Laurent Mestre : “Comme des aventuriers des siècles précédents”

Explorateur et plongeur spéléologue de l’équipe Centre Terre, Laurent Mestre nous détaille l’expédition Ultima Patagonia 2019 qui dure jusqu’à fin février. Il nous répond du camp du Barros Luco, dans le canal de Magellan au sud du Chili, à plus de 13 000 km de la France.

 

Ultima Patagonia 2019, c’est quoi ?

C’est le nom d’une nouvelle expédition en zones blanches, le principe étant d’explorer des endroits qui ne sont pas connus par les êtres humains. Elle est organisée par Centre Terre, une association loi 1901, dont le siège est basé à Toulouse. Cela fait plus de plus de 20 ans – la première s’est déroulée en 1997 – qu’elle se rend dans les terres reculées de Patagonie dont certains précurseurs sont ici avec nous.

En 20 ans, les conditions ont forcément évolué.

L’organisation a évolué. À l’époque, il n’y avait pas de camp de base, juste un bateau de pêche et ils s’appuyaient sur des cartes et des photos scientifiques. C’était la même chose du point de vue logistique : les premiers sont venus avec un ou deux sacs à dos, nous on est arrivé avec 5 tonnes de matériel. Aujourd’hui, tout se fait par héliportage. On a même un médecin avec nous, c’est la cerise sur le gâteau. Cela donne plus de confort technique et psychologique. Les gens ont tous deux métiers : électricien, plombier, charpentier en plus d’être spéléologue.

Quel est le but de l’expédition ?

C’est une aventure humaine et une exploration sportive : l’idée, c’est d’explorer des endroits dont personne n’a souillé le terrain. Elle a ceci de particulier qu’il s’agit d’explorations souterraines au milieu des paysages karstiques (qui résultent des écoulements souterrains). En même temps, c’est une aventure logistique et scientifique en association avec des glaciologues, des archéologues, des botanistes, des géologues, des hydrologues ou encore des spécialistes de la faune souterraine. On a aussi un vétérinaire pour tout ce qui concerne les microbes. Recueillir le plus d’infos pour partager et communiquer avec des gens spécialisés. On fait de la photo souterraine et de la cartographie souterraine. L’exploration consiste à découvrir des plantes endémiques. Il y a quatre ans, on a retrouvé des peintures pariétales.

Et cette année ?

Nous avons exploré les entrailles du glacier du Tempanos sous lequel nous avons parcouru 300 km les quinze premiers jours de l’expédition. Cela a permis à nos glaciologues – des Japonais et un Germano-Chilien – de poser des capteurs, des carottages et des balises d’écoute. Tout cela pour mesurer la vitesse de déplacement du glacier. Emmener les glaciologues sous la glace, cela a été une sacrée expérience.

Quel sentiment cela procure d’explorer des terres inconnues ?

C’est extraordinaire, on se sent comme des aventuriers des siècles précédents, les Magellan, les Christophe Colomb, qui sont arrivés sur des endroits en terres inconnues. C’est fou d’être le premier homme à marcher sur ces terres.

Dans quelles conditions météo l’expédition s’est déroulée ?

Ici, c’est l’été austral. Sous terre, l’eau est à 4-5 degrés. Dans l’océan, elle est à 8-9. En une journée, on voit toutes les saisons qui défilent. Le vent atteint régulièrement les 150 km/h. Parfois, on a eu besoin de lunettes de ski pour partir en navigation. Cette année, on a peu de pluie, on ne se plaint pas. Les températures tournent autour de 10°C mais il y a toujours un vent frais et c’est très humide.

Comment une telle expédition se monte ?

Cette expédition se déroule tous les deux ans car cela nous demande 2 ans de préparation entre le bouclage des budgets et la préparation logistique, sans parler de l’obtention des autorisations car on travaille en partenariat avec les autorités locales de Patagonie. Notre budget est fixé cette année à 350 000 euros pour une expédition de 45 personnes sur 2 mois en sachant que deux équipes se relaient entre janvier et février.

La prochaine dans 2 ans est garantie ?

Oui avec sans doute un autre objectif : aller explorer l’Antarctique. Mais c’est encore confidentiel, ce ne serait pas le même budget.

Vivez en direct le déroulé de l’expédition sur www.centre-terre.fr

Propos recueillis par Sylvain Lartaud
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