L’Usine, symbole de la crise vécue par les salles de sport

Depuis le 12 octobre, les clubs de sport L’Usine de Paris ont rouvert leurs portes afin de permettre aux personnes pour lesquelles une activité sportive est prescrite par un médecin de pratiquer l’activité individuelle indiquée par leur praticien. Cela n’empêche pas Patrick Joly, cofondateur et co-directeur, d’être particulièrement inquiet quant à la situation actuelle.

Comment le public a-t-il réagi à cette réouverture ? Est-il au rendez-vous ?

Les gens nous font savoir qu’ils sont extrêmement heureux de cette réouverture. Pour les personnes vivant en ville notamment, faire du sport en extérieur est quasiment impossible en automne et en hiver en raison des conditions météo. Faire du sport est fondamental pour de nombreuses personnes, il est donc nécessaire qu’ils puissent le faire dans nos salles de sport. C’est en tout cas notre philosophie, sachant que nous mettons en place un protocole bien défini. Jamais nous n’aurons une fréquentation habituelle, mais nous sommes ravis d’accueillir des personnes qui ont un réel besoin de pratiquer une activité sportive.

 

Pratiquer en toute sécurité sanitaire, est-ce l’élément le plus recherché par les pratiquants aujourd’hui ?

Bien évidemment, ils sont extrêmement sensibles à cela. À l’Usine, la distanciation, nous l’avons inventée il y a 16 ans. Nous sommes les premiers à avoir imposé un numerus clausus avec un nombre d’adhérents précis par mètre carré. Nous nous sommes par exemple engagés à ne jamais dépasser 2000 membres au sein de notre club l’Opéra, à Paris. Cela permet la distanciation permanente. Chaque adhérent n’attend jamais un appareil et n’est jamais confiné avec d’autres personnes dans un sauna par exemple. Cette distanciation prend aujourd’hui une tout autre dimension, car elle motivée par la situation sanitaire. Mais elle était déjà en vigueur chez nous.

 

 

Quelles sont les conséquences de cette crise sanitaire pour les clubs de sport L’Usine ?
Les conséquences économiques sont dramatiques. Ce n’est pas un mot utilisé à la légère. Contrairement à ce que peuvent penser beaucoup de gens, nous avons une activité saisonnière avec deux grandes périodes : le printemps et l’automne. L’été est une période quasi morte. De mi-juin à début septembre, nous pourrions fermer, cela ne gênerait pas grand monde. En revanche, le printemps est une période essentielle. Or, en raison de la crise sanitaire, nous sommes restés fermés plus de trois mois lors du printemps dernier. Nous avons ainsi été privés de la meilleure période de fréquentation des clubs de sport. Nous avons été rouverts le 22 juin afin une nouvelle fermeture le 25 septembre. Or, de septembre à novembre, nous réalisons en temps normal 40% de notre chiffre d’affaires. Le contexte sanitaire nous a ainsi privés de nos deux meilleures périodes. C’est donc une année de chiffre d’affaires qui tombe à l’eau.

 

Face à cette crise, l’État a-t-il répondu à vos attentes ?
Nous avons entendu que l’État aide les entreprises de manière massive. Or, pour l’instant, la seule aide que nous avons reçue, c’est la possibilité d’emprunter. Nos banques sont extrêmement solidaires avec nous et nous ont donc suivis. Elles ont suspendu le remboursement de nos prêts et nous ont accordé un PGE (Prêt garanti par l’État). En revanche, ce prêt est de l’endettement. Le Gouvernement s’est porté garant à hauteur de 90%, mais ce n’est pas de l’argent qu’il fait pleuvoir au-dessus de nos têtes. Ce n’est pas un don ou une subvention, c’est un prêt que nous devrons rembourser.

 

À vos yeux, le printemps prochain, période particulièrement importante, est-il déjà sacrifié ?
Pour tout vous dire, je n’en sais rien. Emmanuel Macron a dit qu’il faudra apprendre à vivre avec ce virus jusqu’à l’été prochain. Logiquement, nous sommes donc extrêmement inquiets. Nous avons la crainte que l’étau soit desserré à l’occasion des fêtes de fin d’année, puis que le printemps soit la troisième vague. Le plus mauvais scénario serait d’avoir un confinement au printemps puis un déconfinement durant l’été, lors de la plus mauvaise période d’activité pour nous. Nous sommes aujourd’hui dans le flou, dans l’incertitude, mais la crainte est là.

Propos recueillis par Olivier Navarranne
Crédit photo : Ihor Pukhnatyy
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