Clarisse Agbegnenou, ses combats sur les tatamis et en dehors

Triple championne du monde, invaincue en 2018, Clarisse Agbegnenou affiche déjà à 26 ans un très beau palmarès dans le judo français. À côté des entraînements et des compétitions, elle trouve le temps de s’engager pour des causes qui lui tiennent à cœur. Rencontre.

 

Où en êtes-vous dans votre saison 2019 ?

Pendant près de neuf semaines, j’ai participé à plusieurs stages à l’INSEP et à Marseille. C’est un bon moyen pour sortir de notre routine, de combattre avec de nouveaux partenaires lors des entraînements en plein Championnat de France par équipes. Les Jeux européens étaient ma deuxième grosse compétition de la saison après le tournoi Paris Grand Slam en février dernier que j’ai remporté face à la Slovène Tina Trstenjak, que j’ai l’habitude d’affronter en finale depuis les JO de Rio. Fin août, je participerai aussi aux Championnats du monde à Tokyo.

Vous êtes restée invaincue pendant toute l’année 2018 en individuel dans votre catégorie des -63kg. Comment analysez-vous cette performance ?

Je ne peux pas vraiment expliquer cette année d’invincibilité. Je peux me dire que je me suis très bien entraînée pour y parvenir, mais tout le monde est aussi à fond. Je suis sur une très bonne lancée et je compte y rester jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo à l’été 2020. Mon objectif est de rester invaincue en 2019 et en 2020, pour arriver prête et avec de la confiance aux JO. Comme je suis actuellement première au classement mondial, je devrais être qualifiée pour les prochains Jeux, mais il faudra attendre février 2020 et les Championnats d’Europe à Prague pour en avoir la confirmation.

« L’or, la seule médaille que je veux »

Après l’argent aux Jeux de Rio en 2016, on peut imaginer que votre objectif est l’or à Tokyo ?

Exactement ! C’est la seule médaille que je veux ! Ça serait un honneur pour moi de participer aux Jeux olympiques à Tokyo et de gagner l’or dans le pays berceau du judo. Je pourrai dire tout haut que j’ai accompli ma vie de judokate. Ça serait un moment parfait dans ma carrière.

L’édition suivante se déroulera à Paris, à domicile. Ça sera aussi un moment important pour vous ?

Pour le moment, les Jeux de 2024 semblent loin, surtout par rapport à ceux de Tokyo qui sont dans un peu plus d’un an. Mais, une fois que la nouvelle olympiade commencera, nous allons nous mettre cet objectif bien en tête. Tous les sportifs français auront à cœur de faire une belle performance à la maison.

« Quand on veut on peut »

Vous êtes engagée auprès de l’association « SOS Préma » depuis le début de l’année. Quelles sont ses actions ?

« SOS Préma » est une association qui se bat pour donner la chance aux bébés prématurés de bien grandir, en soutenant les familles et en travaillant avec les équipes médicales. Je suis devenue leur marraine, car je suis moi-même née prématurée avec une santé précaire, alors il m’est possible de parler de mon expérience. Ce premier moment de ma vie où je suis « née morte » me permet de tirer ma force intérieure. L’association a aussi pu répondre aux questions que je me posais, ce qui m’a encouragée à devenir leur marraine. Ce sujet me touche, je me sens donc à l’aise pour en parler.

Vous avez également été la marraine 2019 de l’opération « Sport Féminin Toujours » en février dernier. En quoi consiste-t-elle ?

Cette opération, lancée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et le ministère des Sports et qui a connu sa deuxième édition cette année, a pour but de faire la promotion du sport féminin dans les médias, de faire parler de nous, les femmes, pour combattre les stéréotypes et les discriminations. Elle est soutenue par le secrétariat d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, avec le soutien du CNOSF et du CPSF. Il est encore compliqué pour les sportives de se faire connaître à travers les différents médias. C’est pour cette raison que je me suis engagée dans cette opération afin de promouvoir la diffusion du sport féminin, encore trop peu présent par rapport au sport masculin. La retransmission de la Coupe du monde de football en France sur des médias accessibles est vraiment une bonne chose. Voir des sportives réussir peut encourager des petites filles à se lancer à leur tour. C’est un autre de mes objectifs en tant que marraine de « Sport Féminin Toujours », je souhaite montrer que les sportives ont du talent, ainsi que rappeler à celles qui hésiteraient à se lancer que quand on veut on peut. Je pense être un bon exemple : une femme en action qui aime se faire chouchouter, se faire belle et aussi qui a suivi des études. On peut réaliser plein de choses ! Je rencontre des jeunes filles et lorsqu’elles voient des championnes, ça leur donne la force et l’envie de nous imiter. Ça fait du bien. Je ne rencontre pas que des filles en devenir, mais aussi des dames qui restent à la maison. C’est important de rappeler que si elles ont l’envie, elles peuvent pratiquer le sport qu’elles veulent.

« Le niveau du judo féminin est très fort »

Comment jugez-vous le développement du judo féminin ?

En France, le niveau du judo féminin est très fort. Actuellement, les filles composent une belle équipe qui ramène des médailles. Dans notre sport, il n’y a pas de différences entre la pratique des hommes et celle des femmes : les règles sont les mêmes et les épreuves féminines et masculines se jouent lors des mêmes compétitions. Et comme les filles font de meilleurs résultats que les garçons en ce moment, cela nous aide à être bien considérées.

Quel est votre regard sur la situation actuelle du sport féminin en général ?

Les femmes sont de plus en plus considérées, alors elles ont plus de temps pour se consacrer à un sport et pour devenir plus fortes. Cependant, il reste encore beaucoup de boulot pour que la pratique féminine atteigne le même niveau que celle des hommes. C’est aussi à nous de faire plus de résultats afin d’être plus visibles pour que les médias puissent relayer notre cause. Il faut que l’on se serre les coudes et même les hommes peuvent aider au développement du sport féminin. Dans le même temps, il faut continuer à dire aux femmes que le sport c’est important.

Par Leslie Mucret

 

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