Ancien éducateur à Torcy, Éric Laclef a accompagné Lionel Mpasi chez les U13. Il revient sur les premiers pas du gardien international congolais, sa personnalité et un parcours construit avec beaucoup de persévérance.
Comment avez-vous découvert Lionel Mpasi à Torcy ?
En réalité, je ne l’ai pas vraiment découvert, c’est plutôt lui qui est venu à nous. À l’époque, quand je suis arrivé à Torcy, les meilleurs joueurs du département venaient naturellement nous solliciter. Lionel venait de Magny le Hongre, juste à côté de Torcy. Il s’est présenté avec sa maman et le contact s’est tout de suite très bien passé. Il a rapidement intégré le groupe.
Qu’est-ce qui vous a marqué lors de vos premiers entraînements avec lui ?
D’abord son physique. Il était assez trapu, très costaud pour son âge. Je me suis rapidement demandé comment il allait gérer cette corpulence dans un poste qui demande beaucoup d’agilité. Et finalement, il m’a surpris. Il était capable d’aller très vite au sol malgré son gabarit, et surtout de se relever rapidement. C’était une vraie qualité pour un gardien.
Au départ, on peut parfois penser qu’un garçon plus petit sera plus à l’aise dans les airs, mais Lionel compensait par ses qualités de déplacement et sa réactivité.
À 13 ans, aviez-vous déjà identifié un potentiel pour le haut niveau ?
Il était bon, calme et serein. Mais honnêtement, le potentiel haut niveau ne sautait pas forcément aux yeux immédiatement. À cet âge-là, c’est encore tôt. Il n’avait pas une morphologie qui annonçait forcément le joueur qu’il allait devenir. Ce qui était visible, en revanche, c’était son état d’esprit et sa tranquillité.
Quel rôle un éducateur peut-il jouer dans la construction d’un jeune gardien ?
Le poste de gardien est très spécifique. Notre rôle, c’est surtout de l’accompagner. Avec Lionel, j’ai beaucoup travaillé sur son jeu au pied et sa capacité à participer au jeu collectif. C’était assez naturel avec lui parce qu’il aimait jouer. Il n’avait pas peur de prendre des risques, de participer aux exercices avec les joueurs de champ.
Ce n’était pas un gardien uniquement là pour repousser les ballons. Tant qu’il pouvait capter un ballon, il cherchait à le faire. Il avait déjà cette volonté de maîtriser son geste.
Avez-vous un souvenir d’un match où Lionel vous a particulièrement marqué ?
Je me souviens d’un tournoi à Montreuil où nous avions affronté le PSG en finale. Leur génération 1995 était très forte, avec notamment un très bon attaquant, Hervin Ongenda. Lionel s’était mis en tête de réussir quelque chose : ne pas encaisser de but contre eux. Le match se termine à 2-2 et on perd aux tirs au but. Mais pendant la rencontre, il a multiplié les arrêts. L’attaquant parisien, qui était pourtant une référence, n’a pas réussi à marquer contre lui. C’était un moment où il a montré son caractère.
Depuis, il est devenu le gardien de la sélection de la RDC. Apporte-t-il une forme de sécurité dans les buts ?
Oui, clairement. Dans une équipe comme la RDC, avoir un gardien capable de répondre présent dans les moments importants est un vrai atout. On sait que beaucoup de sélections africaines ont souvent produit du jeu offensif et créé des occasions. Si derrière, elles ont une vraie solidité défensive, cela peut faire la différence. Et je pense que Lionel peut apporter cette confiance. Il a aussi ce côté compétiteur : dans un duel, il aime prouver qu’il peut répondre présent.
Vous avez connu plusieurs gardiens de haut niveau. Qu’est-ce qui différencie Lionel des autres ?
Ce qui ressort vraiment chez lui, c’est son calme et sa sérénité. J’ai connu d’autres très bons gardiens, mais Lionel a cette capacité à rester tranquille dans les moments importants. Il ne s’affole jamais. Ce qui est aussi remarquable, c’est son parcours. Il n’a pas toujours été numéro un dans ses clubs. Il a dû patienter, rebondir, passer par des moments plus difficiles, notamment à Toulouse ou au Havre. Il a toujours continué à travailler et à avancer.
Cette sérénité peut-elle faire la différence face aux meilleurs attaquants ?
Oui, je pense. Je me trompe peut-être, mais je suis persuadé qu’il aime ces grands défis. Affronter un joueur comme Harry Kane, par exemple, ce sont des moments particuliers. Kane a marqué contre les plus grandes équipes et les meilleurs gardiens du monde. Mais je pense que Lionel peut avoir cette envie de se dire : « Lui ne marquera pas contre moi. » Il y a une forme de fierté dans ces duels-là. Et psychologiquement, ça peut lui apporter quelque chose, parce qu’il aime les grands rendez-vous et qu’il reste toujours très calme.
Son parcours montre-t-il davantage un talent précoce ou une grande capacité à persévérer ?
Je dirais qu’il y a un mélange des deux, mais surtout beaucoup de travail. À part son passage au Paris Saint Germain chez les jeunes, il n’a jamais été dans des environnements où tout était facile. Il a souvent évolué dans des équipes où il fallait se battre, obtenir des résultats, être décisif. C’est exigeant, mais ça forge un joueur. Ça oblige à travailler tous les jours et à rester concentré.
Aujourd’hui, je pense qu’il mesure la chance qu’il a de représenter son pays. Une Coupe du monde ou une grande compétition, il y a quelques années, ce n’était peut-être pas quelque chose qu’il imaginait. Maintenant qu’il y est, il en profite pleinement.






























