Badminton – Yohan Penel : « Le défi est immense »

Président de la FFBad depuis trois mois, Yohan Penel doit gérer les dossiers chauds et notamment la fronde d’une partie des licenciés demandant le remboursement de la licence. Le jeune dirigeant (36 ans) souhaite faire de son mandat une réussite sur le plan des enjeux sociétaux.

 

Quel bilan tirez-vous de vos premiers mois à la tête de la fédération française de badminton ?

On peut dire qu’on ne chôme pas. Depuis la prise de fonction, nous cumulons les obstacles. D’abord, la situation actuelle est difficile sur le plan financier. Avec une chute de 30% du nombre des licenciés et donc une baisse d’autant de nos ressources, il sera difficile d’équilibrer notre budget pour 2021. Les perspectives s’assombrissent sans que nous ayons de visibilité. De plus, nous subissons une fronde majeure de la part de nos licenciés sur la question du remboursement de la licence puisqu’ils considèrent ne pas avoir eu de contrepartie à l’adhésion à la fédération.

 

Comment gérez-vous cette situation ?

Aujourd’hui, nous avons un déficit abyssal sur 2021. Nous manquons d’argent pour fonctionner. Il faut comprendre que si nous dédommageons nos licenciés, il y existe un risque de dissolution de la fédération. C’est difficile à entendre de la part d’une partie des licenciés. J’ai envoyé un courrier pour expliquer la situation qui se voulait pédagogique mais qui a été pris pour un mépris total. Depuis un mois, il y a une montée exponentielle de la fronde. On a fait campagne sur un rapprochement entre les licenciés et la fédération, pour faire communauté mais cette situation est une menace pour la fédération. Nous sommes perçus comme insensibles et déconnectés du terrain, pourtant nous sommes une liste composée de personnalités qui viennent directement des clubs. On comprend ce que les gens ressentent mais on ne peut pas inventer de l’argent. Il existe aussi des licenciés qui ne demandent pas de remboursements car ils sont fiers de soutenir leur sport et leur fédération.

 

Quels sont les autres problématiques rencontrées ?

Si nous sommes issus du terrain, nous manquons d’expérience au niveau des instances fédérales. Il y a un travail de prise en main des fonctions et des périmètres d’activité. Nous sommes en rodage. Nous progressons petit à petit, sans griller les étapes. Nous cherchons à recruter un directeur technique national et un directeur général. Nous avons été élus sur une promesse de changement. Pour cela, il faut une adhésion des licenciés et en temps de crise, cela demande du temps. Nous sommes obligés de connaître une phase de prise de contacts, de construction pour établir un lien de confiance.

 

Quels sont les points positifs de vos premiers mois de présidence ?

La matière brute qu’est le badminton est un espoir pour l’avenir. Nous sommes capables de nous adapter à beaucoup de publics et différents types de pratiques. On répond à des enjeux sociétaux et on se demande comment travailler sur la pratique et ses bienfaits. On a deux jambes : la première concerne le haut niveau et l’autre la démocratisation de notre sport qui va avec la performance sociale. Nous sommes ambitieux sur les deux sujets. On veut montrer que nous somme pionniers sur des enjeux de société. J’ai 36 ans et toute ma vie dans le monde associatif m’a permis de me construire. La fédération des années 2020-2030 aura de l’emprise sur son territoire et la société. Nous sommes prêts à prendre le risque d’être pionnier. Des multiples opportunités s’offrent à nous dans un monde en reconstruction même si le sport n’est pas considéré comme essentiel dans notre société. Ce rôle sociétal du sport doit être prouvé et assumé. Le mouvement sportif doit se rendre indispensable.

 

Regrettez-vous vous être engagé dans ce combat ?

On est élus et il faut assumer. Il y a de l’inquiétude mais on veut réussir à fédérer. Je vois que l’esprit d’appartenance à la famille du badminton est mal en point mais c’est enthousiasmant de se dire que le défi est immense. On souhaite la réouverture des gymnases avec des protocoles adaptés. On a l’opportunité de changer le monde grâce au sport, ça n’arrive pas tous les jours. Si on remet le sport au centre du jeu, on peut changer les choses.

 

Pour la première fois à Tokyo, le badminton sera au programme des Jeux Paralympiques. C’est un excellent moyen de populariser la discipline pour les personnes en situation de handicap…

L’avantage est la visibilité que les Jeux Paralympiques vont donner au para-badminton et la mise en lumière des athlètes admirables et inspirants. Les Jeux doivent jouer ce rôle-là afin de vibrer au gré des performances. Le para-badminton brille depuis 2013 et le titre mondial de David Toupé jusqu’aux deux médailles d’or mondiales de Lucas Mazur en 2017 et 2019. Le collectif de para-badminton est éparpillé un peu partout en France car nous n’avons de Pôle France dédié. On veut progressivement se structurer en essayant d’étoffer les encadrements. On souhaite mener des actions avec des ambassadeurs pour lever des barrières. Comment accueille-t-on une personne en situation de handicap ? Comment favorise-t-on son intégration et son épanouissement ? Si ce public ne représente que très peu de licenciés, le chiffre est amené à augmenter et de toute façon, il y a de la place pour tous dans le badminton français.

Propos recueillis par Loïc Feltrin
Crédit photos : BadmintonPhoto et
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