Le Lyon Platinium Padel se déroule jusqu’à dimanche au Palais des sports de Gerland. La locale de l’étape, la Lyonnaise Alix Collombon (40e mondiale et n°1 française depuis de nombreuses années), qui est associée à la Russe Ksenia Sharifova (39e), veut briller devant les siens dans un lieu qu’elle connaît bien pour avoir vu de nombreux matches du Grand Prix de tennis à l’époque (jusqu’en 2009). À la fin de son dernier entraînement mardi soir, elle s’est livrée.
Comment abordez-vous ce tournoi ?
C’est ma 3e participation ici à Lyon, je l’aborde avec beaucoup d’envie. C’est le seul tournoi réellement à la maison de l’année. Donc je suis très contente d’être là, j’ai très envie de performer du mieux possible, de profiter de ce tournoi et de faire profiter les gens qui viendront me voir.
Quelles sont vos ambitions ? L’année dernière, vous étiez tombée dès le premier tour.
Oui, c’était très dur, je jouais avec l’autre Lyonnaise Jessica Ginier, on n’avait pas eu un très bon tirage (les Espagnoles Aranzazu Osoro Ulrich et Victoria Iglesias Segador, têtes de série n°4).
Cette année, on est tête de série, donc ça nous permet d’avoir un tableau un peu plus ouvert jusqu’aux quarts de finale. Mais bon, ça reste le sport, on sait à quel point tous les matches peuvent être durs, donc il faut vraiment prendre au sérieux match après match. Ça commence demain (ce mercredi contre les Espagnoles Alonso et Dionisio) donc il faudra être très en jambes, être très concentrées, se rendre le match facile, si on peut se le rendre facile. S’il est difficile, le gagner avec le manche s’il le faut, mais trouver les ressources pour aller le gagner, et on espère arriver à jouer un match très sympa vendredi.
Comment se passe votre entente avec votre nouvelle partenaire ?
Je joue depuis fin mai avec Ksenia Sharifova, qui est la numéro 1 russe. Pour le moment, ça se passe plutôt bien. On a eu quelques bons résultats, d’autres défaites un peu plus compliquées (au 1er tour du Paris Major), mais ça se passe un peu mieux qu’avec ma première partenaire du début de l’année (l’Espagnole Jana Montes), avec qui ça avait été très compliqué. Je suis contente, je me sens bien avec elle sur le terrain (elles se parlent en espagnol), on s’entend bien en dehors. Elle a très envie de bien jouer chez moi (sourires). »
Après presque 10 ans en Espagne, vous êtes revenue vous installer en France. Expliquez-nous pourquoi.
Effectivement, j’ai vécu pendant presque dix ans à Barcelone, et ça a été une super expérience. Je suis revenue habiter à Montpellier depuis trois mois, pour m’entraîner avec Benjamin Tison, l’ex-numéro 1 français, à la My Center Academy à Palavas-les-Flots. J’avais besoin de ce changement, que ce soit au niveau professionnel et aussi et surtout au niveau personnel, de revenir un petit peu à mes racines et un peu plus proche de mon entourage. Ça se passe très bien pour l’instant, je suis très contente.
Comment êtes-vous devenue numéro 1 française ?
Je crois que ça fait huit ans maintenant. Pour le cheminement, j’ai commencé à gagner pas mal de tournois en France avec Jessica Ginier en l’occurrence, j’ai gagné les championnats de France et c’est vrai qu’on a réussi à atteindre cette place de numéro 1 assez vite.
J’ai réussi jusqu’à maintenant à garder ma place. Je suis toujours numéro 1 française par rapport au classement international (la World Padel Tour). À la race, je crois que je suis 40e mondiale cette semaine. J’ai été au mieux classée 20e (en 2021) et en réalité, j’ai même été 19e pendant deux semaines, ça compte (rires). Le circuit est de plus en plus homogène, de plus en plus dur. Il y a beaucoup de jeunes Espagnoles qui arrivent. Moi, je prends un peu de l’âge aussi (33 ans).
Le sport est beaucoup plus médiatique, donc les joueuses sont plus professionnelles aussi. Elles peuvent se dédier à ça à 100 %, contrairement à avant. Les filles jouent mieux, le niveau de jeu moyen est bien meilleur. Aujourd’hui, me maintenir dans ces eaux-là, depuis dix ans maintenant, entre la 20e et la 40e place, c’est un gage de régularité. J’ai envie de retrouver des places un peu plus hautes, c’est mon objectif et mon ambition. Mais il faut aussi se rendre compte du niveau qui augmente, et savoir le valoriser aussi de temps en temps. »
Comment vivez-vous cette médiatisation grandissante du padel en France ?
Il y a de plus en plus de jeunes françaises qui s’y mettent, de jeunes Français. On a trois garçons (Dylan Guichard, Thomas Leygue et Timéo Fonteny) qui sont dans ou proches du top 100. C’était inimaginable il y a ne serait-ce que quatre ou cinq ans.
On sent qu’il y a un engouement certain, que les jeunes ont envie de commencer plus tôt. Et ça, c’est important, parce que si on veut en France créer des futurs top 10 mondiaux, c’est primordial qu’ils commencent par le padel tout de suite, sans commencer par le tennis. Que ce soit vraiment leur sport dès le départ, comme le font les Argentins ou les Espagnols.
Et le fait d’avoir des joueurs français qui arrivent à performer à l’international, c’est toujours bon pour l’image, au niveau des jeunes joueurs, et au niveau du public aussi. »
Personnellement, vous vous donnez combien de temps encore à ce niveau-là ?
L’avenir me le dira, c’est difficile de me prononcer aujourd’hui. Ça va dépendre de comment je me sens physiquement. Pour l’instant, physiquement je me sens bien.
Ça va dépendre aussi de mon envie de continuer à voyager toutes les semaines, partir en tournoi, de m’entraîner, d’avoir des objectifs. Pour l’instant tout ça je l’ai, donc je continue. Au moins trois ans encore, au moins jusqu’à mes 36-37 ans je pense.
Comment êtes-vous arrivée au padel ?
Par le tennis, comme beaucoup d’entre nous en France. J’étais sur le circuit, j’étais 400e à la WTA au mieux, numéro 31 française je crois. J’ai joué un premier tour à Roland-Garros en double avec Chloé Paquet (en 2014) : on avait eu un tirage difficile, mais c’était une super expérience.
J’ai arrêté le tennis l’année d’après, je n’en pouvais plus, j’ai fait un bon burn-out. Quand on est loin du top 100, au tennis, c’est compliqué, il faut jouer des 10 000 dollars à Antalya ou à Charm el-Cheikh, ça devient vite la galère, il faut être « no limit » en termes d’argent, moi ce n’était pas le cas, c’est quelque chose qui m’a toujours mis la pression par rapport à mes parents.
Et j’ai découvert le padel l’année suivante avec des amis dans mon club du TC La Pape, et ça a été un coup de foudre : j’ai adoré tout de suite et j’ai joué rapidement des tournois. À ce moment-là, je ne m’imaginais pas du tout pouvoir vivre de ce sport un jour, mon idée c’était de partir en Espagne pour découvrir une autre culture, une autre langue, parce que j’en avais besoin à ce moment-là, et voir où le padel me mènerait, et en fin de compte, je me retrouve à vivre de ma passion depuis 10 ans maintenant, et je me suis épanouie avec ce sport, donc c’est cool. D’autant que pour moi le padel correspond à 100 % projets, si on peut dire, je ne demande pas d’argent à mes parents, ce sont vraiment mes sponsors, mon argent, mes objectifs. Je ne me dois des comptes qu’à moi-même, et ça, ça change beaucoup dans la tête.
Comment avez-vous commencé le tennis à l’époque ?
Je suis née à la Croix-Rousse et j’y ai grandi. Et en 2002, j’ai déménagé sur Rillieux et Caluire. J’avais commencé le mini tennis au club de Vaise, et à 8 ans, j’ai joué au TC La Pape, et j’y suis restée, jusqu’à ce que je parte en Espagne pour le padel.
Donc voilà, j’ai vraiment une grosse histoire avec le tennis club La Pape. D’ailleurs, je n’oublie pas mon lien avec le tennis, j’ai gardé de solides amitiés, avec Caroline Garcia, avec Jessica Ginier, le tennis m’a amenée aussi où j’en suis aujourd’hui, c’est sûr, parce que toute cette expérience et cette capacité de travail, je m’en suis servie au padel et ça m’a beaucoup aidée quand je suis arrivée en Espagne.
Autre lien avec le tennis : ce Palais des sports de Gerland, que vous connaissez bien.
Gamine, je suis venue voir le GPTL (Grand Prix de tennis de Lyon) de sacrées nombreuses fois, je le connais par cœur, notamment tous les chemins des tribunes pour aller faire signer les grosses balles jaunes aux joueurs. C’était mon rêve de jouer un jour ici, c’était pour le tennis, et aujourd’hui c’est avec le padel que je le vis et c’est top. »
Propos recueillis par Sylvain Lartaud






















