Quelques minutes avant son dernier match de préparation de prestige face au Leinster, remporté 31-29 vendredi soir à Gerland, l’entraîneur du Lou Rugby s’est penché sur la saison de Top 14 qu’il débute ce samedi contre Clermont. Avec un objectif précis en tête : faire oublier un exercice précédent décevant terminé à la 11e place.
Quel est votre regard sur l’évolution du Lou ?
Ça fait 10 ans que le club est en Top 14. Il a connu une évolution rapide sous l’impulsion de Pierre Mignoni avec deux qualifications en demi-finales (en 2018 et 2019). Depuis 4-5 ans, le club est en phase de stagnation. Le constat est simple : notre niveau est moyen malgré des structures exceptionnelles ponctuées par la livraison de notre centre d’entraînement en 2023. Depuis mon arrivée il y a un an et demi, je me rends compte qu’un travail important est réalisé sur les jeunes. C’est une génération vraiment dorée qui arrive, représentée notamment par Antoine Deliance (nommé capitaine contre le Leinster), Lilian Baret ou Mathis Galeazzi.
Certains étaient sollicités par des grands clubs français (Galeazzi par Toulouse par exemple) mais tout notre travail de fondation autour de la Cellule Essor que nous avons créée nous a permis de les garder, car ils croient au projet. Et ils sont rejoints cette saison par Giovanny Tafili, le plus gros prospect au poste de talonneur, tous les clubs étaient sur lui, et son frère Pierre-Chanel en pilier. On a également prolongé Théo Millet, Janse Roux, Paddy Jackson, Arthur Mathiron, Irakli Aptsiauri, Esteban Gonzalez et Guillaume Marchand. Et on a recruté trois piliers, l’Argentin Thomas Gallo, le Tonjien Opeti Helu (blessé au mollet et forfait pour le début de saison) et l’Anglo-Fidjien Tim Hoyt (qui sera prêt dans 15 jours), ainsi que le demi de mêlée sud-africain Sanele Nohamba et le centre Adrien Séguret (qui avait joué au Lou en 2018). L’avenir est très positif, cela montre que le club n’a pas envie de rester dans ce ventre mou et veut franchir un palier.
En quoi cette équipe est meilleure ?
Je la vois meilleure en plusieurs points. Mes meilleures recrues vont être Baptiste (Couilloud), Micka (Guillard), Beka Saginadze ou encore Leo Berdeu qui reviennent en pleine forme. Tous mes gros joueurs des dernières saisons sont sur le pont et n’ont qu’une envie : regarder devant et arrêter de regarder derrière. Dans ce milieu, on n’a jamais trop le temps de savourer les choses mais notre chance, c’est de vivre des émotions. Je vous donne un exemple : mardi matin, mon pilier Opeti Helu se blesse, j’ai failli pleurer. Et le soir même, François Cros m’appelait pour me dire : « je viens à Lyon ». Je suis confiant dans l’avenir, je suis aussi lucide car je le répète, on a une équipe moyenne. Mais en faisant des choses ensemble, soudés autour du club, on peut réaliser de belles choses.
Le recrutement a déjà été anticipé avec l’arrivée pour la saison de la saison prochaine, vous venez de l’évoquer, du 3e ligne international François Cros. Comment avez-vous réussi ce coup ?
C’est un travail d’anticipation. Quand un joueur entre dans la dernière année de son contrat, on peut le contacter à partir du 1er juillet. Donc le 1er juillet, on l’a appelé lui et les joueurs en fin de contrat en 2027 qui nous intéressent. On a travaillé d’arrache-pied pour les convaincre du projet, des structures, de l’aspect humain. Avec François, on a trouvé les mots. Je l’ai côtoyé 4 ans en équipe de France, on a utilisé tous nos atouts pour cette signature : Il a gagné 8 titres en 8 finales, il va nous apporter énormément, ses compétences sur le terrain mais aussi pour envoyer un signal à nos joueurs, à nos futures recrues, à ceux qui veulent rester au Lou.
Vous profitez du règlement du salary-cap et des infractions du Stade Toulousain ?
Je ne suis pas le financier du Lou mais je sais que le club respecte strictement les règles. Ce qu’on veut, c’est grandir mais c’est aussi la volonté de toutes les équipes au sein d’un Top 14 de plus en plus ouvert : il n’y a qu’à voir le recrutement de Perpignan, Vannes ou Castres pour s’en convaincre. La venue de François Cros est un choix ciblé, précis, qui rentre dans un suivi : c’est LE joueur qu’on voulait pour encadrer nos jeunes, apporter cette expérience et aussi la culture de la gagne au sein du vestiaire.
Qu’est-ce qui doit fondamentalement changer dans l’équipe pour cette saison ?
La régularité ! Depuis 2 ans, on prend 3 points de moyenne les 6 premiers matches (on est dans le top 4) puis les 7 matches suivants, on prend seulement 5 points, on redescend 14e, on revient en phase retour à 3 points de moyenne par match – on gagne à La Rochelle, à Perpignan, on doit gagner au Racing – avant de se relâcher en fin de saison. Est-ce que c’est une fatigue physique, mentale ? Est-ce que c’est dû à la quantité de l’effectif ? Aux blessures ? Pourquoi certains secteurs de jeu comme la mêlée ou la défense très performants à un moment ne l’ont plus du tout été ensuite ?
À nous, le staff, de trouver comment bien reprendre après une coupure. L’an dernier, notre stage en Afrique du Sud, début janvier, nous a donné une vraie bouffée d’oxygène qui nous a permis de connaître une super phase derrière. Et sans rentrer dans le détail, on a les idées assez claires sur ce qu’on veut faire cette année.
La finale de la Challenge Cup se déroulera en mai 2027 à Décines. C’est une pression supplémentaire de se dire que vous pourriez la jouer quasiment à domicile ?
Non, il n’y a aucune pression à avoir, cela reste un sport. Nous, on est là pour se créer des souvenirs, vivre des moments forts ensemble avec tout le club, les supporters, les partenaires. Avoir la finale à Lyon, ce n’est donc pas une pression mais on se dit qu’on peut y aller, donc on va jouer cette compétition à fond.
Propos recueillis par Sylvain Lartaud






















