Burnout : reprendre le pouvoir sur soi-même et ses performances

Burnout : comment soigner et lutter contre ce mal du siècle ? C’est l’objectif que s’est fixé Jean-Denis Budin, il y a cinq ans, en créant avec des amis médecins le CREDIR et en proposant notamment une thérapie par le sport. Interview.

 

Comment vous est venue l’idée de créer le CREDIR ?
L’histoire commence il y a dix ans. À l’époque, j’ai 45 ans, je suis patron d’une entreprise, je voyage beaucoup, je subis beaucoup de décalages horaires. Plus ça va, et moins je trouve le sommeil facilement. Je dors moins, donc je travaille à la place. Un jour, je vais voir le médecin pour avoir des somnifères et ce dernier me met tout de suite en arrêt et m’annonce que je suis en train de faire un burnout. Ensuite, c’est la descente aux enfers : 6 mois sans travailler, j’accumule beaucoup de fatigue, et je ne retrouve plus toutes mes facultés de mémorisation. Je suis parti enseigner dans la Business School de Strasbourg. Cette expérience s’est très bien passée. Pour continuer à enseigner dans des grandes écoles, on m’a conseillé de faire un doctorat. Je me suis donc engagé dans un projet de thèse. Cette dernière, soutenue en juin 2012, portait sur les facteurs clés de succès dans l’échec. Au cours de celle-ci, j’ai croisé un coach d’athlètes de compétition qui m’a parlé de son métier. Avec des amis médecins, on a décidé de créer un centre, similaire à l’INSEP mais dédié aux professionnels en entreprise. C’est comme ça qu’est né le CREDIR en 2013.

 

Pourriez-vous nous expliquer ce qui est fait au CREDIR ?
Nous nous sommes basés sur le principe des centres sportifs avec notamment la présence de médecins, de coachs, de sportifs, de psychologues et de cadres dirigeants. Nous souhaitons y apporter une nouvelle approche face au burnout car souvent les thérapies sont longues (longs arrêts maladie, longues thérapies…). Nous essayons de sortir les gens au plus vite de cette « maladie » et d’éliminer les éventuels risques de rechute.

 

Quel effet a le sport dans ce processus ?
Notre thérapie par le sport suit trois étapes. Nous faisons en sorte de donner à nos participants des occasions de petites victoires au quotidien. On fournit à la personne des raisons de penser qu’il est capable de progresser. Nous travaillons d’ailleurs beaucoup avec les coachs pour faire des programmes permettant aux gens de reprendre confiance en eux grâce à des petites victoires quotidiennes sur eux-mêmes. Nous ne cherchons pas la performance mais plutôt l’optimisation des efforts et donc la progression. Par exemple, aller marcher tous les jours et ne pas mesurer le temps mais plutôt la longueur. Il s’agit de reprendre le pouvoir sur soi-même et sur ses performances. Dans nos stages, nous proposons tous les jours deux heures de sport. Nous fournissons aux participants des exercices à reproduire ensuite au quotidien. Ensuite, pour des gens qui sont déjà sportifs ou qui se sont remis au sport il n’y a pas si longtemps, on passe à des séances de sport un peu plus intensives de manière à modifier la sécrétion des neurotransmetteurs au niveau du cerveau pour leur procurer une situation de bien-être. Enfin, pour les gens qui ont été beaucoup exposés à la fatigue et au stress, les risques cardio-vasculaires induits peuvent être limités grâce à un sport d’endurance.

 

Existe-t-il une contre-indication ?
Il faut veiller à ne pas aller trop vite et reprendre en douceur. Car, pour une personne victime d’un burnout, une reprise intensive et trop rapide du sport peut engendrer des risques. Même s’il ne semble pas y avoir d’études scientifiques qui le prouvent irréfutablement, nous observons de nombreux pépins musculaires chez des personnes en pré ou post burnout. Le corps est fragilisé. Il faut privilégier des sports sans à-coups (VTT plutôt que vélo, natation plutôt que football, marche ou course plutôt que squash), etc.

 

Combien de personnes avez-vous sur ces stages ?
De six à douze. Nous privilégions les petits comités car nous faisons beaucoup d’entretiens individuels au cours des trois jours de stage. À noter que tous les entretiens sont retranscrits. Nous avons donc une base de données de 35 000 pages sur les retours d’expérience de personnes en burnout.

 

Quels sont les cœurs de métiers plus représentés ?
Au début, nous avions beaucoup de cadres d’entreprises classiques. Mais maintenant, nous avons énormément de profils différents (boulanger, avocat, infirmière, ouvrier…).

Par Laurence Thery
Crédit photo : CREDIR
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