À 30 ans, Yacine Chalel trace sa route à contre-courant du cyclisme le plus exposé. Champion d’Afrique sur piste et multiple participant aux championnats du monde, le coureur franco-algérien revient sur un parcours construit entre passion, vitesse et sacrifices. Sous les couleurs de l’Algérie, il poursuit aujourd’hui un objectif : atteindre les Jeux olympiques de Los Angeles 2028.
Qui n’a jamais rêvé devant le Tour de France ? Débutants comme passionnés, les images de la Grande Boucle ont marqué des générations. Pour Yacine Chalel, elles ont été le point de départ d’une histoire qui dure depuis plus de vingt ans. Dès son plus jeune âge, il découvre cette course mythique à travers les écrans. « C’est forcément l’apprentissage numéro un », explique-t-il. À seulement 4 ou 5 ans, il est déjà captivé par les coureurs, l’ambiance et l’intensité de la course.
Entre rêver du vélo et en faire un métier, il existe souvent un monde. Pour Yacine Chalel, le passage s’est construit progressivement. Son déclic à lui arrive lorsqu’il se rend sur les Champs-Élysées avec son père pour assister à l’arrivée de la Grande Boucle. Voir les champions de près marque durablement le jeune passionné. Quelques années plus tard, à 8 ans, il rejoint un club après une rencontre avec des cyclistes lors d’une sortie près de chez lui. Une simple découverte qui va finalement devenir une histoire de plus de deux décennies.
L’Algérie, un choix du cœur
« Au départ, ce n’était pas du tout un projet de vie », reconnaît-il. Le vélo reste longtemps une passion avant de prendre une place plus importante. Ses premiers rendez-vous internationaux changent progressivement sa perception du vélo. Après un passage par plusieurs disciplines, de la route au cyclo-cross, c’est finalement la piste qui va révéler son potentiel (aujourd’hui dans le club de l’Olympique cycliste du Val d’Oise).
Le choix de représenter l’Algérie s’inscrit aussi dans cette construction personnelle. Franco-algérien, Yacine Chalel assume pleinement cette décision. « C’est le choix du cœur », résume-t-il. Une manière aussi de renouer avec ses origines et de donner un sens supplémentaire à son engagement sportif. Depuis plus de dix ans, il porte ce maillot avec fierté. « Je n’ai jamais ressenti de conflit par rapport à ce choix. »
La piste, une histoire de vitesse et de sensations
La discipline regroupe plusieurs univers : la route, la piste ou encore le cyclo-cross. C’est le cyclisme sur piste qui va occuper une place particulière dans son parcours. Sur piste, tout va plus vite. L’effort, les décisions, l’erreur. Pour Yacine Chalel, son intérêt vient d’abord d’une sensation unique : la vitesse.
« La piste m’a marqué très tôt. C’est vraiment une discipline à part. Ce sont des sensations qu’on ne retrouve pas forcément sur la route », explique-t-il. Sur l’anneau, chaque détail compte. L’effort est intense, les décisions sont rapides, et la moindre erreur peut avoir de lourdes conséquences. Pourtant, cette prise de risque ne l’a jamais éloigné de la discipline.
Les chutes font partie du parcours. Il en a connu plusieurs, dont une qui lui a laissé une blessure aux poignets. Mais l’envie de revenir a rapidement pris le dessus. « À partir du moment où on a peur, on ne peut plus rouler à cette vitesse-là », confie-t-il.
Avec l’expérience, il a appris à apprivoiser cette dimension. Le danger existe, mais il est contrôlé par des années de préparation et de maîtrise technique. Cette capacité à repousser les limites résume aussi l’état d’esprit nécessaire voire obligatoire pour évoluer au plus haut niveau.
Le moment le plus marquant de sa carrière reste son premier titre de champion d’Afrique. En 2019, en Afrique du Sud, il remporte la course scratch et découvre une émotion nouvelle. « C’est la première fois que le cyclisme m’a fait ressentir ces choses-là », raconte-t-il. Cette victoire représente un tournant : elle lui ouvre les portes des championnats du monde, un univers qu’il observait auparavant depuis son écran.
Derrière la vitesse, des sacrifices invisibles
Les performances visibles ne représentent qu’une petite partie de la réalité d’un sportif de haut niveau. Yacine Chalel insiste sur tout ce qui reste invisible pour le public : les heures d’entraînement, la préparation, les doutes et les sacrifices. « Le succès représente uniquement 1 % de tout ce qu’on vit », estime-t-il.
« On voit souvent le résultat final, mais pas tout le travail qui a été nécessaire pour y arriver. Le sport de haut niveau demande énormément d’investissement, y compris sur les aspects financiers et personnels », ajoute-t-il. La carrière d’un athlète est faite de moments forts, de sacrifices mais aussi de nombreuses périodes difficiles. Les séances qui ne se passent pas comme prévu, les échecs et la nécessité de rester constant font partie du quotidien. La compétition n’est que l’aboutissement d’un travail beaucoup plus long.
La gestion de la pression est également un aspect essentiel. Avec les années, il a appris à mieux gérer le stress des grands rendez-vous. Sa stratégie consiste à essayer de penser à autre chose que la course, à prendre du recul et à ne pas laisser l’enjeu prendre toute la place.
Aujourd’hui, il regarde son parcours avec lucidité. Le Tour de France reste une compétition mythique, mais il sait que son histoire s’écrit ailleurs. « Le Tour de France reste une compétition qui fait rêver, mais ce n’est pas un objectif réaliste pour moi », assume-t-il. « Sur la route, je sais qu’il existe un niveau très élevé auquel je n’ai pas forcément accès. J’ai toujours été lucide sur mes capacités. Je sais que je ne serai pas un jour sur le départ du Tour de France ». Une réalité qu’il accepte sans frustration, fier d’avoir déjà participé à plusieurs championnats du monde et parcouru le globe grâce au vélo.
Son prochain grand objectif porte désormais un nom : Los Angeles 2028. « Ce n’est plus seulement un rêve, c’est un objectif », affirme-t-il. À défaut de prendre un jour le départ du Tour de France, Yacine Chalel continue d’écrire sa propre histoire : celle d’un coureur qui n’a jamais cessé d’accélérer, même loin des projecteurs.

























