Entre épisodes climatiques intenses, fragilité économique des clubs de Nationale et réflexion sur une refonte profonde des compétitions, le vice-président de la Fédération Française de Rugby (FFR) livre un état des lieux sans détour. Alors que les phases finales approchent, Xabi Etcheverry détaille les chantiers prioritaires de l’instance pour garantir l’équité et la pérennité du rugby français.
Quelles sont les priorités actuelles de la FFR concernant les compétitions ?
Les priorités demeurent les mêmes. La première est que les matchs se jouent. La deuxième, bien sûr, est de veiller au bon déroulement de toutes les compétitions. Enfin, la troisième est que l’équité entre tous les clubs soit respectée, puisque la FFR, en tant qu’organisatrice, en est la garante.
Cette année, concernant la tenue des rencontres, nous aurons malheureusement un nombre plus conséquent de matchs qui se joueront en péréquation, c’est-à-dire qui ne seront pas disputés. Cela s’explique par les épisodes climatiques très forts de cet hiver qui ont entraîné de nombreux reports. C’est une problématique récurrente face à laquelle nous avons peu de leviers, si ce n’est de travailler sur les dates de repli dans le calendrier.
Nous avions déjà ajouté des dates de repli à tous les niveaux et nous planchons sur la construction des calendriers de la saison prochaine pour tenter d’en intégrer une supplémentaire, au moins en Fédérale 2. C’était le premier point. Le second concerne une hausse préoccupante des forfaits des équipes « réserves » lors des déplacements. C’est un sujet qui nous interpelle depuis quelque temps et sur lequel nous travaillons actuellement.
Est-ce qu’il y a justement des échanges réguliers avec les différentes ligues partout en France concernant l’organisation des compétitions ?
Pour le coup, je parlais principalement des championnats gérés par la Fédération dès les phases qualificatives. Il faut savoir que tous les championnats régionaux sont gérés par les ligues durant cette phase. La gestion revient à la FFR à partir des phases finales, qui débuteront d’ailleurs très prochainement, début mai.
Justement, concernant ces phases finales, comment la FFR décide-t-elle d’attribuer telle ou telle organisation à une ligue ? Chaque ligue doit-elle organiser une compétition par an ? Comment se passe l’attribution ?
La FFR décide de la ligue qui organise le match. Les phases finales de niveau régional se déroulent sur terrain neutre. Une fois le tableau établi, la FFR désigne pour chaque rencontre une ligue organisatrice en privilégiant celle susceptible de recevoir le match à équidistance des deux clubs. Il revient ensuite à la ligue de désigner le terrain précis. C’est le même principe concernant les phases finales des championnats fédéraux.
Dès le début des phases finales, une commission composée de salariés de la FFR et d’élus référents de chaque ligue se réunit chaque semaine. Ils font le point sur les terrains et les matchs sur terrain neutre du week-end suivant, tout en dressant le bilan du week-end écoulé.
Outre l’organisation, la compétitivité est un sujet majeur. Quel bilan en tirez-vous cette année, notamment pour la Nationale 2 qui est récente ? Observez-vous une évolution du niveau, même en régional ?
De façon générale, on s’aperçoit que le niveau de jeu augmente à tous les échelons. C’est le fruit de l’évolution des règles, mais aussi de la qualité de la formation. De plus en plus d’éducateurs et d’entraîneurs sont désormais diplômés et proposent de meilleures pédagogies aux joueurs. Cette formation accrue, couplée à des règles qui favorisent un rugby plus dynamique, porte ses fruits quel que soit le niveau.
Concernant la compétitivité des divisions, le point majeur cette année se situe au niveau de la Nationale. Le championnat a été scindé en deux, avec un groupe de tête où les six premiers se sont détachés très rapidement. Nous connaissons leur identité depuis plusieurs journées, même si le classement final reste à déterminer pour les phases finales. En revanche, le bas du tableau a été tronqué par les forfaits généraux de Tarbes et de Niort. De fait, il n’y a plus eu de lutte pour le maintien ni de descentes sportives.
Aujourd’hui, la formule des championnats est-elle amenée à rester la même ou souhaitez-vous la faire évoluer dans les années à venir ?
Concernant la Nationale se pose clairement la question de maintenir un format en poule unique. À titre personnel, je n’y suis pas favorable. Il y a donc une vraie réflexion sur un remodelage de la pyramide des compétitions pour les saisons futures. Nous sommes en plein cœur du processus. J’ai présenté un projet qui n’est pas encore validé à ce jour. Laissons le temps au temps pour voir s’il aboutira.
Quelle est la priorité du projet que vous avez présenté ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas aujourd’hui ?
Sans entrer dans les détails, la Nationale pose véritablement problème aujourd’hui avec des « crashs » successifs de clubs : nous en dénombrons six en quasiment trois ans. Ce n’est bon ni pour les clubs et leurs membres, ni pour la compétition, ni pour l’image du rugby. C’est un sujet clair. Cependant, ce niveau de compétition est lié à l’ensemble de la pyramide car tout est imbriqué. Nous travaillons durement sur cette cohérence globale.
Concernant les divisions Régionale 1 à Régionale 3, y a-t-il une volonté d’harmoniser les règlements entre les différentes ligues ?
Un gros travail a déjà été effectué sur l’harmonisation de la structure des règlements sportifs, qui est désormais identique pour toutes les ligues. Ce projet a été co-construit entre les services de la FFR et les ligues. Toutefois, il faut laisser une marge de manœuvre aux ligues pour qu’elles puissent s’adapter aux spécificités de leur territoire. Personne ne connaît mieux son terrain qu’une ligue. L’objectif final reste commun : développer le rugby partout, que ce soit une terre de tradition ou un territoire en développement, même si les moyens diffèrent.
Les ligues auront-elles leur mot à dire sur la redéfinition de cette pyramide des compétitions ?
Sur ce point précis, je parlais des règlements de ligue. Concernant la pyramide des compétitions, il s’agit de la pyramide fédérale. Bien sûr, nous échangeons avec elles et nous les tenons informées — j’ai encore eu une réunion à ce sujet hier ou avant-hier — mais le remodelage concerne spécifiquement l’échelon fédéral.
Quel est l’objectif final de ce remodelage ? Est-ce d’éviter les forfaits comme ceux de Niort ?
Ce remodelage n’est pas encore acté, un statu quo reste possible. Si cela avance, les objectifs sont de quatre ordres :
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Dégonfler la bulle financière actuelle. La structure des compétitions ne fera pas tout, mais elle doit y contribuer.
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Clarifier la sémantique : l’usage simultané des termes « National » et « Fédéral » pour désigner des réalités proches crée une ambiguïté.
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Réduire le nombre de niveaux : le rugby fédéral en compte plus que n’importe quel autre grand sport collectif.
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Engager des réflexions collatérales sur les réglementations sportives.
Pour l’instant, ce ne sont que des pistes et un projet sur la table. Rien n’est décidé, je ne peux donc pas encore vous confirmer l’option qui sera retenue.
À quel moment cela pourra-t-il se décider ? Est-ce prévu pour cette année ?
J’ai envie de vous répondre que nous espérons aboutir le plus rapidement possible.




























