Ancien éducateur de Bradley Barcola à l’Olympique lyonnais, Amaury Barlet a accompagné l’international français à plusieurs étapes clés de sa formation. De la préformation à son entrée au centre de formation, il a vu éclore un joueur devenu aujourd’hui incontournable au PSG et en équipe de France. Pour SportMag, il revient sur les qualités qui ont fait la différence chez Barcola.
Quand Bradley Barcola est arrivé dans votre groupe, quel a été le premier élément qui vous a fait penser qu’il avait un potentiel particulier ?
Je l’ai d’abord entraîné en U12 puis en U13, avant de le retrouver en U16 lors de son entrée au centre de formation. Ce qui sautait immédiatement aux yeux, c’était sa capacité à marquer. Bradley était un véritable buteur. À l’époque, il évoluait comme avant-centre et inscrivait énormément de buts. Par la suite, nous avons réfléchi à son évolution. Nous savons que très peu d’attaquants de pointe issus du centre sont lancés directement à ce poste chez les professionnels. On l’a vu avec Karim Benzema, Alexandre Lacazette ou d’autres. Nous avons donc choisi de le développer sur les côtés, notamment comme ailier à faux pied.
Malgré cette évolution, nous avons toujours voulu préserver ce qui faisait sa force : ses appels dans la profondeur. C’est une qualité fondamentale. Les joueurs capables d’attaquer les espaces transforment le jeu d’une équipe, que ce soit pour être servis ou pour libérer des espaces à leurs partenaires.
Comment décririez-vous Bradley Barcola sur le plan humain durant sa formation ?
C’était un garçon passionné par le jeu et extrêmement compétiteur. Il exprimait peu ses émotions devant les autres, mais je me souviens qu’à l’entraînement, lorsqu’il perdait un exercice ou un petit match, il pouvait être très affecté. Il lui arrivait même d’avoir les larmes aux yeux tellement il voulait gagner. Il entretenait également des liens très forts avec les joueurs de sa génération, notamment avec Castello Lukeba. Ces relations humaines ont aussi participé à leur progression.
Était-il déjà un leader ?
C’était plutôt un garçon discret. Il ne cherchait jamais à s’imposer par la parole. En revanche, ses coéquipiers le considéraient naturellement comme un leader parce qu’il était décisif. Son leadership passait par ses performances.
Quels aspects de son jeu avez-vous particulièrement travaillés avec lui ?
Sa formation s’est construite par étapes et chaque éducateur lui a apporté quelque chose. Pour ma part, j’insistais beaucoup sur la capacité des joueurs offensifs à casser des lignes. Aujourd’hui, dribbler un adversaire ne suffit plus. Il faut être capable de déséquilibrer tout un bloc, que ce soit par le dribble, la conduite de balle, les appels ou les passes. Bradley possédait déjà cette aptitude. Il savait éliminer plusieurs joueurs, créer des décalages et mettre l’adversaire en difficulté. C’est une qualité que l’on retrouve encore aujourd’hui dans son jeu.
Y a-t-il eu un véritable déclic dans sa progression ?
Oui. Son arrivée au centre de formation a constitué une étape importante. En U16, il affrontait des joueurs plus âgés et il a connu quelques mois plus compliqués. Son corps évoluait, il grandissait, perdait parfois ses repères techniques et moteurs. Il fallait lui redonner confiance. À partir de l’hiver, il a retrouvé toutes ses sensations et a franchi un cap. Ensuite, le véritable tournant est évidemment arrivé lorsqu’il a obtenu sa chance avec l’équipe première.
On évoque souvent sa vitesse et sa capacité à éliminer. Quelle qualité vous paraît encore sous-estimée ?
Je pense que son potentiel de buteur est encore sous-estimé. Certains soulignent aujourd’hui son manque d’efficacité, mais il faut aussi regarder le nombre d’occasions qu’il se crée. C’est exceptionnel. Il évolue actuellement dans un système qui lui convient parfaitement comme ailier gauche. Mais je suis persuadé que dans un système à deux attaquants, il serait également très performant grâce à son intelligence dans les déplacements et sa coordination avec un partenaire offensif.
Quel est aujourd’hui votre plus grand motif de fierté en le voyant briller au plus haut niveau ?
La première fierté, c’est d’avoir eu la chance de l’accompagner durant sa formation. Bradley est un garçon exemplaire. Je suis parfois gêné par certaines critiques qu’il a pu recevoir après son départ de Lyon, car c’est vraiment un très bon garçon.
Plus largement, tous les joueurs de cette génération qui ont atteint le très haut niveau avaient un point commun : ils évoluaient dans un environnement familial extrêmement sain. Les parents, les éducateurs, l’école et le centre de formation tenaient tous le même discours. Cette cohérence est essentielle dans la construction d’un jeune joueur. Bradley, comme Malo Gusto, Rayan Cherki, Castello Lukeba ou Maxence Caqueret, a bénéficié de ce cadre, et cela a largement contribué à leur réussite.



























