À Montréal, l’équipe de France a assisté impuissante au sacre surprise de Brandon McNulty. Entre surchauffe tactique et désillusion de Paul Seixas, autopsie d’un dimanche où les Bleus ont souffert.
Le scénario était écrit, presque cousu de main de maître. Dans les rues glissantes et usantes de Montréal, le sélectionneur Thomas Voeckler avait articulé toute la stratégie tricolore autour de Paul Seixas. Installé comme l’incontestable leader de l’équipe de France après une saison vertigineuse, le jeune prodige devait incarner le renouveau du cyclisme tricolore et succéder au palmarès des maillots irisés.
Mais le sport de haut niveau pardonne rarement la certitude. Au terme d’une course d’une intensité folle, l’Américain Brandon McNulty a déjoué tous les pronostics en s’isolant à plus de 30 kilomètres de l’arrivée pour décrocher le titre mondial. Derrière, le constat est cruel : Paul Seixas pointe hors du top 10, et la France repart du Canada les mains vides.
Un leadership affirmé mais un piège tactique refermé
Dans les jours précédant la course, la décision de Thomas Voeckler semblait limpide. Il s’agissait de confier les clés du camion bleu à Paul Seixas. Fort d’une confiance mutuelle construite tout au long de la saison, le sélectionneur avait publiquement acté le statut du jeune coureur, estimant que la dynamique de groupe et l’état de forme du phénomène légitimaient ce choix.
Pourtant, le tracé québécois exigeait autant de sang-froid que de puissance brute. En choisissant d’endosser la responsabilité de la course dès les premiers tours de circuit pour durcir l’épreuve, l’équipe de France a dépensé des cartouches précieuses. Cette débauche d’énergie précoce s’est retournée contre les Tricolores au moment où la décision finale s’est jouée.
Lorsque Brandon McNulty a porté son attaque décisive à plus de trente kilomètres de la ligne, l’attentisme des favoris et du bloc français en tête a ouvert une brèche irréversible. Prise au piège d’un marquage individuel strict, la France n’a jamais réussi à organiser une chasse efficace.
« Une énorme déception »
À l’arrivée, l’amertume était palpable dans le camp français. Paul Seixas, d’ordinaire si lucide et posé, n’a pas caché sa peine, évoquant sans détours une énorme déception. Loin de ses standards habituels et émoussé par l’enchaînement des kilomètres au plus haut niveau, le jeune tricolore a payé cash la moindre baisse de régime dans le final éprouvant de Montréal.
De son côté, Thomas Voeckler a reconnu la défaillance collective face au scénario de la course, concédant que l’épreuve leur avait totalement échappé sous le coup d’une intensité folle et d’une incapacité à réagir au moment opportun. Cette franchise n’enlève rien au constat. Les Bleus sont passés à côté de leur sujet, piégés par la malice d’un McNulty opportuniste et la vigilance de nations rivales qui ont laissé la France assumer le poids de la course avant de la punir.
Quels enseignements pour l’avenir ?
L’échec montréalais ne remet pas en question le modèle Voeckler. L’audace du sélectionneur a souvent payé par le passé, et placer un talent comme Paul Seixas au centre du projet reste un pari sur l’avenir indiscutable. Malgré la cohésion évidente du groupe tricolore et l’émergence affirmée de Seixas comme patron, la gestion des temps forts adverses et l’usure prématurée des équipiers ont cruellement manqué d’un plan B.
Cette déroute canadienne doit servir de leçon d’apprentissage. Porter le maillot de leader de l’équipe de France sur un championnat du Monde implique une pression médiatique et tactique unique. Paul Seixas en a fait l’amère expérience. Mais au vu de son potentiel, ce revers à Montréal pourrait bien être la déconvenue fondatrice des Mondiaux de demain… dès 2027 en Haute-Savoie.

















