Surf : Johanne Defay va prendre la première vague olympique

En octobre dernier, la Française Johanne Defay, 26 ans, obtenait son billet pour les Jeux olympiques 2020 de Tokyo, les premiers de l’histoire du surf. Un événement historique pour la discipline, dominée dans l’Hexagone par la Réunionnaise d’adoption, actuelle numéro huit mondiale.

 

Pour la première fois de son histoire, le surf va monter sur les planches de la scène olympique, lors des Jeux de Tokyo, l’été prochain. Depuis fin octobre, Johanne Defay est assurée de faire partie de cette incroyable première. Alors, quand on se projette sur le Japon avec la surfeuse française, originaire du Puy-en-Velay (Haute-Loire) mais qui a déménagé bébé avec ses parents à la Réunion, celle-ci a déjà des fourmis dans les jambes. « Je peine encore à y croire, ça va être un moment magique, inoubliable, je n’ai même pas les mots », salive-t-elle déjà. Huitième femme au classement mondial au sortir d’une saison 2019 intense, l’Auvergnate de 26 ans mesure les courants parcourus depuis ses débuts au surf. Un peu par hasard.

 

 

 

« Être dans l’eau, ça paraissait évident »

 

D’abord mordue de gymnastique, Johanne Defay est mise petit à petit sur une planche par son père. Et alors que le professeur avec qui elle aimait pratiquer la gym change, la jeune fille décide de quitter la terre ferme et de se jeter définitivement à l’eau. « Surtout qu’à la Réunion, tout le monde est tout le temps à la plage. D’être dans l’eau, ça paraissait évident », se souvient-elle. « Je suivais d’abord mon père qui surfait pour le plaisir et, depuis que j’ai sept ou huit ans, je n’ai plus lâché. » Si la pratique du surf est souvent dictée par la présence endémique de requins aux abords de son île d’adoption, elle ne quitte plus ses planches pour autant. Elle débute sa première épreuve professionnelle très jeune, à treize ans, comme beaucoup de surfeurs en herbe qui rêvent de remporter les plus grandes compétitions et de vivre de leur passion. La Réunionnaise quittera tout de même les vagues de l’océan Indien durant une année, le temps d’intégrer le Pôle France de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et d’obtenir son Baccalauréat, en 2011. Son bagage scolaire en poche, la surfeuse peut se consacrer pleinement à sa carrière naissante. « Si tu veux percer dans le surf, tu es obligée d’atteindre un gros niveau très rapidement. Cette année, la vice-championne du monde (l’Américaine Caroline Marks, NDLR) n’avait que dix-sept ans ! C’est un sport concurrentiel, mais où tu fais d’incroyables rencontres. C’est aussi une super école de la vie. » Membre de l’équipe de France depuis ses quinze ans, celle-ci se lance en 2011 sur le World Qualifying Series (WQS) – le circuit de qualification au championnat du monde, qui permet d’atteindre le World Championship Tour (WCT) rassemblant les meilleurs surfeurs professionnels – et se qualifie pour le WCT fin 2013.

 

À son secours, crowdfunding et Jérémy Florès

 

Elle ne va plus arrêter d’impressionner depuis : championne d’Europe (2013), huitième mondiale dès sa première année dans l’élite (2014), première victoire sur le Championship Tour (US Open, 2015) … Defay en remportera même deux de plus, en 2016 (Fiji Pro) et 2018 (Uluwatu Pro), et obtiendra son meilleur classement en 2016 et 2018. Cinquième, la plus haute position jamais occupée par une Française. La petite tornade tricolore emporte tout sur son passage. Si sportivement cette dernière a su prouver qu’elle faisait partie du gotha, tout n’a pas toujours été facile pour en arriver là. « Je me souviens de quelques moments de galère. La WSL est une ligue privée, donc le côté fédéral n’a pas beaucoup de poids en surf, du moins jusqu’à maintenant, puisque l’on est désormais entrés aux Jeux. Et les aides financières qui vont avec. Il faut pas mal se débrouiller seule au début, payer tes inscriptions aux compétitions, ta licence, trouver un financement et des sponsors pour pouvoir faire le tour du monde… » C’est pourquoi en 2015, alors même qu’elle est la meilleure surfeuse de France et l’une des dix meilleures du monde, Johanne Defay est obligée de faire appel aux dons et de lancer une plateforme de crowdfunding afin de financer son année. Le Français Jérémy Florès, surfeur européen le plus titré de tous les temps, l’a même soutenue financièrement durant deux années, touché par cette situation étrange… Tout le paradoxe d’un sport encore peu encouragé à l’époque dans l’Hexagone.

 

 

« On était tellement loin de tout ça il y a dix, quinze ans »

 

Mais aujourd’hui, Johanne Defay est pleinement épanouie, dans son sport comme dans la vie. Un équilibre qu’elle a pu trouver grâce à son coach Simon Paillard, qui est aussi son partenaire et qui l’accompagne dans une préparation extrêmement variée : musculation, proprioception, course, vélo, natation, skate, yoga… Et en octobre dernier au Portugal, la numéro un française s’est même offert un rêve : celui de se qualifier pour des Jeux olympiques, les premiers dans l’histoire de son sport. « C’est incroyable… On était tellement loin de tout ça il y a dix, quinze ans, alors que je commençais à surfer », peine-t-elle à réaliser. « De faire partie d’un sport, lorsque celui-ci va être représenté pour la première fois dans un tel événement, vous imaginez ?! » Une compétition qui sera organisée en juillet prochain sur les vagues de la plage de Tsurigasaki, située à une centaine de kilomètres au sud-est de la capitale nippone. Niché au bord du Pacifique, ce spot, l’un des endroits favoris des surfeurs au Japon, est réputé pour la constance de ses vagues et leur déferlement puissant. « Des Jeux, on ne les prépare pas de la même façon qu’une autre compétition. Surtout que là, ce sera le début, la toute première fois, donc notre Fédération n’a pour le moment pas énormément d’informations à nous fournir en vue de notre préparation. Où va-t-on loger ? Quels jours surfera-t-on en fonction des conditions sur place ? Tout ça, c’est particulier… mais tellement excitant. » Il aura même été envisagé, un temps, de disputer cette épreuve dépendante d’une nature imprévisible… dans une piscine à vagues, afin de réduire au maximum les différences de vagues entre surfeurs. Mais l’océan, finalement, et au bonheur de Johanne Defay, l’a emporté.

 

 

« Une sacrée avancée pour nous »

 

Chance unique pour elle de briller pour le drapeau tricolore, les JO de Paris seront, quatre ans après la première du surf, un nouvel événement à ne pas louper pour l’Auvergnate. « C’est le summum de ce qu’un sportif peut vivre », assure Defay. « Des Jeux, en plus chez nous, avec notre public, notre famille… Tu ne peux pas faire mieux, même si ça peut aussi devenir le meilleur comme le pire moment de ta vie, si tu ne performes pas comme tu l’espérais ! (Rires) » D’autant que dans une discipline aussi inexpérimentée en la matière, cet événement planétaire aura forcément une résonnance particulière. « J’ai gagné des épreuves de Coupe du monde, quelques-unes des plus grandes compétitions de mon sport. Mais en France, les gens ne vont pas forcément prendre conscience de ce que ça représente », poursuit-elle. « Tandis qu’être athlète olympique, ça, ça parle à tout le monde. Ces deux prochains JO vont être une sacrée avancée pour nous. »

 

 

La bio express de Johanne Defay :

 

  • 26 ans – Née le 19 novembre 1993 au Puy-en-Velay (Haute-Loire)
  • Clubs : Saint-Leu Surf Club (depuis 2006), Pôle France (2010-2011), Extrême Sud Surf Club (jusqu’en 2006)
  • Palmarès en individuel : vice-championne du monde ISA (2017), championne d’Europe (2013), Rookie of the year (2014), trois victoires sur le Championship Tour (2015, 2016, 2018)
  • Palmarès avec l’équipe de France : championne du monde des nations (2017)
  • Meilleurs classements : 5e mondiale (2016, 2018), 8e mondiale (2014, 2015, 2019), 9e mondiale (2017)

 

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Par Romain Daveau
Crédit photo : Fédération Française de Surf
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