L’Agence nationale du sport, « un pari risqué »

L’Agence nationale du sport a officiellement été lancée au mois d’avril. Cette institution, qui associe État, mouvement sportif, collectivités locales et monde économique, prend un risque : celui du manque de leadership. Plus d’explications avec Colin Miege, Président du Comité scientifique du Think tank Sport et Citoyenneté.

 

Que retenez-vous du lancement de l’Agence nationale du sport ?

Aujourd’hui, l’agence se divise en deux aspects majeurs : le développement des pratiques et le sport de haut niveau et la haute performance. Si le sport de haut niveau peut compter sur un fonctionnement plutôt clair, avec un manager général en la personne de Claude Onesta et un État avec à 60% des voix qui a donc le dernier mot, l’organisation concernant le développement des pratiques est elle plutôt nébuleuse. C’est ce que je retiens principalement, cette différenciation importante entre les deux secteurs de compétence.

Ces deux secteurs auraient-ils dû être liés ?

En effet, ce que l’on peut regretter c’est de ne pas avoir fait la jonction entre le sport d’élite et le sport de masse. Un écart s’est creusé entre ces deux secteurs et je n’ai pas l’impression que l’Agence nationale du sport, telle qu’elle est construite, va permettre de faciliter la jonction. L’objectif est tout de même d’atteindre trois millions de pratiquants supplémentaires d’ici 2024, ce qui est très ambitieux. Or, on ne sait pas très bien qui va prendre le leadership concernant ce développement des pratiques. De plus, on ne sait pas vraiment non plus comment tout cela va se concrétiser au niveau local. Certaines régions ont déjà des projets, mais la mise en place s’annonce complexe. Les collectivités locales sont assez diverses, avec des régions, des départements, des villes, etc. Mettre tout ce monde en ordre de bataille n’est pas simple. Il est donc difficile de savoir si la convergence des intérêts va se réaliser.

Le mouvement sportif peut-il prendre le leadership ?

Ça pourrait être le cas, c’est d’ailleurs la revendication du mouvement sportif. Ce dernier souhaite à tout le moins être traité en partenaire, à égalité avec les autres acteurs. Mais le mouvement sportif est-il capable de prendre ce leadership ? C’est compliqué, on peut émettre quelques doutes. Le mouvement sportif est divers et très hétérogène. Certaines fédérations sont puissantes, d’autres sont moins organisées avec peu de moyens.
On peut aussi se demander si le mouvement sportif est suffisamment structuré pour éviter les conflits d’intérêts. Plus de responsabilités, c’est aussi plus de contrôles et de transparence. Enfin, le mouvement sportif représente-t-il vraiment la totalité du sport en France ? Beaucoup de personnes pratiquent le sport en dehors de toute structure organisée. Aujourd’hui, seulement un tiers de la pratique sportive se ferait dans un cadre organisé. Forcément, cela questionne la légitimité du mouvement sportif à prendre le leadership sur la question du développement des pratiques sportives.

Finalement, aujourd’hui, le risque est-il bien réel que rien n’avance ?

Mettre tous ces acteurs hétérogènes ensemble, c’est sans doute un pari risqué. Associer tous ces acteurs qui n’ont jamais travaillé ensemble, puisque l’Agence nationale du sport est quelque chose d’inédit, créé un doute sur la possibilité de trouver rapidement le chemin de la coopération, de l’efficacité, afin de faire mieux que ce qu’il se faisait auparavant sous la conduite de l’État. Il y a urgence à clarifier les choses d’autant que les échéances arrivent vite, avec l’accueil des Jeux olympiques à Paris dans cinq ans à peine.

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Propos recueillis par Olivier Navarranne

 

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