Benjamin Atgie, un blessé de guerre devenu champion

Amputé de la jambe gauche après avoir été victime d’un tir de roquette en Afghanistan, le caporal-chef Benjamin Atgie s’est reconstruit grâce au sport. Portrait.

 

Durant son enfance, ce natif de Créteil (Val-de-Marne) s’essaie à une multitude de sports : taekwondo, danse, hockey sur glace, course à pied, roller… « Juste pour le plaisir et l’entretien de soi », confie-t-il. Sa véritable vocation, c’est l’armée. Dès l’âge de 12 ans, Benjamin Atgie se rêve en militaire. Il admire son oncle, qui fait partie du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine. « Sa tenue m’impressionnait, il voyageait beaucoup… Cela m’a vraiment donné envie », se souvient-il. En 2007, son souhait est exaucé. Après avoir raté son Bac pro « Technicien-conseil vente en animalerie », le jeune homme intègre le 132ème bataillon cynophile de l’Armée de terre. Un bataillon qui achète des chiens destinés aux trois armées (terre, air, marine), aux ministères et administrations de l’État, ainsi qu’au profit de pays étrangers. « Il a fallu que j’attende d’être à l’armée pour avoir un chien. Pourtant, j’ai toujours adoré cet animal ».

« J’ai souri en me réveillant »

Nous sommes le 19 février 2011. Le jour où tout a basculé pour le caporal-chef Benjamin Atgie. Sur une petite route d’Afghanistan, dans la vallée d’Alassaï, une colonne de blindés français, dont ce dernier fait partie, rentre d’une mission de reconnaissance. Son véhicule est pris pour cible par une roquette. Celle-ci lui happe la jambe. En se glissant sous le corps d’un de ses camarades, il parvient à échapper à la mort. « Mon premier réflexe a été de mettre la muselière à mon chien, Arion. C’est la procédure », se remémore-t-il. Ensuite, c’est le trou noir. Héliporté dans un premier temps à l’hôpital de Kaboul, Benjamin est ensuite acheminé très rapidement à l’Hôpital d’instruction des armées Percy de Clamart (Hauts-de-Seine). Après deux jours passés dans le coma, il ouvre les yeux. « J’ai souri en me réveillant, car j’étais content d’être en vie, confesse-t-il. Et j’ai immédiatement demandé des nouvelles de mon chien ». Amputé d’une jambe, le soldat restera pendant un an à hôpital.

2014, l’année de ses premières médailles

« Pendant cette période, j’ai réappris à vivre. J’ai subi une opération de nettoyage. J’avais perdu beaucoup de muscles. Il a aussi fallu que j’apprenne à marcher avec une prothèse ». En 2012, afin de récupérer son certificat d’aptitude maître-chien, Benjamin réintègre l’armée. « J’ai dû prouver au médecin que j’étais apte à tenir l’animal ». Objectif atteint : le Cristolien parvient à récupérer son diplôme. En 2013, il se rend en Californie pour participer aux Marine Corps Trials, une compétition multisports créée par les marins américains pour les blessés de l’Armée de terre. Il participe aux épreuves de natation, d’athlétisme (100 et 200 m) et basket fauteuil. Dans cette dernière discipline, il s’adjuge la médaille de bronze. « Lorsque je l’ai rencontré, fin 2013, il a fallu lui amener une culture athlétique. Ses qualités n’étaient alors vraiment pas exploitées », indique son entraîneur, Frédéric Odot, référent optimisation de la performance et suivi sportifs des blessés de la Défense. L’année suivante, le Francilien s’illustre davantage, décrochant cette fois une médaille d’or sur 200 m et deux médailles d’argent (basket fauteuil et 100 m). La même année, la cellule d’aide aux blessés de l’Armée de terre lui propose de participer à la première édition des Invictus Games.

Rencontre avec le prince Harry

Le caporal-chef s’envole pour Londres afin de participer à cet événement s’inspirant des Jeux paralympiques, tirant son nom du poème Invictus de William Ernest Henley. Sur le plan des résultats, le bilan tourne au fiasco (aucune médaille). « J’étais dans une mauvaise phase d’entraînement à l’époque. Je m’étais préparé un peu “à l’arrache” ». Ce qui ne l’empêche pas d’en garder un souvenir impérissable. « C’était une expérience fabuleuse, notamment au niveau du partage avec les compétiteurs étrangers. De nombreux participants sont des soldats qui ont été blessés en Afghanistan. Forcément, ça crée des liens ». La deuxième édition des Invictus se tient en mai 2016 à Orlando (États-Unis). Cette fois, le Français s’empare de la médaille de bronze sur l’épreuve du 400 m en athlétisme. En septembre 2017, lors de la troisième édition à Toronto (Canada), il revient bredouille. Mais celle-ci est marquée par sa rencontre avec le prince Harry de Galles, initiateur de ces Jeux. « C’était à l’occasion d’un entraînement de volley. Le prince Harry était venu voir son équipe. Très accessible, il s’est arrêté pour discuter avec nous ». Quelques jours plus tard, Benjamin croise à nouveau le membre de la famille royale britannique, à l’occasion d’un match de basket fauteuil face aux Américains. Une rencontre qui s’est déroulée sous les yeux d’une autre immense célébrité, alors président des États-Unis, Barack Obama. Désormais, Benjamin Atgie vise la médaille d’or aux Invictus Games. « Il possède les moyens de décrocher le Graal, estime son ami Thomas Brun, également blessé en Afghanistan. Mais pour cela, je pense qu’il devrait se consacrer à un sport en particulier ».

 

La bio express de Benjamin Atgie :

 

  • 30 ans – Né le 6 janvier 1988 à Créteil (Val-de-Marne)
  • Disciplines : Athlétisme, basket-fauteuil
  • Palmarès : Médaillé de bronze sur 400 m aux Invictus Games (2016), médaillé de bronze aux Jeux mondiaux militaires (100 m), médaillé d’or sur 200 m aux Marine Corps Trials (2014), médaillé d’argent sur 100 m aux Marine Corps Trials (2014), médaillé d’or en basket-fauteuil aux Marine Corps Trials (2014)

 

Par Arnaud Lapointe
Crédit photo : A.Thomas-Trophime©DICOD
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