Enseignante, formatrice, dirigeante et actrice engagée du para tennis, Laure Joineau a fait du tennis bien plus qu’un sport : un outil d’émancipation. Depuis le Doubs jusqu’aux instances nationales, elle trace un chemin singulier, guidé par une conviction forte : ouvrir les terrains à tous, sans exception.
Chez Laure Joineau, tout commence très tôt. Raquette en main dès l’enfance, elle grandit dans un environnement où le sport occupe une place centrale. « Le tennis, j’ai commencé à 5 ans avec mon frère« , explique-t-elle. Une pratique qui ne la quittera jamais, même lorsqu’elle choisit de devenir professeure des écoles. Très vite, les deux trajectoires s’entremêlent. D’un côté, la salle de classe. De l’autre, le court.
« Depuis mes 17 ans, j’enseigne le tennis. L’enseignement, c’est ce qui m’anime« , confie-t-elle. Diplômes après diplômes, elle affine son approche, jusqu’à intervenir aujourd’hui à tous les niveaux. Mais c’est en 2021 que son engagement prend une autre dimension. Une formation en tennis santé agit comme un déclencheur. « Ça a été une révélation. Je me suis dit que mon combat, ce serait de permettre à chacun de jouer, même ceux qui ne sont pas censés pouvoir entrer sur un terrain. » À partir de là, son projet s’élargit : proposer une pratique adaptée aux personnes atteintes de pathologies, en perte d’autonomie ou en situation de handicap.
Le déclic du para tennis, entre engagement et innovation
L’histoire bascule véritablement avec une rencontre. Celle d’Iyess, un jeune garçon non-voyant qui souhaite faire du tennis. Sans expérience préalable, Laure Joineau accepte immédiatement. « J’ai dit oui tout de suite, sans réfléchir. » Commence alors une phase d’adaptation, d’expérimentation. Balles sonores commandées à l’étranger, exercices repensés, méthodes inventées sur le terrain. Le résultat dépasse rapidement le cadre sportif.
« Son heure de tennis, c’est devenu comme respirer pour lui. » Une phrase qui résume l’impact de cette pratique. Au-delà du jeu, c’est un espace de liberté, de confiance et de lien social qui se crée. Laure Joineau structure une offre inclusive, tout en continuant d’apprendre au contact du terrain. « J’ai appris en pratiquant. Aujourd’hui, je suis même devenue formatrice. » Parmi ses projets marquants, un groupe de tennis santé du club est notamment distingué dans le cadre du Trophée des actions solidaires de la Fédération.
Cette reconnaissance leur ouvre les portes de Roland-Garros pour une journée à part. « Elles ont vécu une journée juste magique. On a été interviewées là-bas, c’était inoubliable« , raconte Laure Joineau. À l’été dernier, elle organise un séjour de deux jours à Hauteville, mêlant tennis et activités sportives dans une logique de bien-être global. Progressivement, les initiatives se multiplient : collaborations avec des associations, ouverture à différents publics, développement du tennis fauteuil ou du tennis adapté.
Faire évoluer les mentalités et structurer l’avenir
Son engagement ne s’arrête pas là. Elle s’attaque aussi à une discipline encore peu visible : le céci-tennis. Une discipline encore marginale, qu’elle contribue à faire émerger. « On ne s’en est pas occupé avant. Moi, j’ai décidé que j’allais m’en occuper. » Laure Joineau décide donc d’organiser un tournoi international de céci-tennis, le premier en France. Un événement inédit, pensé avec les mêmes exigences que les grandes compétitions. « Pourquoi les joueurs déficients visuels n’auraient-ils pas droit à un tournoi à la hauteur ?« , interroge-t-elle.
Le succès est immédiat. 26 participants venus de 16 nations, retransmission en ligne, cérémonies officielles : tout est réuni pour crédibiliser la discipline. « On n’a eu que des retours positifs. Certains nous demandent déjà les prochaines dates. » Au-delà des événements, Laure Joineau agit aussi dans les instances. Présente à l’échelle régionale et nationale, elle contribue à faire avancer la reconnaissance du para tennis. L’enjeu est clair : structurer, donner de la visibilité, et à terme, intégrer pleinement ces pratiques dans le paysage sportif. Son quotidien, lui, reste intense.
« Je suis impliquée à 2000 % dans tout, jour et nuit. » Un engagement total, assumé, presque vital. « Le tennis, c’est comme un poumon. Je respire tennis. » Mais derrière cette cadence, une ligne directrice se dessine. Celle d’un sport accessible, vecteur de lien et de bien-être. « Le sport, c »est le meilleur des médicaments. Et je fais de mon quotidien un combat pour que ce qui est trop longtemps resté invisible devienne visible. Je fais référence au céci-tennis, au tennis adapté ou au para tennis.«






























