Le tennis de table marque des points contre la lombalgie

Au service de médecine physique et de réadaptation du CHU de Nîmes, on croit au tennis de table comme moyen d’améliorer la qualité de vie des malades atteints de lombalgie chronique.

 
Jouer au tennis de table lorsqu’on a mal au dos, l’idée ne vient pas forcément à l’esprit. Pourtant, cette activité est au programme éducation lombalgique du service de médecine physique et de réadaptation de l’Hôpital Carémeau de Nîmes, qui vise à améliorer les conditions de vie des patients atteints de lombalgie chronique. Une fois par mois, les raquettes et les petites balles sont de sortie pour un atelier découverte d’une heure. « Il y a un consensus pour dire que l’activité physique est importante dans la prévention primaire, que la pratique du sport améliore la qualité de vie et diminue le risque de développer des maladies. Là où c’est plus compliqué, c’est dans la prévention secondaire, une fois que la maladie est là », souligne le Dr Arnaud Dupeyron. Le chef du service de médecine physique et de réadaptation du CHU de Nîmes en est persuadé : « Mieux vivre avec une maladie chronique passe par la pratique régulière d’activités. » C’est ainsi qu’a pris forme un programme à destination des patients atteints de lombalgie chronique dans lequel les participants découvrent plusieurs activités physiques, dont le tennis de table. « C’est le rôle de l’hôpital et de la médecine d’être force de propositions et d’arriver à rassurer un patient, de lui donner goût à l’activité physique et de lui expliquer qu’il peut faire ce qu’il souhaite », insiste le médecin. « Dans notre programme, nous utilisons des activités permissives comme levier pour offrir une expérience plaisante sans douleur. » C’est là que le tennis de table entre en jeu.

Un coup d’avance

Le service de médecine physique et de réadaptation s’est mis en lien avec la Ligue Occitanie de Tennis de Table. « Leur programme Ping Santé était énormément développé et s’imbriquait parfaitement dans ce qu’on propose. C’était du cousu-main », raconte Arnaud Dupeyron. Dès 2015, la Ligue du Languedoc-Roussillon a amorcé un projet avec la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale « dans un esprit de loisir/santé contre les problèmes dus au vieillissement », résume Philippe Molodzoff, cadre technique national à la Fédération française de tennis de table. « Nous avions anticipé par rapport aux demandes de l’État sur le volet santé et une pratique sportive dans de bonnes conditions. Nous étions en avance sur les autres disciplines pour répondre aux attentes. » Afin de compléter son offre et fidéliser de nouveaux pratiquants, la Ligue a élaboré un kit « Ping Santé », une mallette avec des séances clefs en main, qui contient des fiches techniques pour l’échauffement et la récupération ainsi que des vidéos avec des explications des coups pour les personnes qui débutent totalement. « Il permet aux animateurs d’évaluer la forme physique des participants sur quatre critères : l’endurance, la force, l’équilibre et la souplesse, mais aussi le niveau de jeu pour les classer de débutant à maîtrise », explique Philippe Molodzoff. « Après, nous pouvons mettre en place un suivi. Si ce kit n’est pas utilisé dans un but de sport santé, il peut servir pour faire progresser au tennis de table. » Ce sont ces éléments qui sont appliqués au CHU de Nîmes. Après une séance test réussie, une convention a été signée. « Après la phase de conception des outils pédagogiques et de la formation, le programme Ping Santé est maintenant dans son étape de mise en place sur le terrain », souligne Emmanuel Boll, l’animateur des séances à l’hôpital. « Ce sont nos premiers pas dans un réseau de santé », complète Philippe Molodzoff. L’ASPC Nîmes tennis de table a été désigné club support du dispositif. L’équipe dirigeante met en application les ateliers, en lien avec la Ligue Occitanie.

Toujours en activité pendant une heure

Le tennis de table a trouvé sa place dans le programme éducation lombalgique aux côtés de la salsa, du jujitsu, d’ateliers thérapeutiques et de sorties dans des clubs. Ce sport répond à plusieurs critères : facile, ludique et accessible grâce à du matériel peu coûteux. Respiration, force musculaire, équilibre, tout y est travaillé. « Les chevilles et les genoux sont gainés grâce à une bonne posture tonique, mais le joueur est aussi relâché des membres supérieurs », décrit Philippe Molodzoff. « Le tennis de table demande aussi une bonne coordination occulomotrice. Il n’y a pas de contre-indications dans sa pratique. » Concrètement, comment les patients du programme pratiquent-ils le tennis de table ? « Une séance d’une heure se découpe en trois temps : échauffement, échanges en un contre un ou deux contre deux et étirements », décrit Emmanuel Boll. « Le but est que les patients soient toujours en activité pendant toute l’heure. » « Jouer contre quelqu’un a un aspect ludique. Le patient s’auto-rééduque dans un contexte déconnecté de la pathologie et du médical », affirme le Dr Arnaud Dupeyron. Emmanuel Boll et l’ASPC Nîmes tennis de table veillent à garder la notion de sport santé en tête. « Nous avons toujours des échanges avec le corps médical pour répondre au mieux à leurs attentes », précise l’animateur diplômé. « À chaque fois, nous avons un groupe nouveau, donc nous n’avons pas de suivi, alors nous nous adaptons. »

Changer de mode de vie

Après quatre séances, les ateliers découverte du tennis de table prouvent leur efficacité. « J’ai eu d’excellents retours », se réjouit le Dr Arnaud Dupeyron. Mais apprécier la séance ne suffit pas. « Le vrai souci de notre programme est de faire adhérer les patients à une activité sportive », indique le médecin. « Avec le tennis de table, les patients doivent comprendre que la transition hors de la sédentarité, c’est maintenant. Nous rappelons au début du programme que la semaine d’après doit être différente de celle d’avant, sinon ce n’est pas la peine. Notre programme est une solution pour changer de mode de vie. À la fin de la semaine, nous faisons un bilan qui fixe des objectifs. Je revois les patients après un mois afin de voir si leur situation s’est améliorée. » L’un des objectifs est de garder un suivi avec l’ASPC Nîmes tennis de table. « Nous faisons la promotion des manifestations du club pour que les patients soient informés », souligne le médecin. Le tennis de table pourrait bientôt aider des malades atteints de lombalgie chronique à l’antenne du CHU Carémeau au Grau-du-Roi. « Nous avons rencontré la responsable du site et nous sommes en train de construire un projet », informe Emmanuel Boll. « Une réflexion est en cours en interne pour adapter le programme Ping Santé à d’autres services de rééducation. » Le tennis de table ouvre une voie vers une nouvelle façon de penser le parcours de santé. « Cela rentre dans un processus pour démédicaliser le plus possible les personnes atteintes de maladies chroniques », avance Arnaud Dupeyron. « L’objectif serait que la communication sur la réussite de notre programme fonctionne, que des patients atteints de lombalgie chronique s’inscrivent dans une association sportive sans être passés par le programme à l’hôpital et que les encadrants puissent les recevoir. »

Le soin par l’activité physique

Le Dr Arnaud Dupeyron est un fervent défenseur de l’inclusion de l’activité physique dans un parcours de soins. « Face au phénomène de vieillissement, il faut mieux s’occuper de soi pour réduire les risques de maladie chronique. L’idéal serait d’intégrer la pratique du sport au sein des services hospitaliers et des cabinets paramédicaux. Le patient devrait avoir la possibilité de recevoir des conseils pour traiter sa pathologie via l’activité physique. »

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Par Leslie Mucret

 

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