L’ONAPS passe l’activité physique et la sédentarité à la loupe

L’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité observe ces deux phénomènes en France à travers des études et apporte des solutions en valorisant des actions, dans un contexte où la population ne bouge pas assez.

 

Les Français ne bougent pas assez : c’est le constat établi par l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (ONAPS) qui, depuis trois ans, étudie ce problème de société. Cet organisme, créé en 2015 sous l’impulsion de Thierry Braillard, secrétaire d’État chargé des sports de l’époque, a pour mission de rassembler les données sur ces deux thématiques afin d’améliorer les connaissances sur les niveaux d’activité physique et les comportements sédentaires des Français. « La prise en compte de la problématique de la sédentarité est relativement récente et une confusion avec l’inactivité physique persiste », précise Benjamin Larras, chargé d’études à l’ONAPS. « Ce sont deux notions distinctes, mais indissociables. La sédentarité se mesure par le temps passé assis ou allongé, hors sommeil, alors que l’inactivité physique correspond à la non-atteinte des recommandations en vigueur. » Dans le terme « activité physique », l’ONAPS entend bien évidemment le sport, mais également les déplacements quotidiens (marche, vélo…) ou le jardinage par exemple.

 

 

Une caution scientifique

 

Le travail de l’ONAPS commence par un recensement de données produites à l’échelle nationale ou en régions. Les comportements de l’ensemble de la population française, enfants, adolescents, actifs, seniors, résidents en milieu urbain, populations rurales, personnes aisées ou en situation de précarité sociale, sont passés à la loupe avec une approche transversale, prenant en compte les enjeux environnementaux, sociaux et sanitaires. Ensuite, les résultats sont vulgarisés, puis diffusés après validation d’un comité scientifique. « Notre rôle est de vérifier toutes les données produites », explique Martine Duclos, présidente de ce comité. « Tous les résultats doivent reposer sur une caution scientifique. » Ces travaux sont ensuite diffusés grâce à différents supports, notamment via des articles sur son site internet et des bulletins publics. « Nous avons récemment développé de nouveaux supports de communication comme des infographies, des quizz et des vidéos pédagogiques et nous sommes présents sur les réseaux sociaux », ajoute Benjamin Larras. Par exemple, l’ONAPS a récemment publié un rapport montrant que le sport sur ordonnance est une pratique en plein essor en France. Cela passe notamment par une implication et une formation plus importante des médecins, ainsi que par des financements pérennes.

 

Un constat alarmant

 

Au cours de ces trois ans, l’ONAPS a pu dresser un état des lieux de l’activité physique et de la sédentarité dans l’Hexagone. « Les Français sont insuffisamment actifs dans tous les milieux et à tous les âges », déplore Martine Duclos, également chef du service de Médecine du sport du CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Pour rappel, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise à un adulte de pratiquer 30 minutes d’activité physique par jour et une heure pour les enfants et les adolescents. Mais, d’après les données existantes, ces efforts physiques ne sont pas appliqués par tous en France : un adulte sur trois n’atteint pas les recommandations. La statistique passe à deux sur trois, soit plus de la majorité, quand il s’agit des adolescents. « C’est problématique car l’activité physique pratiquée dans l’enfance et à l’adolescence va prédire les niveaux d’activité physique à l’âge adulte. Or, les jeunes passent de plus en plus de temps assis », regrette le chargé d’études. « En utilisant des mesures objectives de l’activité physique et sportive par des accéléromètres, nous constatons que le pourcentage de personnes atteignant les recommandations est en réalité encore plus faible. »

 

 

Valoriser les actions efficaces

 

L’ONAPS ne se contente pas de constater les faits, mais relaie également de bonnes pratiques à destination des pouvoirs publics et des décideurs afin de faire changer cette situation. « Notre travail est de mettre en évidence ce qui manque, mais aussi ce qui marche pour en tirer les leçons, voir les modèles sur différents territoires et avec plusieurs acteurs pour les faire remonter aux différentes politiques publiques », indique Martine Duclos. « Nous essayons de diffuser un message positif et des propositions publiques pour faire avancer la science. Il existe des actions très fédératrices qui font bouger les gens. Nous sommes au contact de tous les acteurs qui jouent des rôles importants sur le terrain. » L’ONAPS travaille en partenariat avec le ministère des Sports, qui finance une partie de son activité, et avec son Pôle ressources national sport santé bien-être, de manière conjointe et complémentaire. Situé à Clermont-Ferrand, l’organisme a également noué des partenariats avec des acteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes : notamment la Direction régionale et départementale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, le Comité régional des offices municipaux des sports et la Faculté de médecine de l’Université Clermont Auvergne. De par son approche transversale, il est également en lien avec de nombreux partenaires d’intérêt dans les domaines du sport, de la santé, de l’environnement, de la mobilité, de l’aménagement du territoire, ainsi qu’avec des collectivités territoriales. L’Observatoire a notamment créé des liens avec Actibloom. « Nous sommes un portail qui publie des supports pédagogiques à destination des professionnels qui encadrent les enfants de 3 à 12 ans lors d’activités sportives sur les temps scolaire et périscolaire », explique Jean-Marc Rigal, son fondateur. « Nous repérons des activités intéressantes, puis nous les publions via des vidéos. » Le contenu correspondant aux intérêts de l’ONAPS peut être partagé sur le site de l’organisme. « La vidéo est un format approprié pour les gens qui découvrent l’Observatoire », ajoute Jean-Marc Rigal. « C’est bien de varier les supports, qu’il n’y ait pas seulement des textes. Et nous partageons leurs vidéos sur notre site. » En plus d’une sensibilité commune, la proximité géographique, Actibloom et l’ONAPS étant basés à Clermont-Ferrand, a rapproché les deux entités.

 

Un enjeu des 5 prochaines années

 

Le conseil d’orientation décide avec le comité scientifique de la grande thématique sur laquelle l’ONAPS va mettre l’accent durant l’année. Après s’être penché sur l’activité et la sédentarité sur le lieu de travail cette année, les enfants seront au cœur des travaux en 2020. Cette thématique sera longuement exposée lors du congrès national baptisé « Bouger pour bien grandir ! », qui aura lieu à Niort (Deux-Sèvres) les 4 et 5 février. « Pendant une demi-journée, nous exposerons l’aspect scientifique, le manque d’activité des enfants dès 2, 3 ans. Une autre partie sera consacrée aux témoignages d’acteurs de terrain qui donneront des exemples et répondront aux questions », décrit Martine Duclos. « À la fin de nos congrès annuels, tout est résumé dans un article scientifique publié dans une revue en langue anglaise. Cela nous permet de conclure une année de travail. » L’ONAPS est une nouvelle fois entouré par ses différents partenaires pour une telle organisation. « Nous sommes support lors de leurs colloques », assure Jean-Marc Rigal. Les recherches de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité vont être d’autant plus utiles qu’elles vont s’insérer dans la Stratégie nationale du sport santé 2019-2024 lancée en juillet dernier par le ministère des Sports et le ministère des Solidarités et de la Santé. L’ONAPS sera partie prenante de cette démarche pour sa principale mission : « accompagner le transfert de la science vers la pratique », conclut Benjamin Larras.

Les recommandations de l’OMS :

Quand l’Organisation mondiale de la santé conseille aux adultes de pratiquer 30 minutes d’activité physique par jour et une heure pour les adolescents, elle ne parle pas forcément de pratiquer un sport en compétition. « Il est possible de faire varier l’intensité de l’activité physique de modérée à élevée, mais il faut surtout privilégier la régularité », complète Benjamin Larras. « Chacun peut maintenir une pratique régulière dès le plus jeune âge, en l’adaptant en fonction de ses goûts et de sa forme physique. »

Par Leslie Mucret
Crédit photo : Aurélien Meunier / Icon Sport
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