Ancien éducateur à Torcy, Eric Laclef a été l’un des premiers à accompagner les premiers pas de Maghnes Akliouche. Il raconte la découverte d’un joueur différent, son évolution et les raisons qui font de lui, un talent appelé à compter.
À quel âge avez-vous vu arriver Maghnes Akliouche à Torcy et dans quelles circonstances a-t-il rejoint le club ?
Maghnes est arrivé assez jeune, après m’avoir été conseillé par Philippe Lemaitre, quelqu’un dont je respecte énormément l’expertise dans le milieu sportif. Il m’avait expliqué qu’il arrivait au bout d’un cycle dans son précédent environnement et qu’il était temps pour lui de se confronter à des joueurs d’un niveau supérieur pour continuer sa progression.
Au-delà du joueur, il y avait aussi la question de l’accompagnement. Avec l’expérience, on sait que la relation avec la famille est essentielle dans le développement d’un jeune. Il faut que chacun reste à sa place. Quand j’ai rencontré ses parents, j’ai tout de suite été rassuré. Son père m’a expliqué qu’il connaissait le football de loin, mais qu’il n’avait aucune volonté d’interférer dans le travail des éducateurs. C’était exactement le cadre dont un jeune joueur a besoin pour progresser sereinement.
Qu’est-ce qui vous a immédiatement marqué chez lui à cet âge-là ?
Ce qui m’a frappé en premier, c’est son intelligence. Beaucoup de jeunes qui viennent à Torcy expliquent qu’ils veulent rejoindre un club reconnu, être vus par des recruteurs ou évoluer avec les meilleurs. Lui avait une approche différente. Il disait simplement qu’il voulait jouer avec de bons joueurs pour apprendre et progresser. Ce n’était pas un discours appris ou une posture. On sentait que c’était réellement sa motivation. Il voulait se confronter à un environnement exigeant.
Et surtout, il avait déjà une capacité rare : il pensait au collectif. À cet âge-là, beaucoup de joueurs cherchent d’abord à se mettre en avant. Lui avait compris qu’en faisant jouer les autres, il allait aussi progresser et que la réussite de l’équipe pouvait servir tout le monde. Cette notion de partage était déjà très présente chez lui.
En quoi était-il différent ou plus fort que les autres jeunes joueurs ?
Il avait une vraie aisance technique, mais ce n’était pas uniquement une question de talent individuel. Ce qui le distinguait, c’était sa compréhension du jeu. Il avait cette capacité à anticiper, à trouver des solutions avant les autres. Techniquement, il était déjà au-dessus, mais il mettait cette qualité au service du collectif. À l’époque, il pouvait jouer milieu de terrain, dans l’axe, ou côté droit pour rentrer sur son pied gauche.
Il avait ce profil de gaucher créatif qui aime provoquer, éliminer et créer du danger. On voyait déjà qu’il pouvait évoluer dans plusieurs zones. Il n’était pas seulement un joueur capable de finir les actions. Il aimait participer au jeu, venir chercher le ballon, créer des espaces. C’est une qualité qu’on retrouve chez certains grands joueurs : cette capacité à être impliqué dans toute la construction.
A-t-il été rapidement repéré par des clubs professionnels ?
Pas immédiatement. Contrairement à certains profils qui attirent très vite les recruteurs grâce à leur physique ou à des qualités très visibles, Maghnes était un joueur qui demandait du temps d’observation. Il fallait le voir sur la durée pour mesurer son potentiel.
Ce n’était pas forcément le joueur que vous regardez dix minutes et qui saute immédiatement aux yeux. Mais ceux qui prenaient le temps de l’observer comprenaient rapidement qu’il avait quelque chose de particulier.
Pour moi, il avait le profil pour intégrer Clairefontaine : une vraie qualité technique, une intelligence de jeu, mais aussi une bonne attitude et un sérieux scolaire. Il réunissait beaucoup de critères. Son évolution s’est ensuite faite progressivement. Son passage par Clairefontaine lui a permis de continuer à grandir avant d’intégrer Monaco, où les recruteurs ont confirmé ce potentiel.
Comment ses parents ont-ils accompagné son parcours ?
Avec beaucoup de justesse. Ils étaient présents, mais ils n’étaient pas dans une logique de pression ou de projection excessive. C’est quelque chose qui m’a marqué. Ils savaient que Maghnes avait des qualités, mais ils ont toujours laissé les éducateurs travailler. Il n’y avait pas cette volonté de brûler les étapes. Pour un jeune joueur, c’est essentiel. Il faut pouvoir continuer à apprendre, à prendre du plaisir, sans avoir l’impression que chaque entraînement est un examen.
A-t-il franchi un vrai cap ces dernières saisons avec l’AS Monaco ?
Pour moi, son véritable cap, il l’a franchi la saison dernière. On a beaucoup parlé de son avenir, de la question de savoir s’il devait partir ou rester, mais il avait déjà montré des choses importantes. Ses performances en Ligue des champions, notamment face à de grosses équipes, ont prouvé qu’il pouvait répondre présent au plus haut niveau. Ce sont ces rendez-vous-là qui permettent de juger un joueur.
Le choix de rester à Monaco a été pertinent. Il a continué à progresser, à gagner en responsabilités et il a réussi à s’imposer malgré les changements d’entraîneurs et les périodes plus compliquées du club. Aujourd’hui, il a gagné en maturité. Il est plus installé, plus influent, tout en gardant cette intelligence dans ses choix.
Le voyez-vous capable de s’imposer durablement en équipe de France ?
Oui, sans aucun doute. Il possède des qualités techniques et une intelligence qui peuvent lui permettre de s’inscrire dans la durée. Évidemment, l’équipe de France possède énormément de concurrence, notamment dans les profils offensifs et créatifs. Mais Maghnes a quelque chose de particulier : il comprend le jeu et il prend généralement de bonnes décisions. Le plus important sera la suite de sa carrière : continuer à faire des choix qui lui permettent de jouer, de progresser et d’être exposé au haut niveau.
Peut-il avoir un rôle important à la Coupe du monde 2026 ?
J’ai envie d’y croire, forcément, parce que je connais son parcours et ce qu’il peut apporter. Mais il faut rester mesuré. Je le vois davantage comme un joueur capable de débuter des rencontres que comme un « super remplaçant » qui entre dix minutes pour changer un match fermé. Son influence vient plus de sa maîtrise technique et tactique que d’un côté spectaculaire ou imprévisible. Dans une compétition comme une Coupe du monde, ce type de profil peut être très utile. Il faudra voir comment il évolue d’ici là, mais il a clairement les qualités pour continuer à se rapprocher du très haut niveau.






























