L’ITW de la semaine – Patrice Martin : « Recréer cette unité du sport »

Légende du ski nautique et président de la fédération française, Patrice Martin (56 ans) a dédié sa vie à son sport. Entretien avec le candidat au poste de président du CNOSF.

 

Quand on s’intéresse à l’histoire du sport français, impossible de passer à côté de la carrière de Patrice Martin. Entre 1978, l’année de ses 14 ans, et 2001, date de sa fin de carrière, le Nantais s’est construit un palmarès hors-norme avec 12 titres de champion du monde et 26 records du monde. Dès 1986 alors qu’il est encore en activité, Patrice Martin endosse un rôle de dirigeant fédéral. Depuis 2009, il est président de la fédération française de ski-nautique et de wakeboard. Sans compter ses engagements à l’international. En 2021, il a décidé de briguer le poste de président du Comité national olympique et sportif français.

 

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière de sportif ?

Avoir rencontré le Pape Jean-Paul II ! Cela peut faire sourire parce que ce n’est pas une action sportive. Si je n’avais pas fait de sport, si je n’avais pas participé aux championnats d’Europe en Italie en 1979, je ne l’aurais jamais rencontré. J’avais été présenté juste avant les finales. Je m’échauffais le long de la route. Après avoir fait la messe, il remontait en voiture jusqu’à sa demeure. Il s’est arrêté, m’a salué et m’a parlé deux minutes. Un moment privilégié de sportif. Je l’ai revu à plusieurs reprises, dont la dernière fois 16 ou 17 ans plus tard.

 

C’est la preuve que, grâce au sport, tout est possible…

Dans la vie, tout est possible. Il suffit d’y croire, de se préparer, d’avoir un but atteignable. Rêver d’être champion du monde se construit par étape. On devient le meilleur de son club, de son département puis de sa région… Il y a des rêves d’un côté et des objectifs de l’autre. L’objectif est quelque chose qu’on doit pouvoir atteindre.

 

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De ma famille. Qu’on soit arrivés avec mon épouse à construire une famille avec nos valeurs, malgré les aléas de la jeunesse et le fait de ne pas toujours être là à cause des compétitions. Aujourd’hui, j’apprécie qu’on soit soudés. On a tous nos différences mais on arrive à construire quelque chose de fort avec ça.

 

Vous avez remporté des titres majeurs très jeune et pendant toute votre carrière. Pensez-vous qu’il est encore possible pour un sportif de réaliser un parcours comme le vôtre ?

Il existe des cycles, comme dans la vie. A l’époque où je suis arrivé, il y avait une fin de cycle d’athlètes qui ont permis que ce soit possible en étant jeune de réussir. Je n’étais pas le seul. On était trois de la même génération à avoir éclos au même moment. J’ai eu des adversaires tout au long de ma carrière. Cela se reproduira à un autre moment, dans d’autres sports. Dans le ski nautique, nous sommes dans une période où c’est peut-être en train d’arriver. Alors pas à 15 ans mais plutôt 16 ou 17 parce que la technique fait qu’il faut être un peu plus développé physiquement. On n’attendra pas qu’ils aient 24 ans pour découvrir ces jeunes champions.

 

Avant même la fin de votre carrière, vous avez décidé de vous engager dans les instances fédérales de votre sport. Pourquoi avoir fait ce choix ?

A l’époque, la raison n’était pas liée avec une volonté de devenir président de la fédération. C’était pour représenter les athlètes. Comme on peut le voir aujourd’hui avec la présence de deux athlètes de haut niveau au sein des instances dirigeantes des fédérations. C’est écrit dans la loi. J’avais envie de représenter la communauté des athlètes. Quand j’étais dans ces réunions et je proposais des choses, on me répondait qu’il fallait que je me concentre sur ma pratique et que je ne m’occupe pas de la politique et de l’argent. J’étais mis sur le côté. Ce n’était pas méchant mais c’était un autre monde qui ne sera pas acceptable aujourd’hui. Néanmoins, ces sujets m’intéressaient. Quels moyens avait-on ? Quels leviers pouvait-on utiliser ? Comment pouvait-on transformer certaines choses ? Je sentais l’envie de certains clubs des petites villes de développer la pratique sans avoir toujours les moyens. L’idée était de créer une sorte de réseau et de l’accompagnement au travers de cet engagement.

 

Vous êtes président de la fédération française de ski nautique et de wakeboard depuis 2009. Qu’est ce qui anime, chez vous, cet engagement sur le long terme ?

A l’époque, la fédération était fatiguée, moribonde, financièrement acculée. Il fallait faire quelque chose pour lui redonner un nouveau souffle. Il a fallu nettoyer, fermer les vannes pour faire des économies afin de repartir sur de bonnes bases et que la fédération devienne rentable. Ensuite, quand les subventions des collectivités représentent 50% du budget, on est dépendant de l’Etat. Il faut se libérer de cette dépendance pour aller vers l’autonomie en créant de nouveaux moyens et des nouvelles entrées financières. Le triptyque affiliation, licence, aide de l’Etat a ses limites. Avant même la crise sanitaire, il y avait une érosion du nombre de licences dans beaucoup de fédérations. L’Etat n’a plus les mêmes moyens. Au niveau de la fédération, on a créé notre centre technique national avec un centre d’entraînement et de formation. On s’est mis pleinement dans la formation grâce à l’expertise de nos cadres techniques. Le CTN permettra demain à nos athlètes de s’entraîner mais il sera d’abord dédié à la pratique pour le grand public. Ces deux éléments permettent des moyens complémentaires et une dépendance limitée. On veut aussi changer le modèle économique de nos disciplines. On veut intégrer davantage de structures commerciales du téléski-nautique avec un modèle plus respectueux des positions et des objectifs de chacun. On prône l’intégration de l’associatif dans ces structures en plus de l’activité commerciale.

 

En plus de vos engagements dans les instances européennes et mondiales de votre sport de prédilection, vous avez pris la décision de candidater au poste de président du Comité national olympique et sportif français. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Tout ce cheminement m’amène une réflexion, une évolution de ma pensée qui peut me permettre d’être candidat. Et pourquoi pas pour diriger le CNOSF avec cette vision de transformation de la société, cette évolution chez les nouveaux présidents de fédérations. Cela montre cette envie d’ouvrir les fédérations. Au travers de ce que j’ai pu faire dans ma fédération, au CNOSF en tant que vice-président en charge de la médiatisation et de l’accompagnement de toutes les fédérations, j’ai la possibilité de rassembler et de recréer cette unité du sport. On a souvent tendance à dire que le sport peut être le premier parti ou syndicat de France avec 17 millions de licenciés. La différence est que nous ne ferons pas grève de notre pratique. On a un besoin vital de pratiquer, d’agir. Mon sport, c’est d’accompagner les autres à faire du sport. On peut se rassembler autour d’un projet commun. Le CNOSF est une représentation de l’olympisme mais ce n’est pas que ça. C’est aussi le sport français.

Propos recueillis par Loïc Feltrin
Crédit photos : DR et
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