Femix’Sports : accorder le futur des instances sportives au féminin

L’association Femix’Sports promeut la mixité dans le sport. Elle a ainsi créé un dispositif pour accompagner les femmes vers les plus hauts postes des fédérations en vue des élections de l’olympiade 2020-2024, avec plusieurs partenaires dont la Française des Jeux.

 

Depuis 20 ans, l’association Femix’Sports s’engage dans la promotion de la place des femmes dans le sport. Favoriser l’accès des pratiquantes aux différentes disciplines et aux formations d’arbitres, améliorer la médiatisation ainsi que sensibiliser aux violences faites aux femmes font partie de ses missions. Plus récemment, c’est l’axe « accès aux responsabilités » qui a connu un coup d’accélérateur, par la création de modules de formation et d’accompagnement dont un pour les hauts potentiels féminins, en partenariat avec la Française des Jeux.

Se préparer à la nouvelle olympiade

Une statistique revient souvent, une seule femme est présidente d’une fédération olympique : Isabelle Lamour à la Fédération française d’escrime. Beaucoup trop peu pour Femix’Sports qui vise la mixité. Depuis maintenant 4 ans, l’association a lancé des programmes de formation/accompagnement dénommés « réussir en mixité », destinés aux femmes afin de les aider à atteindre un poste de dirigeante, avec le soutien du ministère des Sports. Le développement du potentiel individuel et l’amélioration de la capacité à travailler en équipe font partie des axes traités. « Il n’existait pas de modules conçus pour déclencher des vocations chez les femmes », indique Marie-Françoise Potereau, présidente de Femix’Sports. « Il est important de leur dédier un accompagnement pour acquérir des postures ainsi que pour gagner en sérénité et en confiance. » Des résultats sont déjà visibles sur le terrain (voir encadré), mais demandent à être renforcés. Ce tout nouveau dispositif d’accompagnement, initié début octobre et financé par la Française des Jeux, va aider une première promotion de douze femmes, élues dans des conseils d’administration ou des bureaux exécutifs d’associations ou d’anciennes sportives de haut niveau en reconversion, dans leur objectif d’accéder aux plus hauts postes dans une fédération. Le bilan sera tiré en octobre 2020 après les JO de Tokyo. « Nous arrivons à la fin de l’olympiade et sommes donc proches du renouvellement des comités directeurs des fédérations », relève Marie-Françoise Potereau. « C’est le moment d’actionner des leviers pour favoriser les candidatures des femmes aux postes à hautes responsabilités et de faire bouger les lignes. »

 

 

L’expertise FDJ

Ce dispositif d’accompagnement, sous forme d’ateliers collaboratifs, a été construit en intelligence collective lors d’une journée de réflexion, le 8 mars dernier, Journée internationale des droits des femmes, qui a réuni des représentants du ministère des Sports, des entreprises, des grandes écoles ou encore des personnalités politiques. « Nous avons élaboré un modèle innovant comprenant des moments ressources, du mentoring, du coaching collectif et individuel », souligne Marie-Françoise Potereau. « Nous essayons de leur proposer une formation cousue main. » « Nous avons apporté notre expertise au cours de cette journée qui s’est déroulée chez la FDJ, selon une méthodologie de travail collaborative et participative », complète Frédérique Quentin, responsable du sport de haut niveau et du sport au féminin à la Française des Jeux. Tutoriel, développement avec un coach, travail sur la confiance en soi, temps forts autour de prises de paroles et conduites de réunion… Autant de thématiques qui attendent les douze candidates. « Il n’est pas impossible que des personnes inspirantes viennent partager des témoignages, comme Stéphane Pallez, présidente-directrice générale de la FDJ, qui peut faire un parallèle avec sa carrière », avance Frédérique Quentin, elle-même ancienne athlète spécialisée dans le 1 500 m. L’entreprise apporte un soutien financier et met ses réseaux au service de ces nouveaux modules de Femix’Sports et ainsi les fait monter en puissance dans son plan de féminisation. Depuis quatre ans et l’arrivée de Stéphane Pallez à sa tête, la FDJ s’implique dans le sport au féminin au travers du programme « Sport pour elles » (voir encadré). « C’est un sujet qui a une résonnance dans la vie de l’entreprise où l’on promeut l’égalité entre les femmes et les hommes », poursuit la responsable du haut niveau et du sport au féminin. Autant de moyens et d’intervenants experts de Femix’Sports ou extérieurs mobilisés pour ces femmes prêtes à briguer les postes les plus importants d’une fédération. « C’est intéressant également de voir des sportives de haut niveau qui souhaitent se reconvertir, qui ont envie de rendre au sport ce qu’il leur a donné », se réjouit Frédérique Quentin. « Il leur est demandé de réfléchir à leur projet pour leur discipline afin de partir en campagne », détaille Marie-Françoise Potereau. « Nous avons écrit aux fédérations qui nous ont proposé des profils de femmes susceptibles de prendre des responsabilités. Les fédérations payent aussi les frais de déplacement lors des sessions en présentiel. C’est aussi un moyen de responsabiliser les structures. » De plus, Femix’Sports, via un financement de la Française des Jeux, propose des missions de service civique pour les fédérations qui veulent développer des actions pour s’ouvrir aux femmes. Actuellement, 17 volontaires sont à l’œuvre dans quinze structures.

« Faire évoluer le modèle associatif »

Femix’Sports et son partenaire FDJ ne comptent pas s’arrêter aux élections de l’olympiade 2020-2024. « Notre objectif est de construire un modèle équilibré entre femmes et hommes dans le sport en héritage des Jeux olympiques à Paris », assure la présidente de Femix’Sports. « Nous avons la volonté de reproduire ce module au niveau régional. Nous expérimenterons une session en Auvergne-Rhône-Alpes au cours de l’année 2020. » Pour Marie-Françoise Potereau, faciliter l’accession des femmes aux postes à responsabilités et favoriser la mixité est un enjeu majeur pour l’avenir du sport. « Il existe actuellement un désengagement des responsabilités dans le milieu associatif », constate-t-elle. « Il est donc important d’actionner le levier des femmes, un potentiel qui n’a pas été exploité jusque-là. Leur permettre d’avoir plus de responsabilités dans le sport est aussi un enjeu sociétal. Il faut faire évoluer le modèle associatif qui leur laisse peu de place, car calé sur les disponibilités masculines. » Développer les visio-conférences pour gagner le temps des déplacements et ne pas empiéter sur les autres aspects de la vie, augmenter la confiance en soi, convaincre chacun de dépasser les stéréotypes induisant qu’une femme ne peut pas exercer tous les métiers, font partie des chevaux de bataille de l’association. En quatre ans, Femix’Sports a accompagné 614 femmes vers l’accession aux postes à responsabilité. Combien aux postes de présidentes de fédérations grâce à ce nouveau dispositif d’accompagnement ?

La présence des femmes aux postes de dirigeantes en chiffres :
  • 11 présidentes de fédération sportive, soit 10,3 %. 1 femme à la tête d’une fédération française d’un sport olympique, celle d’escrime, sur 31
  • 3 présidentes de CROS (sur 13 en France) en Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne et Île-de-France
  • 14 directrices techniques nationales
  • 30 % de femmes dans les bureaux exécutifs
  • 34,78 % de femmes dans les conseils d’administration
  • 614 femmes, issues de 19 fédérations, ont bénéficié du dispositif « réussir en mixité »
Par Leslie Mucret
Crédit photo : Icon Sport
1 COMMENT
  • Denis Cheminade 30 octobre 2019

    La part de femmes dans les instances dirigeantes c’est bien, mais c’est s’intéresser à un petit nombre d’heureuses élues. Il faut aussi promouvoir le sport “de base”. Oui à la féminisation du corps arbitral, mais de quels vestiaires disposent-elles ? Organiser des activités pour les accompagnateurs (qui sont surtout des accompagnatrices) ou leur permettre d’attendre la fin ds activités dans de bonnes conditions, dans quels locaux ? *
    Alors que le secteur commercial intègre d’entrée ces conditions matérielles à son offre, ce sont ces premiers équipements qui sont supprimés par les collectivités quand elles font les additions dans les projets sportifs.

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