Darts – Thibault Tricole : « Le regard de mes adversaires a changé »

Thibault Tricole a manqué d’un rien sa qualification pour la PDC, plus haut niveau mondial de darts. Malgré cela, le Français est bien décidé à continuer sa progression et à se confronter aux meilleurs. En espérant aider au développement des fléchettes en France, et inciter les sponsors à investir dans la discipline

 

Thibault Tricole y a cru jusqu’au bout. La semaine dernière, le Français, tout juste rentré de Londres après des championnats du monde BDO réussis (une victoire, une défaite), avait rendez-vous en Allemagne. Objectif, participer à la Q-School pour décrocher une licence professionnelle de deux ans en PDC, le plus haut niveau mondial pour les Darts. « C’était une étape aussi importante que les championnats du monde et l’idée était de continuer sur ma lancée. C’est très, très relevé, il y a les joueurs qui sortent du circuit professionnel et quasiment tous les joueurs du championnat du monde BDO. Les places étaient chères », nous explique le Breton. Pour obtenir cette licence, il fallait gagner un des quatre tournois ou être dans les sept plus réguliers sur les quatre jours de compétition. Harald Leitinger (Autriche), Mike De Decker (Belgique), Karel Sedlacek (République tchèque) et Steffen Siepmann (Allemagne) ont visé juste et remporté un tournoi. Chez les plus réguliers, on retrouve les Néerlandais en force avec Dirk van Duijvenbode, Wesley Harms, Derk Telnekes et Martijn Kleermaker. Le Suédois Daniel Larsson, le Croate Boris Krcmar et le Polonais Krzysztof Kciuk ont obtenu les précieux sésames encore en jeu.

 

« Je vais aborder les tournois pour gagner »

 

Mais le Français est passé tout près de l’exploit. Après les deux premiers jours de compétition, Thibault Tricole était troisième du classement de la régularité grâce à deux huitièmes de finale perdus de peu (4-5 contre Martijn Kleermaker et 4-5 contre Kevin Doets). « Le deuxième jour, je refais un huitième que je perds encore 5-4 face à un Hollandais. J’ai trois flèches de double à la belle et, à ce moment-là de la compétition, je ne me rends pas compte que c’était si important pour la suite », explique le leader tricolore. Le troisième jour, il réussit à se hisser en 16es de finale et pointe toujours à la 5e place du classement de la régularité. « Je fais deux gros matchs que je gagne avant de jouer un Allemand inconnu au bataillon. La grosse erreur de ma part, c’est que je me suis un peu relâché. J’avais battu deux gros avant, je me suis dit que ça allait le faire, en oubliant qu’il n’était peut-être pas mauvais non plus. Je passe au travers de mon match, alors que ça m’aurait permis d’être beaucoup plus serein le dimanche. Car le classement était serré, la pression était sur moi, je devais défendre ma place alors que les autres n’avaient rien à perdre », détaille Thibault Tricole. Malheureusement, les espoirs s’envolent le dernier jour avec une élimination en 128es de finale.

 

 

Evidemment, la déception était grande à la fin de la compétition, mais Thibault Tricole positive : « Sur le coup, j’étais triste et déçu. L’opportunité était belle. Maintenant, j’essaye de positiver, cette expérience va me rendre plus fort. Une nouvelle saison m’attend en BDO, je vais me concentrer sur les tournois majeurs. Maintenant, je vais aborder les tournois pour gagner. L’an dernier, je n’avais pas forcément d’objectifs, je voulais gagner des matchs. Désormais, j’irai pour gagner. C’est une belle expérience quand même, car je ne pense pas avoir déjà atteint ce niveau de régularité depuis que je joue. C’est positif pour la suite. Je vais essayer de m’entraîner un peu plus et je vais surtout me faire accompagner d’un préparateur mental. J’ai encore du mal à gérer la pression que je me mets, je réfléchis trop, je joue trop pour les Français, les gens qui me regardent, et pas assez pour moi. Je n’ai pas envie de décevoir tous ceux qui me soutiennent et ça me met la pression. Le rapport que j’ai aux réseaux sociaux, il va falloir que je le change un peu aussi. Avoir autant de gens qui me soutiennent, c’est nouveau pour moi. »

 

« Le prochain grand rendez-vous sera au mois de mars »

 

Après ce bon mois de janvier, le Français est davantage observé par ses adversaires : « C’est vrai que le regard des autres concurrents a changé. A la Q-School, les grands noms des fléchettes me reconnaissaient, me disaient bonjour. Quand j’étais bien positionné le dimanche matin, certains sont venus m’encourager, pour me dire que je pouvais le faire, pour me féliciter. Dans le jeu aussi, j’ai vu du changement, notamment face à des Hollandais que j’ai affrontés. J’ai gagné des matchs que je n’aurais jamais gagné il y a un an. » Thibault Tricole goûte à la médiatisation depuis quelques semaines et il peut aussi donner un nouvel élan aux fléchettes en France : « Je suis super content et fier, c’est ma passion et je veux que ça se développe en France. Je ne veux pas m’arrêter là. Il y a beaucoup de bons joueurs en France, mais ma différence par rapport aux autres, je pense, c’est que j’ai toujours cru en moi et progressé, petit à petit. Certains joueurs baissent les bras quand ils pensent arriver à leur limite, qu’ils stagnent. Récemment, j’ai reçu des messages de concurrents français, me disant “Tu me donnes envie de m’entraîner, de progresser.” »

 

 

Avant de reprendre le chemin des compétitions, Thibault Tricole va faire une pause : « Je veux prendre du recul et surtout faire un plan de financement pour cette saison. Au niveau des finances, je ne suis pas au mieux. Je prends quelques semaines pour solliciter les entreprises, pour aborder cette saison sereinement. Le prochain grand rendez-vous, ce sera au mois de mars je pense, pas avant. Je devrais aller à l’Open de Grèce en mars, ce n’est pas le plus gros tournoi, mais comme je l’ai gagné l’an dernier, j’ai envie d’y retourner. Je vais me concentrer sur les tournois majeurs en BDO et sur les tournois annexes PDC (ouverts aux participants de la Q-School, NDLR). » Le Français espère que ces récents résultats lui permettront de trouver des partenaires : « Ca bouge un peu au niveau des sponsors. La marque japonaise L-Style m’avait fait essayer du matériel, je ne l’ai pas utilisé ces derniers temps car je préférais utiliser du matériel que je connaissais très bien. Pendant mon repos, je vais pouvoir m’entraîner avec ce matériel et signer un contrat assez intéressant pour moi. La couverture médiatique va m’aider aussi à convaincre des entreprises. Je suis en contact avec des gens qui travaillent dans le marketing sportif, j’espère que ça va aboutir. Je suis assez confiant. »

 

Simon Bardet
Crédit photo : PA Images / Icon Sport
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