À la tête de la Ligue de rugby des Pays de la Loire, Hugues Meillereux dresse un état des lieux ambitieux pour la discipline en 2026. Entre stabilisation des effectifs, essor du rugby loisir, maillage des zones rurales et volonté de structurer durablement la pratique féminine et l’élite jeune, le président détaille une feuille de route axée sur l’ancrage territorial et le rayonnement événementiel de la région.
L’an dernier, vous aviez évoqué une stabilisation autour de 11 000 licenciés. Où en est la Ligue aujourd’hui en termes d’effectifs ?
Au niveau des licenciés, nous n’en avons ni gagné, ni perdu. La situation est stable. Aujourd’hui, la croissance est principalement tirée par le rugby loisir. Nous revendiquons d’ailleurs pleinement cette dynamique, notamment à travers le rugby à 5 mixte, qui constitue un vrai levier de développement sur nos territoires. Notre objectif n’est pas uniquement de mettre l’accent sur le rugby élite, mais bien de promouvoir le « rugby pour tous », sous toutes ses formes.
Des formats de jeu comme le rugby à 10 sont-ils également en développement ?
Oui, le rugby à 10 se développe bien chez les jeunes et chez les féminines. Nous avons eu un très bon championnat féminin cette année, organisé de manière efficace et sans trop de forfaits. Le point de vigilance reste la catégorie des moins de 18 ans (F-18) féminines. Les effectifs sont faibles, ce qui entraîne des forfaits fréquents et de longs déplacements, car nous devons mutualiser les championnats avec les régions limitrophes, notamment la Bretagne. J’ai récemment constaté en Vendée des jeunes filles n’ayant pas joué de match depuis deux mois et demi. Nous réfléchissons donc à faire évoluer la forme du championnat pour ces catégories, peut-être en privilégiant des plateaux en triangulaire plutôt qu’un championnat classique.
La création d’antennes et d’écoles de rugby fait-elle partie des priorités pour cette année ?
Complètement. Nous avons une très belle dynamique de création d’antennes, surtout sur les zones considérées comme « blanches » par la cartographie de la Fédération Française de Rugby (FFR). Je pense à la Mayenne, au Haut-Anjou, ou encore au Sud-Vendée avec Fontenay le Comte qui fait un travail remarquable. Des clubs comme Segré, Bonnétable ou Château-Gontier dynamisent aussi leurs antennes, souvent dans des zones de revitalisation rurale. Nous avons également eu des créations en Sarthe, un territoire un peu carencé. En revanche, le développement est plus complexe sur la Loire-Atlantique lié déjà à un fort taux de maillage et de licencié.
Vous mentionnez la Loire-Atlantique. Est-ce le département qui porte le rugby régional ?
Oui, c’est évident. La Loire-Atlantique tire le rugby en Pays de la Loire pour plusieurs raisons : la densité de population, le fait que Nantes soit la capitale régionale, et la présence de clubs de haut niveau avec plusieurs clubs en Fédérale 3 mais surtout la présence du Stade Nantais, club leader de la région. C’est une vraie opportunité pour construire un projet pour la région et former les jeunes et les conserver pour jouer au plus haut-niveau. C’est pour cette raison que nous portons un projet commun qui rassemble tous les clubs de la région. Aujourd’hui la formation ligérienne est reconnue et beaucoup de jeunes saisissent des opportunités pour partir à Vannes ou La Rochelle. Nous devons donc nous appuyer sur une structure de formation avec le Stade Nantais et les CEL comme La Roche/Yon, Saint-Nazaire et Angers pour poursuivre le perfectionnement sportif. Cela crée une émulation et attire de nouveaux pratiquants. À cela s’ajoute le développement du CREF (Centre Régional d’Entraînement Féminin) et la mise en place du PERF FFR à l’horizon 2027/2028 qui doit devenir une structure de référence pour nos jeunes filles. C’est une priorité de notre mandature. La dynamique scolaire est très forte et va se développer la prochaine saison avec la formation des enseignants. La Vendée affiche également une dynamique de croissance positive. Les Comités Départementaux engagent également de nombreuses actions sur le reste du territoire en lien avec les POD, ce qui permet de compléter le schéma directeur de Développement. C’est une synergie efficace qui doit se concrétiser par de nouveaux licenciés.
Avec cette dynamique, le rugby parvient-il à mieux se faire connaître auprès des collectivités, notamment auprès des nouveaux élus municipaux ?
Les indicateurs sont positifs. La visite de Florian Grill, président de la FFR, il y a 15 jours a été un plébiscite auprès des élus locaux. Grâce à cette rencontre, nous avons validé un plan de formation pour les enseignants du primaire, soutenu par la DRAJES et le rectorat. Dans les municipalités, les maires répondent présent, comme à Châteaubriant où la ville s’est engagée concrètement dans une étude d’infrastructure. Toutefois, c’est à nous, élus de la Ligue et des clubs, d’aller porter nos projets, de convaincre et d’être acteurs de ce développement. Il faut porter des projets sociétaux, comme le TNQC ou le DSVE, qui intéressent énormément les collectivités car ils s’inscrivent dans une logique de service public.
Est-ce qu’une partie de ce développement passe par l’événementiel ?
Absolument. Les grands événements sont de véritables vitrines. Nous recevrons le 6 juin prochain les finales féminines nationales à La Roche-sur-Yon. Nous travaillons également avec les grands stades de la région (Nantes, Le Mans, Angers) pour accueillir des compétitions nationales ou internationales. Cela crée des grands instants sportifs qui font parler du rugby. Dans les années à venir, j’espère que nous pourrons accueillir des phases finales, comme des demi-finales de Top 14. Notre région est très attractive, avec une dynamique économique forte, ce qui renforce notre crédibilité pour organiser de tels événements.
Quels sont vos projets phares pour la suite de votre mandat ?
Nous avons deux axes prioritaires. Le premier, c’est le PERF (Pôle d’Entraînement Régional Féminin). Il me tient à cœur car les femmes sont très engagées dans la vie associative et je souhaite que la pratique féminine soit traitée au même niveau que la masculine. A titre personnel, je suis le papa d’une joueuse de rugby qui évolue à XV au SCO rugby. Je constate à chaque rencontre l’engouement et l’ambiance qui règne dans les collectifs féminins ; cela doit convaincre les dirigeants de clubs et de collectivité d’investir pour l’avenir de la pratique féminine et des infrastructures. Le second, c’est l’élite jeune. Nous voulons former nos jeunes sur le territoire plutôt que de les voir partir à 14 ans dans des clubs pros, ce qui les déracine prématurément. Nous avons mis en place le projet « Performance Élite » avec Michael Chenais, qui permet d’identifier et de suivre les potentiels partout dans la région, pas seulement dans les clubs élitistes.
Enfin, nous développons un volet international avec un partenariat avec la Fédération polonaise. Nous travaillons sur un projet « Erasmus Plus Sport » pour favoriser des échanges techniques, associatifs et sur l’arbitrage. Nous nous rendrons en Pologne en août prochain pour concrétiser ces échanges.



























