Mathilde Gros : « Il va falloir que je confirme cette saison »

Championne d’Europe de keirin en 2018, Mathilde Gros a très bien entamé 2019 en décrochant le bronze mondial de la vitesse individuelle. Celle qui se destinait à une carrière de basketteuse avant de découvrir le cyclisme sur piste, prépare cette saison avec la volonté de confirmer les espoirs placés en elle et poursuivre ses rêves olympiques. Rencontre.
Votre découverte du cyclisme sur piste est plutôt atypique…

J’ai commencé par jouer au basket-ball et j’étais au Pôle espoir d’Aix-en-Provence. Un jour, quand j’avais 14 ans, j’ai passé des tests sur wattbike (vélo indoor). Le préparateur physique du Pôle France de BMX était présent et a été impressionné par mes scores. L’information est arrivée jusqu’au Vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines et la Fédération française de cyclisme m’a proposé de venir faire des essais. J’ai confirmé tous les résultats que j’avais faits. La fédération m’a demandé d’intégrer le Pôle espoir de cyclisme en Île-de-France. C’est alors que j’ai décidé de rester dans le cyclisme. Le basket-ball m’a un peu manqué au début, mais j’ai vite passé un cap.

Vous avez gagné de nombreux titres en catégories juniors. Quelles différences avez-vous ressenties au moment de passer en senior ?

L’écart est énorme ! Le niveau senior est très au-dessus ! J’ai franchi un palier lors des Championnats d’Europe à Glasgow en août dernier en gagnant la médaille d’or sur l’épreuve de keirin et le bronze de la vitesse individuelle. En revanche, j’ai fait une Coupe du monde mitigée sur le plan individuel. Il me reste beaucoup de caps à passer. Il est possible d’obtenir une médaille sur une compétition, mais il me faudra être plus régulière pour m’imposer définitivement à ce niveau. Il va falloir que je confirme cette saison.

« Marquer mon territoire »

L’année 2019 a plutôt bien commencé ?

J’ai obtenu le bronze de la vitesse individuelle lors du mondial à Pruszków (Pologne) en mars dernier. C’est ma première médaille à ce niveau après trois mondiaux, le premier à Hong-Kong où j’avais été surclassée et le second à Apeldoorn (Pays-Bas), durant lequel j’étais blessée à l’épaule. Je ne m’attendais pas du tout à gagner cette médaille ! D’autant plus que je sortais d’une frustration après l’épreuve de keirin où j’ai fait une erreur en finale qui m’a coûté cher. J’ai trouvé la bonne solution pour me remobiliser pour la vitesse individuelle. Maintenant, j’ai encore plus d’un mois de préparation avant les Jeux européens (du 21 au 30 juin à Minsk en Biélorussie, NDLR). Après, il y aura les Championnats d’Europe en octobre à Apeldoorn où je vais tenter de conserver mon titre en keirin et de m’imposer en vitesse individuelle. Il faudra aussi que je sois régulière en Coupe du monde, que j’aille chercher un podium en vitesse et des finales en keirin pour montrer que je suis bien là.

Vous projetez-vous déjà vers les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 ?

On y pense un peu. Les Jeux olympiques de 2020 ne sont pas une finalité, même s’ils entrent dans le programme d’entraînement. Depuis 2018, les pistards marquent des points lors des différentes épreuves pour obtenir leur qualification. On parle des JO entre nous, mais on arrive à rester concentrer sur notre saison actuelle. Je n’ai pas envie de me rater en 2019. Si je fais une bonne saison, ça me mettra en confiance et je marquerai mon territoire.

Les JO : « Un gros challenge »

Les Jeux olympiques sont quand même un objectif dans votre carrière ?

C’est mon rêve d’être championne olympique ! Je serai très contente d’y aller et pas pour y faire de la figuration. Il faudra que je reste concentrée comme lors des Championnats du monde. La pression médiatique est énorme lors des Jeux olympiques. Ça sera un gros challenge pour les athlètes comme moi d’arriver à rester dans notre routine.

En cyclisme sur piste, les compétitions internationales féminines et masculines se déroulent en même temps. Est-ce un plus pour votre discipline ?

Je pense que c’est important que les hommes et les femmes concourent en même temps et que toutes les épreuves soient retransmises. Cela démontre que la parité existe dans ce sport. Être tous ensemble, mélangés, nous permet aussi de créer un vrai esprit d’équipe. On se soutient tous ! Aux Championnats du monde, j’ai gagné ma médaille le jour du titre de Quentin Lafargue et de la troisième place de Michaël D’Almeida sur l’épreuve du kilomètre. On a tous fêté ça après. Voir les hommes et les femmes célébrer leur réussite ensemble renvoie une belle image qui peut donner envie aux filles de pratiquer le cyclisme.

« On verra une progression »

Faut-il attirer plus de femmes vers ce sport ?

Le cyclisme est encore dans la case « sport masculin », en particulier pour les épreuves de sprint. Nous ne sommes que deux filles en équipe de France dans cette catégorie avec Sandie Clair, c’est dommage. Aux Championnats de France, il y a peu de participantes. C’est un problème pour le moment, mais il y a des jeunes filles qui commencent à arriver. Le cyclisme est un sport masculin, mais ça change au fur et à mesure. J’espère que les Jeux olympiques de Paris en 2024 vont créer une émulation.

Des actions sont-elles menées pour féminiser le cyclisme ?

La Fédération met en place des animations pour faire découvrir ses disciplines aux femmes. La FDJ a organisé une journée « Elle à vélo » réservée aux filles. On observe des choses qui se mettent en place. Actuellement, il y a des actions pour les femmes dans le sport. Petit à petit, toutes les fédérations souhaitent développer la pratique féminine et dans quelques années on verra une progression.

Que faîtes-vous en dehors du cyclisme sur piste ?

Je suis en 2e année de licence STAPS que je suis à distance avec l’INSEP. Sinon, je fais du shopping, je passe du temps avec ma famille et j’aime bien retrouver mes anciens collègues de l’INSEP. J’ai eu 20 ans il y a peu et je compte me donner à fond pour le cyclisme sur piste, mais il ne faut pas non plus garder la tête dans le guidon. Il me faudra être bien dans ma préparation, mais je serai aussi présente pour les proches qui me soutiennent.

Une carrière construite avec un POINT.P

Mathilde Gros fait partie du dispositif Athlètes POINT.P parmi douze sportifs de haut niveau. « Les critères de choix sont un équilibre entre le potentiel sportif des athlètes et le lien avec un territoire. La Région Bretagne de POINT.P a renouvelé son soutien à Mathilde Gros pour la représenter », explique Jacques Pestre, directeur général de POINT.P. « Elle fait partie des grands espoirs de sa discipline et est l’une des chefs de file de la Génération 2024. Cela répond à notre vision d’avenir et d’accompagnement de la jeune génération. » La pistarde reçoit une aide financière de l’enseigne de matériaux de construction afin de sécuriser sa situation sportive, ainsi qu’un soutien moral. « Le dispositif est aussi un accès au monde de l’entreprise pour préparer, ou du moins envisager, une après-carrière sportive », ajoute le directeur général. « Cette année, un premier athlète va intégrer notre société grâce à une Convention d’insertion professionnelle (CIP). »

Par Leslie Mucret
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