Figure incontournable du rugby français, Philippe Guillard livre son regard sur un sport en pleine évolution. Entre l’influence grandissante des grandes villes, la montée en puissance de nouveaux clubs et la professionnalisation du haut niveau, il défend une conviction : malgré les changements, le rugby restera avant tout un sport collectif ancré dans une culture populaire.
On dit souvent que le rugby est le dernier grand bastion sportif du Sud-Ouest. Cette idée est-elle encore une réalité ou appartient-elle désormais au passé ?
Oui et non. Heureusement d’ailleurs, car la Ligue travaille justement pour permettre à toutes les régions d’avoir leur chance. On voit aujourd’hui des clubs comme Vannes revenir en Top 14, Nice en Pro D2, ou encore Montpellier qui atteint une nouvelle finale. Le Sud-Ouest reste un grand terroir du rugby, mais ce n’est plus forcément lui qui domine tout.
Le football s’est mondialisé et les grandes villes ont pris une place centrale, alors que le rugby conserve une implantation très forte dans les territoires et les villages. Comment expliquez-vous cette différence ?
Le football a toujours été davantage un sport de grandes villes. C’est historique. En France, il s’est développé dans des villes comme Marseille, Saint-Étienne ou Bordeaux. Les clubs représentent souvent une ville. En Angleterre, c’est différent : ce sont surtout les clubs qui comptent, pas forcément les villes. À Londres, il existe plusieurs grands clubs qui ne portent pas simplement le nom de la capitale. En France, le football s’est construit davantage autour des grandes agglomérations, alors que le rugby a gardé ce lien avec les territoires.
Le rugby a-t-il encore conservé une culture de la fête et une manière de vivre qui lui sont propres ?
Bien sûr. Il suffit de regarder une finale : la fête du rugby ne concerne pas seulement les joueurs, mais tout ce qui existe autour. Les supporters, les familles, les villages, l’ambiance autour du stade… Tout cela fait partie de l’identité du rugby.
Les joueurs professionnels ont aujourd’hui une exigence physique et sportive qui demande davantage de sérieux qu’à mon époque, c’est normal. Mais quand ils se lâchent, ils savent aussi faire la fête. La troisième mi-temps ne se résume pas aux joueurs : c’est aussi la communion entre supporters, entre générations et entre cultures. C’est ça qui fait la richesse du rugby.
Avec la professionnalisation, les budgets importants et l’arrivée de stars internationales, le rugby risque-t-il de perdre cette identité au profit d’un modèle proche du football ?
Je ne pense pas. Le rugby est ancré depuis plus d’un siècle et demi. Il peut évoluer, évidemment, mais il restera toujours un sport de combat collectif. Une grande star peut faire la différence, mais elle aura toujours besoin des huit joueurs devant pour gagner une mêlée. Au rugby, on ne gagne jamais seul. C’est ce qui le différencie encore du football : il faut un collectif pour construire une victoire.
Vous avez connu le rugby comme joueur, observateur et raconteur d’histoires. Qu’est-ce qui a le plus changé dans les mentalités et dans les terrains de village ?
Je crois que le rugby ne peut pas fondamentalement changer, parce que c’est un sport collectif de combat. S’il n’y a pas de combat, il n’y a pas de collectif. Sans collectif, il n’y a pas de victoire. Et sans victoire, il n’y a pas de troisième mi-temps. Or sans troisième mi-temps, il n’y a pas vraiment de rugby. Et sans rugby, il n’y a plus cette vie de village qui l’accompagne.
Les demi-finales avec les victoires de Toulouse et Montpellier peuvent-elles être vues comme un nouveau signe de la domination du Sud sur le Nord ?
Je ne dirais pas ça. C’est surtout une question de répartition. Combien y a-t-il d’équipes du Nord en Top 14 ? Deux seulement. Sur quatorze équipes, forcément, les statistiques favorisent les clubs du Sud. Ce n’est pas que le Sud domine le Nord, c’est qu’il y a davantage de clubs du Sud au plus haut niveau.
Cette finale entre Toulouse et Montpellier vous surprend-elle ?
Pas du tout. Toulouse et Montpellier étaient les deux équipes les mieux placées cette saison, donc la logique est respectée. Toulouse est une référence, et Montpellier est également un club très structuré, avec un titre européen récent et une deuxième place derrière Toulouse en championnat. Cette finale est finalement assez logique.





























