Alors que le rugby français poursuit sa transformation, la formation s’impose comme un levier stratégique pour accompagner tant le développement du jeu que la professionnalisation des structures. De la proximité instaurée par les Conseillers Techniques de Clubs (CTC) aux enjeux spécifiques du rugby féminin, Marion Kellin détaille la feuille de route de la FFR pour 2026.
Quels sont les axes forts de la Fédération Française de Rugby en matière de formation ?
La formation constitue un pilier essentiel du projet fédéral. Elle vise avant tout à accompagner la montée en compétences de l’ensemble des acteurs du rugby : éducateurs, dirigeants, arbitres, qu’ils soient bénévoles ou professionnels/salariés.
Cette politique est pilotée par Jean Pascal Fabris, Directeur, et Aurélie Barazer, Directrice déléguée de l’Institut National de l’Emploi et de la Formation (INEF), qui coordonne l’ensemble de la formation fédérale en lien avec les Instituts Régionaux de l’Emploi et de la Formation (IREF des ligues régionales). Cette organisation permet de garantir à la fois une cohérence nationale et un déploiement au plus près des territoires.
Notre ambition est de proposer un cadre qui permette à chacun d’exercer son rôle avec les compétences nécessaires, dans un environnement en constante évolution. Nos formations reposent sur quatre grands axes : l’encadrement sportif, la vie associative et la formation des dirigeants, la formation des officiels de match et les formations liées à la santé et au médical.
Nous observons d’ailleurs une dynamique positive sur ces sujets de formation, avec une progression de 25 % du nombre d’éducateurs licenciés et de 14 % des dirigeants sur les cinq dernières années, ce qui témoigne de l’importance accordée à la formation dans notre écosystème.
Au-delà des compétences techniques, la formation accompagne également la structuration des clubs et le développement de la fonction employeur, qui constitue un levier majeur pour développer durablement la pratique et sécuriser l’encadrement des joueurs. C’est le E de INEF/IREF qui signifie ‘Emploi’.
« Relancer le rugby par la base », c’est l’accompagner dans son développement, et le développement des équipes, c’est le début du processus.
La formation est donc l’un des axes forts du projet fédéral. Quel est l’impact réel des réformes récentes sur le terrain ?
L’impact est vraiment significatif depuis la réforme des Conseillers Techniques de Clubs (CTC) en 2018. Ces conseillers, présents partout en France, ont pour mission centrale la formation de l’encadrement sportif et la structuration des clubs. Ce n’est pas une formation centralisée au Centre National du Rugby, mais un déploiement au plus près des territoires sous l’égide de la Fédération. Cela concerne les éducateurs, les dirigeants, les arbitres et, de plus en plus, la formation professionnelle. Nous professionnalisons désormais massivement nos encadrements avec des diplômes de branche ou d’État, comme le font les autres sports collectifs depuis plusieurs dizaines d’années.
En 2026, sur quels sujets et thématiques la FFR souhaite-t-elle développer ses formations ?
La Fédération souhaite continuer à faire évoluer son offre de formation pour répondre aux enjeux actuels de la société et du développement du rugby. Nous sommes en pleine réforme des filières des diplômes d’état et nous pensons aussi rafraîchir notre filière de formation fédérale.
Plusieurs thématiques sont particulièrement prioritaires : la féminisation du rugby, pour accompagner l’essor de la pratique et favoriser l’accès des femmes aux responsabilités. Mais aussi le plaisir de jouer, qui reste au cœur de l’expérience sportive des pratiquants.
Sans oublier le vivre-ensemble, valeur fondamentale et ADN du rugby avec le déploiement du plan de lutte contre les violences et les incivilités, et bien sûr la sécurité des pratiquants, qui demeure une priorité permanente dans l’ensemble de nos formations (journées sécurités, académie des 1ières lignes)
Par ailleurs, la Fédération investit également dans la digitalisation de la formation afin de faciliter l’accès pour les bénévoles et les acteurs du terrain. L’INEF développe notamment des outils numériques, des parcours en ligne et des formats courts de type MOOC pour permettre aux licenciés de se former plus facilement, où qu’ils soient sur le territoire.
Nous avons également lancé des travaux sur les « jeunes coachs assistants éducateurs » en faisant le pari qu’en rendant accessible la formation des éducateurs dès l’entrée au collège (12 ans), cela doit permettre de développer l’attractivité et la fidélisation des jeunes pratiquants.
Enfin, nous travaillons sur un observatoire des métiers, de l’emploi et des formations, sur une meilleure récolte du solde libératoire de la taxe d’apprentissage et sur l’opportunité de créer notre propre CFA fédéral.
Le rugby féminin est en plein essor. Proposez-vous des cursus spécifiques pour l’encadrement des joueuses ?
La technique et les règlements sont globalement les mêmes que pour les hommes. Cependant, nous avons déployé une « mallette pédagogique du rugby féminin ». Ce support permet aux entraîneurs d’appréhender des spécificités comme l’impact des menstruations ou des hormones sur la performance et les risques de blessures. Par ailleurs, nous luttons contre le ‘sentiment d’imposture’ que peuvent ressentir certaines femmes (vis-à-vis des quotas, lois successives pour la parité), via des programmes comme les « dirigeantes de demain » en déclinaison du « Club des 300 » du CNOSF, qui vise à donner confiance aux dirigeantes pour qu’elles osent prendre des postes à responsabilités dans les instances de gouvernance.
Au-delà des joueuses, quelle stratégie est mise en place pour former davantage de coaches, d’arbitres et de dirigeantes de haut niveau ?
La Fédération mène plusieurs travaux pour accompagner le développement du rugby féminin, qui ne concerne pas uniquement les joueuses. Cela implique également de renforcer la présence des femmes dans toutes les fonctions à responsabilité du rugby.
Des initiatives ont notamment été engagées, sous l’impulsion des travaux menés par Matthieu CODRON pour structurer davantage les outils pédagogiques et les ressources disponibles.
Cela passe, par exemple, par la mallette pédagogique du rugby féminin, qui permet d’accompagner les acteurs de terrain, mais aussi par un centre de ressources, piloté par l’INEF, destiné à diffuser les bonnes pratiques et à faciliter l’accès à l’information et à la formation. L’application MonClubHouse (MCH) va se développer avec un accès dédié aux éducateurs : MonCoachAssistant (MCA) puis avec l’accès à destination des dirigeants : MonCentredeRessources (MCR).
Une enquête a également été menée auprès des entraineures/éducatrices diplômées pour mieux comprendre leur profil, leur parcours et leurs besoins.
Pour les femmes souhaitant s’engager comme entraineurs, arbitres ou dirigeantes, l’objectif est de lever progressivement les freins culturels ou organisationnels qui peuvent encore limiter leur engagement dans des fonctions d’encadrement ou de gouvernance.
Comment la formation des entraîneurs bénévoles a-t-elle évolué pour garantir une pratique « zéro risque » chez les enfants ?
La sécurité, qu’elle soit physique ou morale, est aujourd’hui une priorité partagée par l’ensemble de la communauté du rugby. Elle ne relève pas uniquement de la responsabilité des éducateurs, mais bien de tous les acteurs du jeu (les officiels de matchs, les partenaires et adversaires, les familles et supporters…). Nos formations sont la garantie d’une qualité de service dans les clubs dans leur gestion et dans la pratique du rugby.
Il n’y a pas eu de révolution dans nos dispositifs de formation, mais plutôt une adaptation progressive aux attentes de la société et aux connaissances scientifiques. Cela se traduit notamment par une formalisation plus aboutie de certains contenus. On peut citer par exemple les travaux de « l’académie des premières lignes » consacrés à l’entraînement aux postures de poussée et à la mêlée, qui permet d’accompagner très concrètement les éducateurs sur ces aspects techniques et sécuritaires.
Enfin, un effort particulier est porté sur la formation des formateurs, en lien avec les ligues régionales, au travers notamment du certificat fédéral/habilitation de formateur, afin d’harmoniser les pratiques sur l’ensemble du territoire. Dans cette dynamique, un Conseiller Technique National sera prochainement nommé à l’INEF pour animer ce réseau national et conduire les évolutions nécessaires de notre dispositif.
Existe-t-il des disparités géographiques dans l’accès à ces formations ?
Nous sommes les héritiers de l’histoire du développement du rugby, inégal selon les territoires. Les régions de pratique massive du rugby ont construit depuis longtemps des dispositifs de formation accessibles au plus grand nombre. Ces modèles peuvent servir de repères aux territoires où le rugby n’occupe pas encore la même place, d’autant que nos ligues échangent volontiers entre elles, et permettent de construire une offre de formation adaptée à chaque réalité locale.
Ainsi, les Hauts-de-France et le Grand Est n’avaient pas de diplôme professionnel spécifique « rugby », mais c’est en train de changer : les Hauts-de-France lancent leur première promotion de BPJEPS Rugby pour la saison prochaine et le Grand-Est travaille avec ses régions limitrophes pour enrichir son offre de formation. Mon rôle, en tant que vice-présidente, est de mettre en synergie le travail des ligues et aider chaque territoire à structurer son IREF et à disposer d’un organisme de formation performant.
Vous croyez beaucoup en la « bi-qualification » des profils dans les clubs. De quoi s’agit-il ?
C’est un enjeu majeur pour la structuration de nos clubs, notamment de Fédérale ou de Régionale. Nous cherchons des profils capables d’être éducateurs sportifs le soir ou le week-end, mais aussi d’assurer des missions administratives, financières ou d’événementiel la journée. Le Titre à Finalité Professionnelle de « Chargé de développement d’une structure sportive associative » (CDSSA) est parfait pour cela. Il permet de gérer les réseaux sociaux, les partenariats ou l’analyse d’un plan comptable. C’est ce qui permet à un club de ne pas reposer uniquement sur ses bénévoles pour des tâches de plus en plus complexes.
Concernant l’après-carrière, quelle est la responsabilité de la FFR dans la formation académique des jeunes joueurs pour éviter les échecs de reconversion ?
La question de l’après-carrière est un enjeu majeur pour la Fédération. Nous travaillons notamment en étroite collaboration avec la Ligue Nationale de Rugby (LNR) pour les joueurs évoluant dans les structures professionnelles.
Par ailleurs, un accompagnement/suivi socio-professionnel est proposé par la FFR afin d’aider les joueurs et joueuses à construire leur projet de formation et leur avenir/projet professionnel parallèlement à leur carrière sportive. Ce travail est notamment porté par Marc Frances, qui intervient sur ces questions d’accompagnement et d’orientation.
L’objectif est clair : permettre aux joueurs de préparer leur avenir dès leur parcours sportif, afin que la fin de carrière ne soit pas vécue comme une rupture, mais comme une transition anticipée et accompagnée.Bas du formulaire
La récente certification déposée par l’OC sports auprès de France Compétences « Mobiliser des activités complémentaires pour gérer sa carrière et son après-carrière de sportifs, parasportifs de haut niveau ou professionnels » devrait nous permettre de dispenser des enseignements nécessaires et complémentaires à la réussite d’une carrière de sportif et à l’anticipation de sa reconversion, et cela à l’ensemble des joueurs et joueuses qui passent par les centres de formations et académies/pôles espoirs.
La formation couvre de nombreux sujets et thématiques. Cela résulte-t-il dans des échanges fréquents avec l’ensemble des vice-présidents et parties prenantes de la fédération ?
Nous fonctionnons de manière très collaborative sous l’impulsion de Florian Grill. Nous nous réunissons chaque mercredi matin en « bureau stratégique » en distanciel, car nous sommes presque tous bénévoles avec un métier à côté. Pour ma part, je suis basée à Clermont-Ferrand. Cette organisation nous permet de rester connectés aux réalités du terrain tout en faisant avancer des dossiers transversaux comme la fédération à mission, la santé des pratiquants ou la vie associative…

























