C’est le dénouement d’un long feuilleton qui tenait le monde du sport d’hiver en haleine. Réuni le vendredi 19 juin 2026 à Décines, le bureau exécutif du comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques des Alpes françaises 2030 (COJOP) a validé sa copie finale. Entre retours historiques fracassants, évictions amères et délocalisations inattendues hors des massifs montagnards, le paysage des futurs Jeux d’hiver vient de changer de visage juste avant sa présentation officielle au Comité International Olympique (CIO).
Le grand retour de Val d’Isère, le coup de massue pour Méribel
C’est sans doute le revirement politique et sportif le plus marquant de cette nouvelle cartographie. Écartée du projet initial en 2023 au profit de ses voisines de la Tarentaise, la station mythique de Val d’Isère fait un retour triomphal sur l’échiquier olympique. Portée par un intense lobbying en coulisses, notamment mené par la figure historique de Jean-Claude Killy et le Premier ministre Michel Barnier (coprésidents d’Albertville 1992), la Face de Bellevarde va retrouver le frisson des anneaux olympiques en accueillant une partie des épreuves reines du ski alpin.
Ce retour en grâce ne s’est pas fait sans dommages collatéraux. Méribel se retrouve totalement exclue de la carte des compétitions. Malgré ses infrastructures de pointe héritées de 1992 et le succès des Championnats du monde de ski alpin en 2023, les négociations houleuses avec le COJOP ont scellé son destin. La station est poliment reléguée au rang de « partenaire important » par l’organisation, une formule diplomatique pour masquer une absence totale d’épreuves sur ses pistes. La Savoie conserve néanmoins son ancrage fort avec Courchevel (saut à ski et combiné nordique) et La Plagne (bobsleigh, luge et skeleton).
Lyon remplace Nice : le pôle glace quitte la Méditerranée
L’autre séisme de cette annonce concerne le pôle dédié aux sports de glace. Initialement promis à la ville de Nice, qui devait vibrer au rythme du patinage et du hockey, le projet azuréen s’est effondré suite à des désaccords politiques et financiers majeurs, notamment le refus d’adapter l’Allianz Riviera pour le hockey sur glace.
Pour répondre aux exigences de sobriété écologique et budgétaire du CIO (qui impose d’utiliser au maximum les structures existantes), la métropole de Lyon récupère l’intégralité des disciplines de glace en salle. La capitale des Gaules accueillera ainsi le hockey sur glace, le patinage artistique, le short-track et le curling.
Si le choix géographique peut prêter à sourire pour des Jeux baptisés « Alpes françaises », il évite la construction de coûteuses patinoires éphémères ou définitives sans avenir d’utilisation post-Jeux.
L’exotisme de cette carte ne s’arrête d’ailleurs pas aux frontières de l’Hexagone, puisque les épreuves de patinage de vitesse longue piste s’envolent pour Heerenveen, aux Pays-Bas, faute d’anneau de vitesse aux normes en France.
Une carte resserrée pour la Haute-Savoie et le Briançonnais
Dans les autres massifs, les attributions se stabilisent pour garantir une meilleure gestion logistique et des transports. En Haute-Savoie, le Grand-Bornand se positionne fermement sur le biathlon, tandis que La Clusaz prend en charge le ski de fond ainsi que le pôle nordique paralympique.
Plus au sud, le pôle du Briançonnais confirme sa vocation « nouvelle génération ». Serre Chevalier et Montgenèvre se partageront le ski freestyle et le snowboard. Montgenèvre devrait également être le théâtre du ski-alpinisme, nouvelle discipline olympique particulièrement attendue. Le cœur logistique des Hautes-Alpes battra à Briançon, où le Village olympique s’installera au Fort des Trois-Têtes et sur le site de la Schappe.
Et maintenant ?
Cette carte stabilisée par le bureau exécutif français sera présentée au CIO avant d’être soumise au vote final de l’Assemblée Générale du COJOP le 29 juin 2026. Les épreuves paralympiques attendent quant à elles leur validation définitive par l’IPC (Comité International Paralympique) d’ici la seconde moitié de juillet.
À moins de quatre ans de l’échéance, les Alpes françaises tiennent enfin leur feuille de route. Entre rationalisation des coûts et pragmatisme géographique, l’organisation prend le pari de Jeux éclatés mais structurellement viables, ancrés dans les réalités économiques et climatiques de notre époque.





























