Président de club d’Enghien-Deuil-Montmorency (Val-d’Oise) depuis cinq ans, Jean-Luc Rosticci défend une vision moderne de la pétanque. Pour lui, derrière l’image parfois réductrice d’un loisir convivial se cache une discipline exigeante, où la stratégie, le mental et la préparation jouent un rôle essentiel.
La pétanque est souvent présentée comme un simple loisir. Pourtant, vous insistez sur le fait que c’est un véritable sport. Pourquoi ?
À partir d’un certain niveau, on se rend compte que ce n’est plus seulement un jeu. Il faut de l’entraînement, du sérieux et une vraie préparation. La pétanque demande de la technique, de la réflexion et une capacité à gérer les situations. Pour moi, il n’y a aucun doute : c’est un sport.
Avant de lancer une boule, quelles informations un joueur doit-il analyser ? Le terrain, la position des adversaires, les risques ?
Il faut observer beaucoup de choses. Le terrain est important, mais il faut aussi regarder la position des boules adverses, la stratégie de l’équipe en face et réfléchir au risque que l’on prend. Chaque lancer a une conséquence.
Peut-on comparer une partie de pétanque à une partie d’échecs, où chaque coup prépare le suivant ?
Oui, la comparaison peut se faire. Comme aux échecs, il faut anticiper. On ne joue pas seulement son coup, on pense aussi au coup que l’adversaire pourra faire derrière. Il faut toujours avoir un temps d’avance.
Quelle place occupent le mental et la gestion de la pression dans les moments importants ?
Le mental est essentiel. Je dirais qu’il représente environ 40 % de la réussite. Même à haut niveau, savoir gérer la pression, rester concentré et garder son calme peut faire la différence. La tactique fait aussi partie de ce mental. Après, il y a une part de réussite, environ 20 %, qui peut influencer une partie.
Un bon joueur est-il celui qui possède le meilleur geste technique ou celui qui sait mieux lire le jeu ?
Ce n’est pas forcément celui qui a le plus beau geste. La technique est importante, bien sûr, mais un joueur doit surtout savoir réfléchir, analyser et s’adapter. Quelqu’un qui comprend le jeu peut parfois faire la différence.
La pétanque permet-elle de développer des qualités comme la concentration, la patience ou la prise de décision ?
Oui, totalement. Il faut beaucoup de patience et de concentration. Pendant une partie, il faut réussir à rester dans sa bulle malgré ce qui se passe autour. Il peut y avoir du bruit, des discussions, de la pression, mais il faut rester focalisé sur son objectif.
À haut niveau, est-ce que les détails font vraiment la différence ?
Oui, absolument. Comme dans beaucoup d’autres sports, il ne faut rien laisser au hasard. On ne peut pas arriver simplement, lancer quelques boules et espérer gagner. Il faut une préparation, du travail et une vraie rigueur.
La pétanque évolue aussi avec de nouvelles pratiques, notamment auprès des jeunes. Est-ce important pour l’avenir de la discipline ?
Oui, c’est une bonne chose. Il y a des initiatives qui permettent de moderniser l’image de la pétanque, notamment avec des formats plus jeunes ou plus spectaculaires comme la pétanque freestyle. Ça permet de toucher un nouveau public.
La pétanque est aussi un sport ouvert à tous…
C’est justement une de ses forces. Elle peut être pratiquée par tout le monde, par les femmes comme par les hommes, par différentes générations. Mais il faut aussi reconnaître qu’il existe une différence entre la pratique loisir et la haute compétition, qui demande un autre niveau d’investissement.
Justement, la pétanque manque-t-elle encore de structures comme on peut en trouver dans le football ou le tennis ?
Oui, c’est une difficulté. Dans d’autres sports, il existe des divisions, des niveaux bien organisés. En pétanque, il n’y a pas encore vraiment ce système avec des catégories comparables à la Ligue 1 ou la Ligue 2. Tout le monde peut se retrouver confronté à tout le monde. Avec davantage de licenciés et plus de développement, cela pourrait évoluer.
Vous évoquiez aussi le parcours de Tanguy Penin, que vous avez contribué à lancer et qui est devenu une figure de la pétanque sur les réseaux sociaux, notamment depuis la période du Covid. Quel regard portez-vous sur son évolution ?
C’est une vraie satisfaction. Pendant le Covid, il a réussi à mettre en avant la pétanque d’une autre manière et à toucher un public qui ne connaissait pas forcément cet univers. Avec les réseaux sociaux, il est devenu un véritable ambassadeur de la discipline. C’est une bonne chose, car cela permet de montrer que la pétanque peut être moderne, dynamique et accessible à tous.
Est-ce important pour vous de voir la pétanque prendre cette nouvelle dimension ?
Oui, bien sûr. Quand des jeunes s’intéressent à la pétanque grâce à ces nouveaux formats, c’est très positif. Cela prouve que notre sport a encore beaucoup de potentiel. Il faut continuer à le faire évoluer tout en conservant ce qui fait son identité : la stratégie, la convivialité et le plaisir du jeu.































