Présidente du Comité paralympique et sportif français, Marie-Amélie Le Fur revient sur l’héritage des Jeux de Paris 2024, l’évolution de la perception du handicap et le rôle du sport dans la construction d’une société plus inclusive. Entre démocratisation du parasport, formation des clubs et changement des mentalités, elle défend une conviction : l’inclusion passe par la rencontre.
Après les Jeux paralympiques de Paris 2024, avez-vous le sentiment que le regard des Français sur le handicap a réellement évolué ?
Oui, je pense qu’il y a eu une véritable évolution dans la société. Sur la question du regard et de la perception du handicap, les Jeux de Paris 2024 ont été un accélérateur. Ils ont permis de mieux comprendre que ce n’est pas le handicap qui limite une personne, mais souvent les obstacles présents dans son environnement.
Une étude menée par l’IPC (Comité paralympique international) dans onze pays a montré que 80 % des personnes interrogées considéraient que les Jeux de Paris 2024 avaient eu un impact positif sur leur perception des personnes en situation de handicap, notamment sur la reconnaissance de leurs compétences et capacités. C’est un enjeu majeur pour nous : développer le parasport pour l’émancipation des personnes, pour leur bien-être et pour renforcer le lien social, mais aussi pour faire évoluer l’ensemble de la société sur la compréhension du handicap.
Les Jeux ont-ils marqué un véritable tournant dans le développement du parasport en France ?
Il y avait déjà une dynamique engagée avant 2024, mais la pratique sportive régulière des personnes en situation de handicap, était encore trop peu installée et portée dans les projets de vie des personnes en situation de handicap. En ce sens, Paris 2024 a été un véritable catalyseur, rappelant l’enjeu de cette pratique régulière, permettant d’agir tant sur l’évolution de l’offre que celle de la demande. Les jeux ont favorisé l’engagement et la transversalité des acteurs sur ce sujet, notamment l’État, le ministère des Sports, l’Agence nationale du Sport, les collectivités, mais aussi le mouvement sportif.
Depuis 2018, le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF), est passé de 25 à 57 membres. En seulement 3 ans, les structures se disant en capacité d’accueillir une personne en situation de handicap sont passées de 1500 à 6100. . Cela montre qu’une véritable transition est en cours, mais aussi qu’il est indispensable de poursuivre notre engagement collectif en ce sens.
Autre réussite majeure de ces jeux, la capacité à engager les Français dans les jeux Paralympiques avec plus de 1,4 million de spectateurs dans les enceintes paralympiques, 763,3 millions d’heures de couverture en direct ont été consommées dans le monde entier, créant ainsi une expérience humaine très forte. Beaucoup de personnes nous disent avoir vécu un moment qui a changé leur perception. Il reste évidemment du chemin à parcourir, mais une dynamique collective est lancée.
Malgré ces avancées, quels préjugés restent encore présents aujourd’hui ?
Il existe encore des représentations qui freinent l’inclusion. La première concerne la place que l’on accorde au sport dans la vie des personnes en situation de handicap. Il bien ancré dans la dynamique du soin ou de la rééducation, mais encore trop peu perçu comme une composante essentielle du parcours de vie alors que le sport est un espace de plaisir, d’émancipation et de lien social.
Dès le plus jeune, cette impulsion doit être incarnée par l’ensemble des acteurs concernés : éducation nationale, secteur médical et paramédical, politiques publiques … Une solution pourrait être la généralisation des consultations parasportives et l’instauration d’un certificat d’aptitude partielle sur tout le territoire
Un autre frein concerne les clubs eux-mêmes. Certains pensent encore ne pas être capables d’accueillir une personne en situation de handicap, parce qu’ils ne disposent pas toujours des repères ou des outils nécessaires pour adapter leur pratique.
C’est précisément l’objectif du programme « Club inclusif », lancé en 2022 par le CPSF. Plus de 2 600 clubs ont déjà été sensibilisés. Lorsque les éducateurs, les dirigeants et les bénévoles comprennent mieux le handicap et rencontrent des pratiquants concernés, les freins disparaissent rapidement. Les clubs se sentent capables d’agir. C’est particulièrement important pour les handicaps moins connus, comme le polyhandicap ou certains handicaps mentaux et psychiques. Dès lors qu’on explique, qu’on sensibilise et qu’on crée de la rencontre, beaucoup de barrières tombent.





























