« Je ne veux pas que le volley meure »

Si la LNV demeure confiante, plusieurs clubs affichent leur inquiétude quant à l’avenir du volley en France. Infrastructures, baisse d’affluence, difficulté de trouver des partenaires : selon eux, la crise est réelle.

« La LNV, c’est l’amicale de pétanque de Choisy-le-Roi, c’est plus important de boire un coup que de penser au futur du volley. » Président du Tours Volley Ball, Yves Bouget ne mâche pas ses mots. Mais ce ton offensif résume bien l’état d’esprit de plusieurs clubs de Ligue AM, bien décidés à tirer le volley vers le haut… ce que, selon eux, la LNV ne cherche pas du tout à faire. « Je suis convaincu que nous avons une instance qui est largement en dessous du professionnalisme et des exigences requises », lance Bruno Soirfeck, président du Chaumont Volley-Ball 52. « Je mets quiconque au défi de trouver une stratégie ou un business plan porté par la LNV. Elle est aujourd’hui en incapacité et je trouve cela plus que dommageable. Sans parler du fait que le président de la Ligue est à la fois juge et parti, puisqu’il est également dirigeant d’un club. Dans tous les autres sports, c’est formellement interdit. » Président du club de Poitiers, mais aussi représentant des clubs au sein de la LNV, Claude Berrard tente de tempérer les ardeurs de ces clubs jugés « dissidents » par Alain Griguer. « Plusieurs clubs veulent développer le volley vers le haut, mais les petits clubs ne peuvent pas suivre. Il faut comprendre que la LNV doit s’occuper de tous les clubs et développe donc une politique destinée à tous. »

« Si vous n’êtes pas diffusé, vous êtes moins visible »

Pourtant, s’il y a bien un sujet que l’ensemble des clubs a mal vécu en début de saison, c’est celui de la diffusion TV. La Chaîne L’Équipe a en effet décidé d’arrêter la diffusion de la Ligue AM après la fin de la saison 2017-2018. « Une contrainte de budget constant », justifie la chaîne de la TNT, qui ne versait pas moins de 250 000 euros par an à la LNV afin d’obtenir les droits de diffusion de la compétition. C’est d’ailleurs la Chaîne L’Équipe qui prenait également à sa charge les coûts de production. « Si vous n’êtes pas diffusé, vous êtes moins visible. Cela rend alors très compliquée la recherche de partenaires et donc la rentrée d’argent », déplore Bruno Soirfeck. « On négocie avec des partenaires et pour certains, une diffusion change énormément de choses. On leur a vendu ce qu’on n’a pas. La diffusion, c’est aussi un cercle vertueux. C’est le fait de voir des matchs à la télévision qui remplit les salles », constate le président du TVB, club qui a perdu 15 % de son affluence depuis le début de saison.

Une nouvelle salle à Chaumont en 2020

Face à un tel constat, les clubs tentent de s’en sortir comme ils le peuvent. En Ligue AM, le budget des clubs vient en majorité de l’argent public. « On a mis en place un contrat avec les collectivités qui comporte plusieurs données importantes, dont une baisse de la masse salariale des joueurs. Il y a de l’argent public, mais on ne peut pas faire n’importe quoi avec. On sait que ces subventions ne vont faire que baisser au fil des années », constate Claude Berrard. Son club de Poitiers est d’ailleurs parvenu à tirer son épingle du jeu cette saison. « De notre côté, on termine la saison avec des comptes dans le positif. C’est surtout dû au fait que nous avons participé à la Coupe d’Europe, ce qui n’était pas prévu dans le budget initial. On fait entre 1 800 et 2 000 spectateurs de moyenne, ce qui est vraiment un bon chiffre. » Du côté de Chaumont, l’objectif est clair : atteindre les 2 millions d’euros de budget d’ici 2020. Cela passe par la construction d’une nouvelle salle, également prévue pour 2020. « C’est un vrai outil de développement pour le club, nous allons passer d’une salle de 800 places à plus de 2 000, avec des loges destinées aux partenaires. Cela signifie aussi plus de confort et de meilleures conditions d’accueil pour les spectateurs. »

« Que les clubs deviennent vertueux »

Bruno Soirfeck va plus loin et estime « qu’aujourd’hui, il faut être clair, il n’y a pas de statut professionnel pour le volley en France. Même pour moi, qui tends à avoir l’un des clubs les plus structurés, c’est très compliqué, car nous ne sommes pas accompagnés. La professionnalisation du volley doit être au cœur des débats, mais aujourd’hui, elle ne l’est pas. » La « fronde » face à la LNV est donc encore bel et bien vivace. « Aujourd’hui, je demeure pessimiste pour le volley français. Pour exister il faut plusieurs clubs or, beaucoup d’entre eux sont en danger. La DNACG tend à se durcir, de plus en plus de clubs ont des problèmes dans leur gestion… il faut donc qu’ils deviennent vertueux », assure le président du Chaumont Volley-Ball 52, bien décidé à continuer à se battre. « Je suis même allé jusqu’au ministère des Sports afin de lui demander de nous aider. À l’aube des Jeux olympiques à Paris en 2024, je ne veux pas que le volley meure, disparaisse ou ne devienne que fédéral. Il faut donc tirer la sonnette d’alarme, se rassembler et arriver à ce que ce championnat soit professionnel et médiatisé. C’est vital. »

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Par Olivier Navarranne
Crédit photo : Icon Sport
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