Après plus de vingt ans passés auprès de sportifs de haut niveau, Aurélien Broussart-Derval a vu la préparation physique se transformer avec l’évolution des connaissances scientifiques. Du travail cardiovasculaire aux qualités de force et de mobilité, le préparateur physique revient sur les nouvelles approches qui permettent aux coureurs de progresser plus efficacement.
Après plus de vingt ans d’accompagnement auprès de sportifs de haut niveau, comment votre vision de la préparation physique a-t-elle évolué, notamment pour les coureurs ?
Elle a évolué en parallèle des avancées scientifiques. Au début de ma carrière, j’étais très concentré sur les aspects métaboliques et cardiovasculaires. J’accordais moins d’importance aux qualités neuromusculaires, notamment au développement de la force. Aujourd’hui, la force occupe une place centrale dans les recherches en sciences du sport et dans la performance. Cette évolution s’est progressivement diffusée vers les pratiquants amateurs, que ce soit dans une logique de loisir ou de santé.
Ma perception a aussi changé concernant la mobilité. Comme je viens des sports de combat, ces notions étaient naturellement intégrées dans ma pratique. En revanche, en découvrant davantage la course à pied, j’ai réalisé que beaucoup d’athlètes avaient besoin d’une véritable éducation au mouvement et au contrôle moteur.
Vous avez travaillé avec des champions olympiques et différentes équipes nationales. Que retenez-vous de ces expériences au plus haut niveau ?
J’ai appris qu’il existe plusieurs chemins vers la performance. Il n’y a pas une seule méthode universelle. Certains systèmes misent sur une individualisation maximale, en analysant précisément les qualités et les faiblesses d’un athlète pour exploiter son potentiel. D’autres reposent davantage sur la force du collectif, avec une culture de l’entraînement partagé et une recherche de cohésion. Des approches très différentes peuvent donc produire des champions.
J’ai aussi constaté une différence culturelle importante dans la manière d’aborder l’entraînement. Dans nos sociétés occidentales, nous recherchons souvent la variété, le plaisir et des séances stimulantes. À l’inverse, certaines cultures sportives privilégient davantage la régularité et la répétition de ce qui fonctionne. C’est presque une vision hygiéniste de la pratique : on entretient son corps comme on entretient une habitude quotidienne.
La musculation est aujourd’hui très présente chez les coureurs. Est-elle devenue indispensable ?
Je suis un peu plus nuancé que certains discours actuels. On entend parfois qu’un coureur qui ne fait pas de renforcement prend forcément des risques ou ne peut pas progresser. Pourtant, pendant des années, des records ont été battus avec très peu de musculation. Les meilleurs marathoniens actuels ne consacrent d’ailleurs pas tous une grande place au travail de force. En revanche, les preuves scientifiques sont solides : la force peut améliorer la performance, l’économie de course, la technique et la prévention des blessures.
Je dirais donc qu’elle n’est pas forcément obligatoire pour être coureur, mais qu’elle est fondamentale pour l’être humain. C’est une qualité essentielle à entretenir, au même titre que les capacités cardiovasculaires.
Quelles erreurs observez-vous le plus souvent chez les coureurs ?
Le principal problème est souvent un manque de culture technique. Certains coureurs ont bénéficié d’une formation athlétique, avec un apprentissage du mouvement, des appuis et de la coordination. D’autres commencent directement la course à pied sans avoir travaillé ces bases. On retrouve alors peu de mobilité, peu de travail de pied et peu d’attention portée à la qualité de la foulée. Beaucoup se concentrent uniquement sur l’endurance cardiovasculaire et mentale, alors que la course reste un geste technique.
Deux coureurs peuvent avoir une capacité physique similaire, mais celui qui possède une meilleure économie de course sera souvent plus performant. C’est aussi là que la force intervient : elle améliore la capacité à produire et restituer de l’énergie, ce qui permet de courir plus efficacement.
Faut-il forcément courir davantage pour progresser ?
Le volume reste un facteur important. À un certain niveau, courir plus peut permettre de progresser. Mais ce n’est pas toujours la première priorité. Souvent, la fréquence d’entraînement est plus efficace. Faire trois séances courtes dans une semaine peut être plus bénéfique qu’une seule sortie longue. Chaque séance permet de solliciter son métabolisme, mais aussi de travailler ses appuis, sa foulée et ses automatismes. La progression ne dépend donc pas uniquement du nombre de kilomètres parcourus.





























