l’exigence mentale de la discipline : « Pour sauter de 20 m, il faut du cran. Il faut, coûte que coûte, garder son sang-froid, encore plus que sur du plongeon en bassin. »
Un entraînement au compte-gouttes
Impossible de multiplier les répétitions comme au tremplin classique. « Le travail est différent sur cette hauteur car quand à 3 mètres, on peut plonger 50 fois à l’entraînement, en high dive, on en réalise deux, parfois trois, rarement plus », explique Clémence Monnery. À cette contrainte physique s’ajoutent aussi les caprices du fleuve lui-même : vagues, vent, courant. « On doit parvenir à être confortable dans l’inconfortable, à rester stable même quand les conditions varient », résume Madeleine Bayon.
Parmi les engagés, une figure domine largement la discipline : Gary Hunt. À 42 ans, le Britannique naturalisé français cumule onze titres mondiaux sur le circuit Red Bull Cliff Diving World Series. Il compte aussi deux médailles d’or aux Championnats du monde de natation, en 2015 et 2019, mais court encore après une première médaille européenne dans cette discipline. Il avait même disputé les Jeux de Paris 2024, en plongeon synchronisé à 10 mètres, et il espère aujourd’hui s’inspirer de la performance de son compatriote Jules Bouyer.
Un sport encore confidentiel, mais en pleine ascension
Reconnu depuis 2013 par la fédération internationale de natation, le haut-vol reste une discipline de niche : seules 8 plongeuses et 14 plongeurs sont engagés à Paris. « Aujourd’hui, on a encore des gens qui nous parlent de plongée », regrette Clémence Monnery, qui salue malgré tout la visibilité apportée par le circuit Red Bull, déjà passé deux fois par la capitale française.
Le choix du site n’a rien d’un hasard pour Maxime Sauvage, adjoint aux Sports du maire de Paris. « Le site est emblématique. Comme les sites des JO à la Concorde, aux Invalides ou au Grand Palais, c’est l’occasion de montrer la magnificence de Paris avec le plongeon de haut-vol au pont de Bir-Hakeim. » Un décor qui ravit aussi Clémence Monnery : « Ça fera de très belles photos, c’est sûr. Le spot avec la Tour Eiffel pas très loin, est génial. » De quoi, espère-t-elle, faire connaître un peu plus cette discipline encore trop méconnue du grand public.





















