Claude Atcher : « France 2023 doit avoir du sens pour tous les Français »

Dans 4 ans, la France accueillera la Coupe du monde de Rugby avec une ambition sociale forte, portée dès son dossier de candidature. Claude Atcher, Directeur Général de France 2023, nous présente cette vision et les démarches déjà entreprises pour amplifier l’impact social de l’événement.

 

Vous avez plusieurs fois rappelé votre ambition de donner du sens au projet France 2023. Pour quelles raisons ?
En 2007, j’étais déjà aux commandes de l’organisation de la Coupe du monde de Rugby en France. L’une des différences majeures que je perçois entre cette édition et celle que nous préparons tient à son acceptabilité sociale. En 2007, nous nous étions concentrés sur l’organisation du tournoi, sur les aspects marketing, la billetterie… Mais la question de sa raison d’être ne s’est jamais posée. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, à partir du moment où vous avez la responsabilité d’organiser un grand événement sportif, il est capital que cet événement soit acceptable et accepté par la population. Pour cela, il faut être exemplaire. Les dimensions sociales, environnementales et économiques sont aujourd’hui liées. Si l’on veut être exemplaire, il faut avoir une stratégie. Nous partagerons la nôtre ces prochains jours, par le biais d’un manifeste sur notre vision et notre ambition pour 2023.
L’objectif de départ est simple : être acteur de la société et contribuer à faire de cet événement un moteur pour la société de demain. Nous n’avons pas la prétention de changer la société, juste l’ambition de dire que l’on s’inscrit de manière temporelle et territoriale dans la vie des Français. En partant de là, nous voulons (re)créer du lien social et toucher les différents territoires. On va faire en sorte que notre projet soit accessible à tous, sans discriminations, dans le respect de l’autre. Nous voulons en faire un événement unique et différent, porteur de sens. La particularité de la Coupe du monde de Rugby tient à ce qu’elle va se jouer dans 10 villes différentes. Pendant un mois et demi, les équipes vont être logées dans des camps de base répartis dans 53 autres villes. C’est un événement qui va concerner tout le monde. Si l’on veut qu’il soit accepté par tous, il faut faire en sorte qu’il soit utile et qu’il permette de faire la fête partout en France, car le rugby n’est pas un sport qui engendre la mélancolie.

 

« Mesurer l’impact de nos actions »

 

Comment comptez-vous traduire cette vision ?
En apportant la preuve de nos engagements. Nous travaillons par exemple d’ores et déjà avec le Ministère de l’Éducation Nationale sur la mobilisation de 15 000 jeunes, afin qu’ils apprennent et qu’ils chantent les hymnes de chacune des équipes qui participeront aux rencontres. Dans le rugby, c’est toujours un moment spécial, plein d’émotion. C’est la fierté de représenter son pays. L’idée ce n’est pas seulement d’apprendre les hymnes, mais aussi de travailler en amont sur la géographie du pays, son histoire, sa culture, sa musique, sa situation économique… C’est de permettre aux jeunes de s’approprier pleinement le contexte du pays le jour où ils pénétreront sur la pelouse aux côtés des joueurs. Nous avons aussi créé un fond de dotation, « Rugby au cœur », qui permet de financer et de soutenir des associations ou des projets à caractère social et environnemental. Avec les organes déconcentrés de la fédération, nous avons mis en place des Comités Locaux de Coordination (CLC), qui regroupent sur chaque territoire les acteurs sportifs, économiques et politiques et qui suivront le lancement et l’évaluation des actions éducatives ou sociales soutenues à travers le fond de dotation et/ou par les collectivités locales et les partenaires privés. Nous travaillons aussi avec le ministère du Travail pour mobiliser 2 023 apprentis, mis à la disposition des clubs pour faire un état des lieux des pratiques et préparer l’accueil de nouveaux licenciés et de nouveaux publics. Ces exemples font partie de nos engagements en matière d’impact et d’héritage. D’ailleurs, France 2023 étant un groupement d’intérêt public, avec une mission d’intérêt général, l’ensemble des bénéfices engendrés seront redistribués au profit d’actions de développement.

 

 

En juin dernier, vous avez entrepris une démarche de concertation sur l’impact social de la Coupe du Monde, en étant accompagné par notre Think tank. Pourquoi de telles réunions et que retirez-vous de ces échanges ?
C’est d’abord une démarche très originale. Nous sommes l’un des premiers événements sportifs à s’engager de la sorte. On a voulu très tôt mettre en place des actions de concertation avec les acteurs économiques, politiques et sportifs pour, déjà, identifier leurs attentes. Avec Sport et Citoyenneté, nous avons conduit quatre tests dans quatre régions différentes (Lille, Marseille, Toulouse et Nantes). Ces échanges nous permettront de construire la phase d’après : comment, en fonction des attentes et des particularités de chaque territoire, construire des actions utiles et qui ont du sens ?

 

Le rugby est un sport populaire, mais son image a quelque peu souffert ces dernières années. Comment France 2023 peut-il aider au développer du rugby sous toutes ses formes ?
Le premier enjeu, c’est de rééquilibrer l’image, en s’appuyant sur les vertus de ce sport. Le rugby est né il y a 200 ans d’un geste plein d’initiative de William Webb Ellis se saisissant du ballon à pleine main lors d’un match de soule. Dès le départ, ce geste a donné un sens à ce sport, ce qu’ont confirmé par la suite de nombreux événements (la Coupe du Monde de Rugby en Afrique du Sud par exemple, avec l’entrée dans le stade de Nelson Mandela vêtu du maillot et la casquette des Springboks). Avec l’avènement du professionnalisme, du sport-spectacle, de l’argent… le rugby s’est retrouvé en déséquilibre par rapport à ses vertus initiales. L’ambition de la Coupe du Monde est de redonner à ce sport la place qu’il mérite dans la société, d’aller vers de nouveaux publics et d’engager de nouveaux pratiquants. La perception du rugby chez les Français est beaucoup plus forte dans les tranches d’âges supérieures. Il s’agit d’un enjeu fort. Un autre est de recréer de la proximité entre les joueurs et les supporters, ce qui fait défaut aujourd’hui. Il faut également profiter de la Coupe de Monde pour montrer que le rugby n’est pas un sport dangereux, contrairement à l’image qu’il renvoie parfois. Il nous faut rappeler les vertus éducatives du rugby et les incarner dans des projets concrets.

Plus d’informations sur www.rugbyworldcup.com/france2023

Article issu de la revue Inclusion par le sport de Sport et Citoyenneté, partenaire de SPORTMAG, à consulter en intégralité sur www.sportetcitoyennete.com.

Crédit photo : Icon Sport
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