Faire entrer le dépistage dans le jeu : la Fondation ARC détourne les codes du football pour rendre visible un test encore trop ignoré. Avec la campagne « Mr Popo », l’objectif est clair : lever les freins autour du cancer colorectal, alors qu’un diagnostic précoce permet de guérir dans neuf cas sur dix.
Le point de départ de la campagne « Mr Popo » est un constat brut. En France, le cancer colorectal touche chaque année des dizaines de milliers de personnes et demeure l’un des cancers les plus meurtriers. Pourtant, le dépistage repose sur un test simple, gratuit et réalisable chez soi. « On est face aujourd’hui à une aberration sanitaire en France« , résume Laurence Michelena, directrice de la communication de la Fondation ARC.
« On a un test de dépistage qui existe, qui est sous-utilisé et qui permettrait de sauver plus de vies. » C’est à partir de cette contradiction que la Fondation ARC a construit une nouvelle prise de parole autour de « Mr Popo », mascotte décalée déjà lancée une première fois l’an dernier. Dans cette saison 2, la fondation a choisi de déplacer son message vers l’univers sportif, et plus précisément celui du football, pour rendre plus concret un sujet que beaucoup préfèrent encore repousser.
Le football comme langage commun pour parler d’un sujet tabou
La campagne repose sur une mécanique simple : utiliser un univers immédiatement identifiable, pour faire entrer le dépistage dans une scène de vie ordinaire. Dans la vidéo, « Mr Popo » apparaît au milieu d’un supporter et de son entourage, dans une ambiance de match, de chants et d’encouragements. « Le langage le plus populaire qu’on connaît, c’est le sport, et dans le sport, le football« , explique Laurence Michelena. « On s’est dit qu’on allait associer ce geste un peu repoussoir à un univers de collectif, d’engagement émotionnel fort. » Le choix du football ne tient pas seulement à sa visibilité. Il permet aussi de faire passer un message collectif sur un sujet très intime.
Dans la campagne, le supporter n’est plus seul face à un test qu’il hésite à faire : il est entouré, soutenu, presque poussé à passer à l’action comme une équipe soutient un joueur. En 40 secondes, la campagne cherche ainsi à faire exister autre chose que la gêne : une forme de mobilisation commune autour d’un réflexe de santé. Cette construction s’appuie aussi sur une donnée que la fondation a très tôt utilisée dans sa réflexion : le volume annuel de personnes touchées par la maladie peut se comparer à la capacité moyenne d’un stade. « Le chiffre est de 47 000 personnes concernées par an, l’analogie avec le stade de foot s’est faite quasi immédiatement« , précise Laurence Michelena.
« La campagne s’adresse aux plus de 50 ans, femmes comme hommes »
Le ton de la campagne surprend, parce qu’il emprunte à l’humour, à la chanson de supporters, au décalage. Mais ce choix n’a pas pour objectif de minimiser le risque. Il vise au contraire à contourner les freins qui bloquent encore le recours au dépistage. « C’est un tabou, à cause des selles, à cause de la peur du résultat, à cause de ce que les gens projettent dans le parcours de soins« , détaille Laurence Michelena. Pour la Fondation ARC, il ne suffit donc pas d’informer, il faut aussi trouver une manière de rendre le sujet moins évitable.
« La campagne s’adresse aux plus de 50 ans, femmes comme hommes. Il était essentiel de ne pas la genrer, d’autant que les femmes, de plus en plus présentes dans le football, sont aussi concernées par le dépistage. » ajoute la directrice de la communication. Dans la continuité d’une première saison jugée encourageante, cette nouvelle campagne a permis d’amplifier la portée du dispositif. Les premiers retours observés par la fondation restent encore partiels, mais Laurence Michelena note déjà des taux de clics en progression de plus de 50 % par rapport à l’année précédente, signe d’un intérêt accru et d’une meilleure exposition du message : « Les gens viennent chercher de l’information et ça, ça fonctionne. L’objectif de notoriété est en train d’être atteint.«
Le sport comme un allié du soin
Au-delà de cette campagne, la Fondation ARC inscrit le sport dans une approche plus large de la prévention et de l’accompagnement des malades. Laurence Michelena rappelle que cet usage ne relève pas d’une opportunité ponctuelle liée au cancer colorectal : « Le sport a toujours fait partie des éléments qu’on a utilisés à la Fondation pour parler du cancer, de la recherche et pour mobiliser le grand public. » Elle évoque notamment le Triathlon des Roses, événement sportif et solidaire porté par la fondation, dédié à la recherche sur les cancers du sein, qui permet à la fois de sensibiliser, de mobiliser des fonds et de proposer aux patientes un objectif dans leur parcours. Plus largement, elle insiste sur la place de l’activité physique adaptée dans le soin.
« Le sport est un allié dans le parcours de soins« , affirme-t-elle. Selon elle, il peut aider à mieux supporter les traitements, à lutter contre la fatigue, à améliorer la récupération et à remettre le corps en mouvement. « C’est peu connu, même des patients« , ajoute-t-elle. Dans cette logique, la campagne « Mr Popo » s’inscrit dans une stratégie de long terme. Après une première saison encourageante puis une saison 2 qui a permis d’amplifier sa portée, la Fondation ARC envisage déjà de prolonger l’initiative. L’objectif est d’installer durablement ce dispositif dans le paysage, avec une possible troisième saison, toujours ancrée dans l’univers du sport, jugé particulièrement fédérateur, populaire et universel. Mais dès aujourd’hui, derrière l’humour, le décor de stade et la présence de « Mr Popo », l’intention est claire : faire en sorte qu’un geste simple ne soit plus remis à plus tard.



























