Ce dimanche 19 avril, le nageur de l’extrême Stève Stievenart, 48 ans, est devenu le premier homme à réaliser la Triple Couronne du bout du monde, en reliant l’Uruguay à l’Argentine après 43 km de nage en 17h59. Il revient, en détail, sur cet exploit et sur les conditions extrêmes rencontrées.
Depuis quand ce projet est-il en préparation et comment on construit un défi de cette ampleur ?
Ayant traversé le détroit de Beagle il y a deux ans, en discutant avec l’organisateur, il a dit que ce serait bien que je fasse Magellan et Rio del Plata. Ce n’est pas simple parce qu’il y a des places un peu limitées et beaucoup de gens qui veulent le faire. On a mis deux ans pour se mettre en place, pour pouvoir réaliser cette traversée. Puis une fois sur place, il a fallu attendre de bonnes conditions climatiques, surtout dans le détroit de Magellan. Pour rappel, le détroit de Magellan, c’est l’océan Atlantique et l’océan Pacifique, qui se rencontre dans un endroit assez étroit, qui fait 5 km et pour moi, c’était une première expérience de nager dans ces eaux qui sont sous pression. Puis, les conditions météo sont très changeantes d’une heure à l’autre. Donc, j’ai passé 15 jours sur place dans une cabane à attendre les bonnes conditions climatiques.
Et pour la traversée du Rio de la Plata, quelles ont été les principales difficultés ?
La couleur de l’eau, c’est une eau qui est un peu saumâtre. Donc, ce n’est pas évident parce qu’on n’a pas de visibilité du tout. C’est un endroit où il y a beaucoup de courant également et du vent. Et pareil, c’est très changeant aussi, d’une heure à l’autre, on peut avoir de bonnes conditions pour partir et au milieu de la course, le vent qui tourne, vous êtes en opposition avec le vent et là, ça ralentit complètement la progression de la nage. Aussi, depuis mes aventures, souvent je percute des objets non identifiés, ici il y avait en l’occurrence beaucoup de bois, de branches et j’ai percuté un arbre, un tronc d’arbre en pleine nuit à 1h30 avant d’arriver. C’est toujours les aléas de courses, de traversées, parce qu’on n’est pas la piscine et le mot d’ordre c’est l’adaptation.
Entre les différentes traversées, laquelle a été la plus simple et laquelle a été la plus difficile ?
La plus simple, c’est le détroit de beagle, parce que la durée n’est pas longue et la plus difficile ça reste Rio del Plata. C’est comparable à une traversée de la Manche, voire même plus dur je trouve. La Manche, on a des moments un peu de calme, on peut se reposer, on est moins en opposition avec les éléments. Il y a des courants favorables, donc des moments où on est un peu aidé. Rio del Plata, c’est constamment éprouvant, parce qu’il n’y a aucun moment de répit.
Comment vous vous êtes préparé pour ces traversées ?
C’est un entraînement spécifique parce qu’il a fallu adapter mon organisme au très froid et au chaud. J’ai une variation de poids, j’arrive à prendre 10 kg et à perdre 10 kg très rapidement pour adapter mon corps à ces différents environnements. Là, en l’occurrence, ce n’était pas que de l’eau froide, il a fallu loger, donc c’était un peu aussi un test. Il s’avère que c’est concluant parce que ça a fonctionné. Mais ce n’est pas simple, parce que on ne sait pas trop ce que ça va donner de faire deux courses rapprochées à une semaine d’intervalle. On n’a pas le temps de récupérer la première, qu’on attaque déjà la deuxième.
Quel regard vous portez sur vos trois traversées aujourd’hui ?
C’est surtout l’aboutissement d’un projet, d’aller au bout en prenant un maximum de paramètres, même si là-dessus on ne maîtrise rien, on doit s’adapter. Mais d’avoir coordonné l’équipe, avoir eu la patience d’attendre 15 jours sur place pour avoir la bonne fenêtre météo au Chili et pouvoir enchaîner la suite, ce sont des choses qui montrent que ça a fonctionné.
Aujourd’hui, qu’est-ce que ça vous fait d’avoir réalisé la Triple Couronne du bout du monde ?
C’est l’aboutissement d’un rêve, parce que cette triple couronne, elle fait rêver les nageurs du monde entier, surtout aussi par les endroits, comme le détroit de Magellan, qui est chargé d’histoire.
Qu’est-ce que ces aventures vous apprennent sur vous-même ?
C’est surtout un voyage intérieur. Au-delà de la performance sportive, moi, ce qui m’anime, c’est de rencontrer des gens, des cultures différentes, des endroits aussi très reculés. Ce sont ces expériences qui m’animent au fond de moi. C’est un travail sur soi-même. Et puis j’aimerais partager le message de croire en soi et en ses rêves. Même à 40 ans on peut réaliser de grandes choses et aujourd’hui, je suis à 110 kg, donc le poids n’est pas forcément un problème pour faire des sports d’endurance.
































