Jérémie Ribourel : « J’espère que l’EuroVolley sera un coup de projecteur »

Malgré les belles performances de l’équipe de France, le volley français peine à briller au niveau des clubs sur la scène européenne. Si la première décennie du XXIe siècle a été synonyme de succès (Tours et Paris vainqueurs de la Ligue des champions), depuis, les équipes françaises peinent à rivaliser avec Russes, Italiens et Polonais. Jérémie Ribourel, président de Narbonne Volley, évoque le travail qui doit être effectué par les clubs français pour réussir à se développer.

 

Comment expliquez-vous les difficultés des clubs français en Ligue des champions ?
Ce sont les mêmes explications que pour le football. C’est forcément un problème de moyens, puisqu’il faut des bons joueurs pour gagner la Ligue des champions, les meilleurs joueurs vont à Kazan, et Kazan, sur les quatre dernières Ligues des champions, ils en ont gagné trois. CQFD. Je pense que ce sont les moyens des clubs en Europe qui ont augmenté. La Russie n’existait pas il n’y a pas très longtemps et elle s’est vraiment développée sur le volley. Ils ont les moyens, ils ont les infrastructures et ils aiment ça. C’est pour ça que ça marche.

 

Un club français est donc incapable de la gagner à court terme ?
Alors, on peut faire de bons parcours en Ligue des champions, ce qui est arrivé, notamment avec Chaumont l’année dernière qui n’a pas fait un vilain parcours. Mais pour aller la gagner, il faut d’abord l’effectif, il faut une qualité qu’on ne peut pas se payer en France, pour toutes les raisons que vous connaissez dans les autres sports, comme les charges sociales. Et il ne faut pas oublier que le volley n’est pas le sport numéro 1 en France. Loin de là. À côté, il y a des pays comme la Pologne où c’est le sport numéro 1 ou 2 avec le football. En Italie, le volley a un peu le même positionnement que le rugby en France. Il y a la Russie aussi, beaucoup de pays de l’Est. En France, le volley ne fait pas partie des sports les plus populaires, donc on doit faire avec nos budgets. Ça viendra peut-être petit à petit. Il faut des résultats pour l’équipe de France, il y a eu l’Euro de volley à domicile, j’espère que ça va donner un coup de projecteur. Personnellement, je pense que ça passe par le succès des clubs dans leurs villes respectives. Ça ne sera pas suffisant pour gagner la Ligue des champions, mais au moins pour exister.

 

Que faire pour que le volley s’en sorte mieux en France ?
Franchement, il faut déjà qu’on remplisse nos salles. Il faut qu’on ait des belles salles et qu’on les remplisse. C’est le cas de Tours, de Poitiers… Il y a quelques clubs qui ont de belles salles, après certains les remplissent, d’autres non. Ça dépend des efforts que l’on fait. Nous, on va pouvoir le tester, puisqu’on va nous livrer une salle de 3 500 places. Narbonne n’a pas encore accédé au niveau européen, on espère que ce sera le cas avec notre nouvelle salle qui sera livrée au mois de janvier. Elle va nous permettre d’avoir plus de public et donc plus de ressources. Les ressources du volley, ce ne sont pas les droits TV, ce sont les événements que vous produisez, c’est votre salle. On avait une petite salle jusqu’à maintenant, on n’avait pas vraiment la possibilité d’augmenter notre budget. Ça va pouvoir évoluer.

 

« Qu’on remplisse nos salles »

 

Les droits TV, vous avez tiré un trait dessus ?
Il y a eu beaucoup d’attentes pour les présidents de clubs de volley sur les droits TV, je crois qu’on a accepté qu’on n’en aura pas. On s’est retourné et on s’est demandé : comment on fait ? On a des salles, et si on a une grande salle comme ça va être le cas en janvier, comme pour Chaumont, on peut commencer à chercher des ressources pour avoir une meilleure équipe. C’est notre seul salut. De se focaliser sur l’événement qu’on est capable de créer. Notre salle fait 400 places assises, on monte à 600 avec les gens debout. Autant vous dire qu’on était au taquet. C’est pour ça qu’on attend patiemment la nouvelle. Après, remplir 3 500 quand vous venez de 400, on se prépare à faire un show à l’américaine, avec musique, danseurs. Vraiment un truc où les gens passent un beau moment, pour aller chercher de la clientèle au-delà du volley-ball. Des gens qui veulent passer une bonne soirée un samedi soir, s’amuser en famille.

 

Les charges sociales sont-elles un vrai problème pour le volley ?
Je pense que ce qui peut faire la différence, ce serait qu’un jour ou l’autre, l’Etat français se penche sur le problème des charges sur les salaires. La carrière d’un sportif est très différente d’un salarié lambda. Donc il n’y a pas de raison de payer autant de charges. Mais ça, c’est le problème du foot depuis très longtemps. Vous avez dû voir que le PSG paye plus de charges sociales que toute la Liga réunie.

 

Les instances, comme la LNV, travaillent-elle assez avec les clubs ?
Je peux vous en parler puisque je suis au comité directeur et au bureau depuis un an. Je vois ce qui est fait. Le problème c’est qu’on n’a pas de moyens. Quand vous n’avez pas de droits TV, la Ligue elle a quoi ? Un peu de naming, l’adhésion des clubs, les droits d’engagement, et c’est son seul budget. Le budget qu’elle met, c’est pour organiser le championnat, faire respecter les règlements et essayer de faire un peu de com, mais c’est limité. C’est dommage parce que c’est un beau sport de salle, spectaculaire quand on va le voir. Ça ne marche pas bien à la télévision, ça ne plait pas trop aux télévisions parce que c’est un format comme le tennis. On ne sait pas quand le match se termine, donc c’est difficile à intégrer dans votre grille de programmes. Ça a été le souci avec L’Equipe TV. Qu’on ait du succès dans nos salles, et peut-être que ça attirera les télévisions.

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Propos recueillis par Simon Bardet
Crédit photo : Icon Sport
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