À Ho’okipa, spot emblématique du windsurf mondial, la Maui Pro Am 2026 a tenu toutes ses promesses. Dans des conditions exigeantes, l’élite internationale s’est affrontée au cœur d’un spectacle engagé. Parmi eux, Antoine Martin, 32 ans, a marqué cette édition. Troisième sur le podium, le Guadeloupéen signe un retour fort, un an après un accident majeur. Plus qu’un résultat, c’est une trajectoire qui s’écrit, entre résilience, créativité et quête de performance.
La scène est connue des initiés : Ho’okipa, ses vagues puissantes, son vent constant et son exigence technique. Cette édition 2026 n’a pas dérogé à la règle, réunissant les meilleurs riders du circuit dans un contexte propice aux prises de risques. Dans ce décor, Antoine Martin s’adapte progressivement en régime : « Je craignais un peu les quarts de finale parce que j’avais un quart assez difficile dans le tableau. Et une fois que c’est passé, ça m’a un peu libéré, j’ai fait que monter le niveau progressivement. » explique-t-il.
À partir de là, le Français enchaîne, gagne en intensité, et s’installe parmi les prétendants au podium. Dans une discipline où les conditions dictent souvent le scénario, il faut savoir lire l’océan. Sur une vague moins exploitable que prévu, Antoine Martin change de plan. « Elle ne me laissait le choix de faire qu’une seule manœuvre, donc je me suis dit tant qu’à faire une manœuvre, il faut que ça soit une grosse manœuvre« . Il tente alors un 360 sans les mains, une figure encore jamais réalisée en compétition. Le geste ne se concrétise pas totalement, mais l’audace est saluée. Elle confirme une signature : celle d’un rider qui cherche à faire évoluer son sport.
Une construction patiente, entre héritage et identité
Derrière cette capacité à oser, il y a un parcours construit dans la durée. Antoine Martin ne découvre pas le windsurf, il grandit avec. « Le windsurf, pour moi c’est un style de vie, c’est une histoire famille« , confie-t-il. Fils d’un artisan voilier, entouré de passionnés, il évolue dans cet univers dès l’enfance, au point d’en faire une évidence. Les premières compétitions locales en Guadeloupe forgent son caractère. Très vite, l’envie de se confronter à plus fort s’impose. Un souvenir reste fondateur : son premier voyage à Hawaï, à 12 ans. « C’était un peu le Roland Garros du windsurf, c’était assez incroyable.«
Face aux riders qu’il ne connaissait alors qu’à travers les magazines, une ambition naît. Son style, lui, se construit au fil des inspirations. « J’ai toujours aimé prendre un petit peu le meilleur de chacun et c’est comme ça que moi j’ai créé mon propre style« . Aujourd’hui, il se décrit difficilement, laissant ce rôle aux observateurs, mais reconnaît une constante : « Je suis assez connu pour être un peu foufou« . Une manière de revendiquer une approche instinctive, tournée vers l’innovation.
L’accident, la rupture, puis la reconstruction
Ce podium prend une dimension particulière au regard de l’année écoulée. En 2025, à Hawaï, une chute violente aurait pu tout arrêter. Lors d’une session dans des conditions difficiles, Antoine Martin subit un choc brutal. « J’ai tapé mon matériel tellement fort sur la tête que ça m’a mis un peu KO« . Désorienté, blessé, il parvient pourtant à regagner la plage. Le diagnostic est lourd. « Le docteur m’a dit que j’avais eu beaucoup de chance de ne pas mourir ce jour-là« . L’oreille, touchée de plein fouet, a absorbé l’impact. Sans cela, l’issue aurait pu être différente.
S’ensuit une période d’arrêt, puis une reprise progressive, freinée par les séquelles physiques et mentales. « Mentalement, ça a été une année difficile« , reconnaît-il. Dans un sport où l’engagement est total, la peur peut s’installer. Mais une conviction guide sa reconstruction : « Le jour où j’ai peur de faire ce que je fais, c’est la fin de ma carrière« . Alors, il repart, accepte de se confronter à nouveau aux conditions les plus exigeantes, notamment aux Canaries, pour se remettre immédiatement dans l’intensité.
Un podium comme point de départ
À Ho’okipa, cette trajectoire trouve un premier aboutissement. « C’est un résultat qui arrive au très bon moment« , analyse-t-il. En ouverture de saison, ce podium agit comme un déclencheur. Il valide le travail effectué, mais surtout, il ouvre des perspectives. Le Guadeloupéen ne s’en cache pas : l’objectif est désormais de s’inscrire dans la durée. « Les objectifs, là, c’est faire le plus de podiums possible pour rester dans la course au titre« . Une ambition assumée, nourrie par cette dynamique retrouvée. Au-delà du classement, cette performance lui redonne aussi une visibilité précieuse dans un sport où les moyens restent limités. « On sait que derrière, un résultat, ça amène beaucoup plus de facilité dans la saison« , souligne-t-il.
Un élément clé pour envisager la suite du circuit dans les meilleures conditions. Porté par son entourage, qu’il décrit comme essentiel, « mon père, c’est mon pilier« , Antoine Martin avance avec lucidité. « Mon père, il a toujours cru en moi et il m’a donné les moyens. J’ai saisi l’opportunité, mais je lui dois un peu ma carrière. Ma mère, elle a sacrifié aussi, parce qu’elle a cru en moi, alors que ce n’est pas évident de laisser son fils dans un sport extrême à risques. Enfin ma sœur, elle m’a toujours supporté aussi. » La prochaine étape est déjà dans son viseur. Direction le mois de juin, avec une compétition aux Fidji. « C’est une étape que je n’ai pas envie de manquer, c’est un endroit incroyable« , confie-t-il. Des conditions qui correspondent à son style, un cadre rare sur le circuit et une opportunité de confirmer.




























