Dans le rugby français actuel, le Comité médical de la FFR se place en première ligne. Entre innovation scientifique et prévention de terrain, le Dr Olivier Capel, son président, explique comment le rugby français s’adapte pour devenir l’un des sports les mieux encadrés au monde.
Qu’est-ce que le Comité médical FFR et quelles sont ses missions ?
Le Comité médical FFR est le garant de la santé et de la sécurité des pratiquantes et des pratiquants. J’en assure la présidence après avoir été élu sur la liste de Florian Grill. J’ai succédé à Roger Salamon qui avait quitté son poste en juillet 2024. Le principe est de coordonner toutes les actions et la feuille de route sur la santé et la sécurité. Nous sommes huit membres titulaires et nous nous réunissons tous les mois.
Il y a :
- Haut niveau et Équipes de France : Le Dr Jean-Philippe Hager (médecin du LOU Rugby). Il supervise la sélection des kinés et médecins de nos 14 sélections selon un principe de méritocratie et de qualification (diplôme de pathologie du rugby).
- Rugby professionnel : Le Dr Bernard Dusfour représente la LNR, il assure le lien avec le rugby pro et je suis régulièrement invité à leurs réunions médicales.
- Rugby féminin : Le Dr Carole Maître, gynécologue et médecin à l’INSEP, dont le poste a été créé sous cette mandature.
- Enseignement et recherche : Le Pr émérite Jean-Marc Vital, membre de l’Académie de Médecine, qui coordonne le diplôme de pathologie du rugby à Marcoussis et les actions de recherche.
- Rugby-santé : Le Dr Frédéric Chagué, cardiologue, qui traite les nombreux sujets liés au sport-santé.
- Prévention des pathologies : Le Dr Emmanuel Reboursière, qui mène les études épidémiologiques et travaille avec la DTN pour améliorer la sécurité, notamment en mêlée.
- Dopage et addictions : Le Dr Jean-Christophe Seznec, qui est psychiatre.
- Rugby amateur : Le Dr Patrice Ngassa.
Nous avons aussi un nouveau directeur médical, le Dr Nicolas Jubin, qui est salarié à plein temps à la Fédération. Enfin, nous sollicitons des experts non-titulaires selon les besoins, comme le neurochirurgien David Brauge pour les commotions cérébrales.
Comment fonctionne le Comité et quelles décisions ont été prises récemment ?
Lors de nos réunions mensuelles, nous traitons des demandes d’arrêt de licence pour raison médicale et suivons notre feuille de route. Le grand sujet actuel est l’imposition du protège-dents dès la saison prochaine. Il y aura une phase d’incitation la première année, puis il deviendra obligatoire pour entrer sur le terrain.
Nous gérons aussi la nomination des médecins de match indépendants, en Top 14 et Pro D2 via la direction médicale, car ce sont de véritables officiels de match au même titre que les arbitres. Pour l’année prochaine, nous avons également voté l’obligation d’une formation « Level 2 » World Rugby pour tous les médecins de Nationale et d’Élite 1 féminine.
Quel rôle joue le Comité médical FFR dans les discussions avec World Rugby ?
Nous travaillons étroitement avec la DTN sur l’évolution des règles. Sur la hauteur de plaquage, nous avons obtenu une victoire : au Championnat du monde U20, le plaquage sera imposé au niveau du sternum. Nos données sur le rugby amateur montraient que plaquer aux hanches plutôt qu’aux épaules réduisait de plus de 50 % les lésions tête et cou. Nous continuons de plaider pour abaisser cette ligne de plaquage.
Quelles actions menez-vous pour la santé mentale ?
C’est un sujet crucial. Nous disposons d’une cellule d’écoute accessible tous les jours pour les licenciés confrontés à des événements dramatiques ou traumatisants. Nous travaillons aussi à instaurer des dépistages psychologiques systématiques dans nos filières jeunes, les académies et les centres de formation. Nous soutenons des initiatives comme la pièce de théâtre Adrénaline qui sensibilise aux dérives possibles.
Concernant le développement du Rugby Santé, le Comité médical FFR joue-t-il un rôle capital ?
Bien sûr. Pascale Terrier Demoustier , vice-présidente de la FFR, a pour mission de développer les sections Rugby Santé dans les clubs. Frédéric Chagué, qui est cardiologue et médecin de la Ligue Bourgogne-Franche-Comté, évolue au sein d’un club rugby Santé à Dijon et nous permet de faire le lien entre la santé et ce Rugby Santé. Parce que dans Rugby Santé, il y a le développement de cette pratique, mais aussi l’argumentaire médical. Nous avons donc une ligne de réflexion là-dessus.
Comment travaillez-vous avec le corps médical français pour que le rugby devienne une option de « sport sur ordonnance » de plus en plus reconnue ?
Très récemment, nous avons signé une convention avec la Fédération Française de Cardiologie. Les cardiologues avaient pour idée que le Sport Santé ne pouvait pas concerner le rugby car c’était un sport trop traumatique. Nous leur avons montré qu’en rugby à 5 sans toucher, cela pouvait valoir le football en foot santé ou d’autres sports.
Nous avons gagné leur confiance grâce à Frédéric Chagué qui est lui-même cardiologue. Cela nous permettra d’avoir un affichage au sein de ces grandes fédérations. La Fédération Française de Cardiologie prône la prévention des maladies cardiovasculaires, de l’obésité, de l’hypertension et du cholestérol. Ils luttent contre la sédentarité, et nous les avons convaincus que le Rugby Santé était partie intégrante du Sport Santé. En ayant cette convention, on va pouvoir afficher notre politique et peut-être gagner quelques licenciés dans nos sections.
Le rugby est-il un sport qui devient plus sûr chaque année ?
Absolument, nous sommes en avance sur le dépistage des blessures. Quand on est accablé pour être un sport qui génère des commotions, je pense qu’on se trompe : on est celui qui les dépiste le plus et qui les prend en charge le mieux à travers des dispositifs comme le carton bleu. À titre comparatif, l’équitation, le vélo ou le ski font plus de commotions, mais personne n’en parle et les pratiquants restent « dans la nature ». Ils ne sont pas arrêtés et peuvent remonter à cheval ou à ski le lendemain. Chose que nous ne permettons pas. D’année en année, avec le protège-dents obligatoire ou le carton bleu (depuis 2018), on avance vers plus de sécurité.
L’évolution des règles, le passeport première ligne avec la DTN, les mêlées non poussées dans certaines catégories… tout est fait pour la sécurité. Il faut différencier le rugby amateur du rugby professionnel. La sécurité est omniprésente et les éducateurs sont formés. Il faut bien sûr continuer d’acculturer tout le monde à la commotion, mais c’est le rôle quotidien des éducateurs, arbitres et médecins.
Là où il faut encore s’améliorer, c’est sur l’information pour ne louper aucun carton bleu. Aujourd’hui, les arbitres sont aguerris pour les distribuer en match. Mais à l’entraînement, un éducateur peut aussi déclarer un carton bleu via la licence dématérialisée si un jeune subit un choc. Ce n’est pas une punition, c’est une protection pour que le licencié reçoive le repos nécessaire (plus de 21 jours actuellement) avant de reprendre la compétition.


























